Muroise X – résultats et bilan

Dans mon article du 8 juillet 2015, je vous parlais des muroises, ce croisement entre des mûres du pacifique et des framboises qu’on appelle aussi loganberry ou tayberry en anglais, selon les croisements.

Ça y est, mes semis de deuxième génération (des Muroises ) ont enfin produit! Je vous présente donc un petit bilan des résultats de mon expérience.

D’abord, oui, les plants ont produit des fruits. Enfin! Dans mon cas, puisqu’il s’agit de graines dont j’ignore le géniteur, c’est à dire le pollen qui a servi à créer les graines dont provenaient le fruit, il était prévisible que le fruit soit autre chose que celui du parent.

Et bien il semblerait que le pollen provenait de mûres-ronces. C’est que le résultat a donné une variété de mûre rampante, épineuse mais pas autant que les framboises noires ni les mûres, et dont la production s’étire sur pas mal tout le mois d’août.

Je vous présente muroise X:

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Les fruits de mes muroises X – issues de semis de Muroises en pollinisation ouverte (pollen de source inconnu).

Les fruits de la muroise X sont plutôt petits, au goût acidulé et se rapprochant davantage d’une mûre mais de couleur un peu plus mat. Le fruit se détache plus ou moins bien et à tendance à se briser. De plus, le fruit possède un teinte assez foncée qui colore les doigts. Il s’agit donc d’un fruit beaucoup plus intéressant pour la transformation que pour la vente en frais.

Au final, je me demandais si j’avais envie de garder les plants, mais étant donné que la production est échelonnée sur tout le mois d’août, je pense que ça demeure quand même un petit-fruit intéressant comme complément à mes autres productions.

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Dans mon bol, on voit ici des framboises d’automne en dessous, et des mûres sauvages et des muroises X sur le dessus. Les muroises X sont celles dont la couleur est davantage bleutée et matte.

Pour ma part, j’ai choisi de les manger en purée non-cuite, c’est à dire les fruits légèrement écrasés avec un peu de sucre. J’ai mélangé les framboises, mûres et muroises X et le tout a donné un résultat avec un excellent goût et de couleur fort jolie.

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purée de framboises, mûres et muroises X non-cuite, avec un peu de sucre ajouté. À conserver au congélateur et pour consommation rapide mais contrairement aux cuissons, cette recette permets de garder les arômes, couleurs et parfums des petits-fruits comme si ceux-ci venaient juste d’être cueillis.

Notre installation pour faire pousser les muroises X:

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Tout d’abord, deux bons poteaux de cèdres, avec une traverse en bois, traité à l’huile de lin. J’ai aussi installé un géotextile de chaque côté du rang, afin de plus facilement récupérer et attacher mes muroises X rampantes au printemps. Les garder au sol les protègent du gel.

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Nous avons utilisé un fil de fer ainsi qu’un tendeur à deux yeux pour la partie du haut (à environ 5 pieds) tandis que pour la partie du bas n’as été entourée que d’un fil de nylon. Les fruits étaient supposées pendre des branches de l’année précédente, mais ceux-ci ont plutôt été produits près de la base des plants.

Quelques photos supplémentaires de la floraison et la fructification de mes muroises X:

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PS: Et si malgré les points négatifs mentionnés plus haut, quelqu’un(e) serait intéressé(e) à s’essayer à la culture des muroises X, me contacter en privé. Il me reste une bonne quantité de graines provenant du croisement initial sinon je pourrais aussi partager/propager des boutures de mes plants. Je déconseille les semis de graines de mes fruits de Muroises X, puisque ceux-ci donneraient nécessairement à leur tour autre chose (croisement avec des framboises? qui sait).

Bonnes récoltes!

Récolter soi-même ses graines, c’est facile et surtout, gratuit!

La base du jardinage, c’est bien les graines.

Et si c’est quelque chose que la nature produit en abondance, c’est bien ça, les semences. La plupart des plantes en produisent en quantité phénoménale et surtout, celles-ci sont faciles à récupérer. Il suffit de se donner un peu la peine.*

Moi je suis dans la catégorie des gens qui aiment tout faire pousser de zéro. Du coup, je sais que j’aurai toujours besoin de graines pour le printemps suivant et suis toujours à la recherche de graines à ramasser, comme un écureuil qui amasse ses réserves pour plus tard.

Pour la plupart des plantes, il est vraiment, mais vraiment très facile de récupérer des graines, comme c’est le cas pour les tomates. Toutefois, et surtout quand on en plante plusieurs variétés, celles-ci risquent de se polliniser entre elles, soit de se croiser. Peu importe dans mon cas, puisque sur mon balcon, je fais toujours pousser des tomates cerises. Au pire, mes deux variétés préférées seront mélangées, ce qui n’aurait rien de dramatique.

Un exemple d’une récolte de graines de tomates cerises Tiny Tim:

 

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Je récolte toujours des graines de mes tomates chaque année, histoire de garder des graines fraiches qui germeront facilement. Les vieilles graines germent souvent quand même, mais après plus de temps/jours.

Toutefois, même si plusieurs variétés des tomates d’épicerie germent à la maison, j’évite ces inconnues qui sont souvent de type indéterminé et sans aucune résistance aux maladies. Les cultivars du magasin ont été sélectionnés pour leur facilité de culture en serre, souvent presque hydroponiques et ne donnent pas de bon résultat en culture en pleine terre.

Pour une grande majorité de plantes, la récolte des graines est très facile et sans soucis, comme c’est le cas pour l’aneth!

Et dans certain cas, il suffit de partir d’une seule graine afin d’en récolter une quantité phénoménale en retour.

Dans le cas de la plupart des plantes incluant l’aneth, il est préférable d’attendre que les graines soient à maturité, soit lorsqu’elles commencent à noircir ou brunir et qu’elles tombent d’elles-mêmes. Pour les fruits, ceux-ci doivent être très mûrs. Dans le cas de l’aneth pour la consommation, je récolte les hampes lorsqu’elles brunissent, soit avant que les graines ne tombent d’elles-mêmes. Je les laisse un peu plus longtemps si c’est pour resemer.

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Ma récolte d’aneth 2016. Tout ça à partir d’Un seul plant, soit une seule graine!

Dans certains cas, récolter des graines est un peu plus compliqué.

En gros, il faut attendre que le fruit soit le plus mûr possible, afin que la graine soit vraiment prête. Si la graine est recouverte de pulpe, il vaut toujours mieux la nettoyer afin d’en enlever le plus possible à l’aide d’un linge humide. Ceci évitera la formation de pourriture lors de la germination future.

Dans le doute, j’aime bien utiliser un sac. Voici un exemple avec mes choux chinois Choy sum, une variété de chou à feuillage dont la fleur est comestible. Je le cultive à l’intérieur, car le feuillage est très prisé des chenilles et papillons à choux. Les graines de celui-ci sont très faciles à récupérer.

 

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Le chou à feuillage Choy Sum fleurit très rapidement

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Les graines sont presque prêtes lorsque la capsule change de couleur et tourne au brun. Celle-ci va bientôt s’ouvrir pour libérer ses graines

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J’utilise un sac de papier brun, car le papier respire et permet de récupérer les graines lorsque les capsules s’ouvriront. Dans certains cas, les capsules explosent et projettent les graines un peu partout…

Pour vous aider, voici un lien vraiment intéressant à consulter qui explique et donne des trucs sur la production de semence à la maison. J’y ai appris plein de choses utiles, entre autres comment faire pour éviter la pollinisation croisée des courges.

Le lien: https://potagersdantan.wordpress.com/category/production-de-vos-semences/

Bonnes récoltes!🙂

* Notez que je n’aborderai pas dans ce billet le sujet des multinationales et ou gouvernements qui prétendent s’approprier et édicter les droits/brevets sur les semis de plantes. Ce débat existe et est bel bien d’actualité, toutefois, je me limite à la culture de variétés ancestrales et non OGM.

La poire Beurré d’Amanlis et suivi du poirier Seckel sur amélanchier

Connaissez-vous la poire beurré d’Amanlis? Sur Wikipédia, on peut y lire que la poire beurré d’Amanlis serait selon certains une poire qui aurait été trouvée à Amanlis, près de Rennes, dans le Nord-Ouest de la France. D’autres clament qu’elle serait en fait issue des croisement du célèbre Van Mons, théoricien de la reproduction/sélection des arbres fruitiers, plus particulièrement en pomologie.

La poire Beurré d’Amanlis: source, les croqueurs Auxois-Morvan https://croqueursauxoismorvan.wordpress.com/poire-beurre-damanlis-3/

Description du fruit de la beurré d’Amanlis: fruit assez gros, à la chair blanche citrine, verte sous la peau, mi fine, fondante, juteuse. plus ou moins parfumée, souvent un peu acidulée et de qualité bonne à assez bonne.

Je m’intéressais à cette poire depuis un moment, surtout après avoir découvert que Claude Jolicoeur, un passionné de cidre et de poiré, avait réussi à en faire fructifier pas très loin de chez moi, à Petite-Rivière-Saint-François. Ce qu’il avait à dire à propos de cette poire était plutôt encourageant (extrait d’un article paru dans la revue Pomona de NAFEX 2007):

Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre de trouver des boutures et tenter des greffes, ce que j’ai fait au printemps dernier.

J’en ai greffé trois boutures, une sur mon poirier Ure, une sur mon poirier John, l’autre sur un amélanchier. Devinez quelle bouture a survécu?

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Ma greffe de beurré d’Amanlis sur amélanchier début juin. Rien n’avait encore poussé (greffé à la mi-mai).

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La même greffe de beurré d’Amanlis sur amélanchier début juillet (1 mois plus tard).

(Comme vous pouvez le constater sur la photo, je conserve toujours un peu du porte-greffe amélanchier, car sans remettre en question ce que j’avais lu, il faudrait toujours en conserver un peu, sinon le porte-greffe finirait par mourir… Théorie que j’ai l’intention de tester éventuellement, mais pas tout de suite et surtout pas avec mon beurré d’Amanlis!)

Et je souligne en passant que selon moi, mes greffes de beurré d’Amanlis n’ont pas nécessairement échoué pour cause d’incompatibilité, mais parce que le bois avait été prélevé depuis longtemps et avait déjà débourré au frigo.

Et j’en profite aussi pour faire un suivi de ma greffe de Seckel hâtif (Early Seckel) sur Amélanchier, greffé il y a deux ans déjà, au printemps 2014.

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Seckel Hâtif sur Amélanchier – greffe de trois ans

Ma greffe est toujours bien vivante. Toutefois, après son premier hiver (en 14-15), l’arbuste a fait du sur place et n’a presque pas poussé. L’hiver suivant a été un peu plus doux et lui a été plus propice. Mon seckel montre enfin des signes de croissance. Par contre, toujours pas de fleurs et encore moins de fruits. Les deux têtes (deux yeux greffés) mesurent au plus 1,20m (4 pieds) de haut. À droite, on peut voir la portion amélanchier que j’ai conservé.

Et en passant, un autre passionné des fruitiers de Trois-Rivières m’a contacté pour me dire que Beauté Flamande a aussi été greffé sur Amélanchier avec succès. Nous en sommes donc à trois variétés compatibles!

Sinon, un petit retour sur la beurré d’Amanlis. Voici un autre lien d’une galerie de photo de poires, incluant une photo de la beurré d’Amanlis. La galerie est une extension d’un livre que j’ai bien l’intention d’acquérir: The book of Pears par Joan Morgan.

http://www.thebookofpears.fruitforum.net/directory/beurre-d-amanlis

La seule critique négative que j’aurais à faire de ce livre, serait qu’il présente beaucoup de cultivars d’Angleterre et peu connus ailleurs.

Une photo prometteuse prise par M. Jolicoeur en 2007:

La poire beurré d’Amalis, source: http://picasaweb.google.com/cjoliprsf (répertoire Pears for Pomona 2007)

Je termine avec un article que je viens tout juste de trouver sur une recherche qui a été faite à l’OSU (Oregon State University) sur la greffe de poires sur Amélanchier, tiré de la revue Good Fruit Growers: Promising pear rootstock du 15 avril 2015. On y suggère une production de 14 bins de poires par acre en « troisième feuille »? ou de 20 poires par arbre en production intensive, avec de gros fruits pour Anjou.

À lire!

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Des poires Anjou sur Amélanchier. Vraiment très nanisant l’amélanchier! source: http:www.goodfruit.com/wp-content/uploads/PearRootstock2.jpg

Le temps des fraises et autres primeurs au verger

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Petites fraises sauvages versus fraises cultivées

Ça y est, la saison est lancée avec les fraises. Miam miam. Même si je ne suis pas adepte de la récolte des fraises sauvages, il y en avait tellement cette année que je n’ai pas pu résister.

Ma première expérience de culture des cerises de terre du pérou (ou coqueret du pérou/physalis peruviana) est concluante. Alors que nous sommes début juillet et qu’il reste encore deux-trois mois de culture devant nous, mes plants même semés tardivement en mi-mai sont déjà en fleur!

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Mes plants de physalis peruviana sont déjà en fleur! Ça augure bien.

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Sinon, j’étais vraiment content de mes petites plantations de cette année. D’abord, mes greffes se portent bien, j’ai plusieurs arbres qui commencent enfin à ressembler à quelque chose; à s’élever plus haut qu’un mètre et à commencer à faire des branches. Et surtout, j’étais vraiment content de plusieurs petites primeurs. D’abord, ma première prune!

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Prunus Opata

Il s’agit d’une prune cerise (chum) Opata. Je n’en ai qu’une seule, mais c’est un début!

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fruits d’aronia

Aussi, j’ai mon aronia (parti d’un semis) qui produit pour la première fois. Je n’ai pas beaucoup d’attente au niveau gustatif, mais tout de même, c’est chouette!🙂

Ensuite, y’a les mûroises qui fleurissent enfin! Par contre, nous avons travaillé fort pour les attacher et leur construire un support permanent et pour l’instant, le succès est mitigé. Les plants tendent à fleurir près de la base plutôt qu’en hauteur. À suivre…

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Notre plantation de mûroises attachées sur un support pour aider à la récolte de fruits.

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Les muroises en fleur! Certains plants font des fleurs doubles.

Un autre beau succès est les mûres-ronces de St-Tite en Mauricie. J’avais deux plants côte à côte de mûres, dont une variété sans épines et celle de St-Tite. Ce printemps, et malgré un hiver plutôt doux. la variété sans épines avait presque complètement gelé. La sauvage de St-Tite, elle, bourgeonnait jusqu’en haut des rameaux sans aucun signe de gel. J’aurai une superbe production cette année. Et pour ce qui est de l’autre variété, je m’en suis débarrassé.

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Les plants de mûres sauvages de St-Tite, très vigoureux!

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Les jeunes fruits de mûres-ronces en cours de formation

Encore une autre première, mes premières pommes à partir de mes greffes! J’ai trois variété de pommes greffées qui ont fleuri, dont deux qui ont fructifié! C’est très satisfaisant de pouvoir récolter le fruit de son labeur.😉

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Mes premières pommes Liberty, greffées sur un pommetier de type Selkirk

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Première pommette X

Encore une première, cette fois, la production de ma première pommette à partir d’un arbre planté à graine sur mon terrain.

Et encore une autre belle surprise cette fois, des fleurs sur mon framboisier semé à graine l’an dernier. J’avais stratifié les graines à l’automne 2014, puis semé tôt au printemps 2015. La petite tige résultante était suffisamment poussée pour me produire trois branches adultes qui fleurissent! C’est vraiment excitant, d’autant plus que c’était des graines de framboises pourpres vraiment délicieuses que je crois être des Royalty. À suivre donc.

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fleurs sur mon framboisier Royalty X (framboises pourpres)

Et ma dernière nouveauté – et non la moindre -, j’ai cinq nèfles en route! J’étais hyper déçu d’avoir manqué leur floraison, celle-ci est survenue pendant mon absence.

Dans mon cas, j’ai quelques plants de néflier d’abord greffés, puis affranchis qui poussent franchement très lentement. Quand même, l’un d’eux a fleuri du bout de son petit trente centimètres, quarante max? C’est un Nottingham. À date, il survit plutôt bien caché par la neige abondante de l’hiver.

Dommage pour la floraison, mais bon, je pourrai enfin gouter aux légendaires nèfles de nos cousins européens.

Et même si le fruit est dénigré de plusieurs (il est mangé bletti), j’ai très hâte d’y gouter pour ma première fois.

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Bouton fruitier de néflier

Alors voilà. J’ai plein d’autres choses à partager, mais bon. J’en garde pour une prochaine fois!

Entre autre, des nouvelles de mes greffes de poiriers sur amélanchier à venir…

Bon jardinage!

 

Premier bouton floral de poirier confirmé!

Je suis super content!
J’ai enfin un bouton de fleur de poirier confirmé sur mon terrain. C’est une fleur du poirier russe Lada greffé sur une branche de mon poirier Ure. Le bourgeon floral est un peu en avance sur ses amis, mais étant donné que mon père a aussi un poirier John et un Golden Spice, j’aurai certainement du pollen pour m’assurer d’avoir un ou deux fruits pour enfin y gouter!
Deuxième bonne nouvelle, mon pommetier inconnu, parti d’un semis, va lui aussi fleurir. Dans son cas, je ne m’attends pas à des pommes « mangeables » mais au moins, j’aurai le plaisir de voir de quoi ont l’air les fleurs et plus tard, de voir et surement aussi de goûter aux fruits.
Alors je vous partage la photo du bouton floral, pas encore en fleur, mais je suis tout de même super content et ça me fait plaisir de partager mon bonheur!🙂

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Une semaine plus tard, les fleurs sont ouvertes.

PS: Y’a aussi mes coings japonais qui sont chargés de boutons floraux. Ça va être de toute beauté en terme de fleurs, mais j’aurai aussi une multitudes de fruits jaunes et « surettes » pour me faire qui sait une gelée cet automne? Hourra!

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PS: En date de fin juin, les fleurs étaient toutes tombées, malgré les avoir pollinisées avec les fleurs du Golden Spice. C’est partie remise. Toutefois, ça me donne bon espoir pour l’an prochain!

Le plaisir de la culture des fruits et petits fruits pour le goût

L’avantage de cultiver ses propres fruits et petits fruits, c’est le goût. Bien souvent, les fruits vendus au magasin sont cultivés en fonction de valeurs mercantiles: bonne conservation, résistance aux maladies, au transport, belle apparence.
Malheureusement, ces critères passent souvent au devant de celui qui compte, selon moi, le plus.
Je parle de ce sujet parce que je cherchais depuis un petit moment des framboises jaunes, plus particulièrement des Anne. J’avais lu quelque part que celles-ci était les meilleures gustativement.

Framboisier d’automne Anne – source: http://forums.gardenweb.com/discussions/1498287/raspberry-report-fall-2014 photo de Bob_Z6

Ayant épuisé toutes mes sources d’amis qui auraient bien voulu m’en échanger, Je me suis donc résolu à passer à mon centre jardin préféré pour m’en acheter. Naturellement, ils n’en avait pas en stock. La gentille dame à la pépinière m’a invité à en réserver, ce que j’ai fait.
J’étais un peu déçu de savoir que leur fournisseur ne vendait que du fall gold, une variété de framboise jaune plus ancienne, au fruit plus petit et au goût doux.
Quelle n’était pas ma surprise lorsque j’ai eu un coup de fil dimanche pour m’avertir que ma commande était arrivée. La commis était désolée de m’annoncer que le fournisseur n’avait plus de Fall Gold et avait plutôt livré du Anne, un « équivalent » selon elle. Que nenni! C’était justement cette variété que je cherchais.
Donc, enfin! J’ai mis la main dessus mes Anne. Et pour en revenir au plaisir de la culture des fruits pour le gout. C’est que les fruits de Anne sont exceptionnellement savoureux. Et oui! Rien de moins.
J’ai même un sondage à l’appui, réalisé par l’Université de l’Utah: http://extension.usu.edu/files/publications/publication/Horticulture_Fruit_2013n-01pr.pdf

Mais ce que je trouve admirable dans tout ça, c’est la conclusion du sondage du tableau 2, basé sur quatre critères:

  1. la fermeté (Firmness) 2. l’apparence (Appearance) 3. le goût (Flavor) et 4. la préférence (Preference).

Sur les dix variétés d’automne testées, une seule se retrouve grande gagnante des deux points 3 et 4.

C’est la variété Anne!

Et étonnamment, on s’empresse d’évoquer que la couleur jaune du fruit a peut-être biaisé le résultat du sondage sur le goût et que bien que les fruits de la variété Anne soient les plus gros, c’est peut-être du au fait que Anne produit moins de fruits par plant.

De façon implicite, on vante les mérites des variétés qui produisent plus, même si elles n’arrivent que troisième ou quatrième dans les panels de dégustation, comme c’est le cas de la variété ‘Joan J’. Et au final, on vante la variété Polka, la numéro 2 au niveau gustatif, mais gagnante au niveau productif et apparence.

Même une étude de source universitaire ici, mets de l’avant les critères du marché.

Faire pousser ses propres petits fruits et fruits chez soi, c’est donc ici un avantage. C’est le luxe de pouvoir goûter à ce qu’il y a de meilleur. À un fruit parfois exceptionnel, qui peut-être ne se conserve pas ou peu, produit moins ou encore ne se transporte pas bien.

Et peut-être aussi que c fruit ne répond pas aux standards esthétiques du marché.

Mais on s’en fout si c’est meilleur. Et en plus, si c’est santé, parce qu’en l’ayant fait poussé nous même, on sait qu’il n’y aura pas eu de produits chimiques, pesticides ou fongicides rajoutés.

Alors voilà! C’était mon  petit éditorial du jour.

Et si vous êtes curieux et épicurien(ne) comme moi, et que vous êtes toujours à l’affut des nouvelles variétés exceptionnelles et rares, il reste encore une dizaine de plants de framboisiers Anne chez Bourbeau, à Québec.

À qui la chance?

PS: Dans le forum GardenWeb, un jardiner vante d’ailleurs lui aussi les mérites gustatifs de Anne ici: http://forums.gardenweb.com/discussions/1498287/raspberry-report-fall-2014

 

Les prunes, ces vilaines xénophobes

Quoi? Xénophobes vous dites! Et puis quoi encore. Pourquoi dire que les prunes sont xénophobes?

C’est que les prunes, elles ne se laissent pas polliniser par n’importe qui. Elles n’acceptent que le pollen de certaines prunes et pas d’autres.
Être xénophobe, c’est être hostile à l’étranger.
En fait, c’est une blague pour exprimer que chez les pruniers, il existe plusieurs variétés, voire famille, et que celles-ci ne sont souvent pas compatibles en matière de pollinisation. Quand on se penche sur la question, c’est pas simple et c’est une question de chromosomes.

Le prunier Japonais – prunus salicina – source Wikipédia

Oui, certaines variété sont autofertiles, mais ça demeure une aberration de la nature et elles produiront beaucoup plus si vous leur plantez un/une amie de variété semblable.

De ces grandes familles de prunes, les deux les plus connues sont sans doutes les prunes Européennes (prunus communis) et les prunes Japonaises (prunus salicina). Il y a aussi les prunes-cerises, mais celles-ci sont des hybrides de prunes des sables (prunus besseyi) croisées avec autre chose, souvent des prunes. Celles-ci se pollinisent entre elles, mais n’acceptent pas le pollen des prunes européennes ou japonaises.

Il y a aussi les cerises, prunus avium, qui n’accepteront le pollen que de leurs compatriotes et les abricots, les prunus armeniaca, pour qui c’est la même chose.
Je parle de ça pour imager un peu ce qui se passe quand vient le temps d’expliquer comment faire pour que les pruniers produisent.

C’est que plusieurs variétés de pruniers rustiques (je parle de résistant à -40’C) sont souvent des hybrides; des croisements entre variétés qui incluent parfois des gènes d’abricots, de prunes européennes, de prunes asiatiques et de cerises même.

Jusque là, on s’en fout un peu! En quoi ça nous regarde? Au final, on veut un bon fruit et son bagage génétique, ça nous importe peu. Toutefois, le problème, c’est qu’en terme de chromosomes; celui-ci est souvent cumulatif lors de l’hybridation. Si bien que celui-ci s’en retrouve augmenté et qu’il n’est plus compatible avec ses semblables. C’est ce qui explique (de façon très basique) pourquoi les hybrides ne se reproduise souvent pas et par le fait même ne produisent pas grands fruits.

Le prunier noir ou prunier canadien. Un excellent pollinisateur. Source, http://www.quebec-horticole.ca/images/arbre/prunus-nigra2.jpg

Par compte, il existe une solution: l’utilisation de prunier sauvage comme pollinisateur! Pourquoi? Parce que ceux-ci ont des gènes purs (ou plus simples) qui se croiseront avec tous les hybrides, même si les hybrides ne les croiseront pas en retour. Et de toute façon, on n’y tient pas tant que ça, puisque les prunes sauvages ne donnent souvent que de petits fruits astringents ou amers.

Par exemple, on peut planter un prunier noir (nigra) ou un americain (american), ou encore un prunelier (spinosa) ou un myrobolan ou même un prunier des dunes (maritima) ou enfin un prunier des sables (besseyi). Dans tous les cas, ceux-ci polliniseront tous les pruniers, presque sans exception.  Je dis presque, parce que dans le cas des prunus Tomentosa (ragouminier), celui-ci est plus près des cerises que des prunes et il faut donc un autre tomentosa pour le polliniser.

Enfin, même chose donc pour les cerisiers nains des prairies de la série Romance. Plantez-en deux, et n’essayez pas d’autres variétés de cerises pour les polliniser, ils ne seront pas compatibles avec eux.

La série Romance – des hybrides de plusieurs variétés de cerises qui ne se polliniseront qu’entres elles. Source UofSask

La seule exception (car il y en a toujours une) c’est avec les pêches (prunus persica) qui sont presques tous autofertiles… Sauf que ceux-ci ne sont pas très rustique au delà de la zone 5, donc au nord de Montréal (au Canada en tout cas).

 

Je termine avec quelques liens pour aider dans vos lectures, au cas ou vous désiriez tenter d’en savoir un peu plus:

  • Un document publié par le gouvernement de l’Ontario sur les prunes Européennes et Japonaises avec les bases de la pollinisation.

http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/07-040.htm

  • Un article de Rick Sawatzky intitulé Plums for the prairies de l’Université de Saskatchewan (en anglais), qui explique très bien les nuances entre les espèces et variété de prunes ainsi que leurs affinités.

http://www.fruit.usask.ca/articles/plums.pdf

  • Lien avec un chapitre sur la pollinisation des prunes de l’Université de Californie (en anglais):

http://ucanr.edu/sites/fruitreport/Pollination/

On y apprend entre autre une technique très intéressante qui est de greffer une branche de pollinisateur au centre de l’arbre et de la laisser pousser en hauteur, à la façon de parasol, afin que le pollen tombe sur les autres branches.

  • Un article plus pointu ici sur les chromosomes chez les prunus. Voir la page 726.

http://www.academicjournals.org/article/article1380706614_Das%2520et%2520al.pdf

Bonne lecture!🙂

PS: Désolé, mes références sont presque toutes en anglais. Si quelqu’un a des choses en français à me proposer, je les ajouterai volontiers.