L’importance du porte-greffe et comment le changer par la greffe

Le plus gros problème des fruitiers vendus en pépinière c’est l’absence d’information sur le porte-greffe; le client (nous) n’avons aucune information sur ce que nous achetons et bien souvent, même les commis ne savent pas. Je parle par connaissance de cause, j’ai déjà été vendeur dans un Botanix et je ne savais rien sur les porte-greffe utilisés. Rien d’indiqué et ce sur toutes les plantes du centre-jardin.

Bien sur, on sait la variété greffée sur l’arbre et le fruit attendu, soit un pommier Macintosh par exemple, ou un prunier Montmorency. Mais le porte-greffe utilisé?
Rien, nada.

Ça en revient donc à dire qu’il nous manque de l’information vitale sur la culture et l’entretient de notre verger. On ne sait pas;

  • Quels seront les besoins en eau/irrigation de mon arbre
  • Quelle sera la résistance au froid du P-G?
  • Quelle sera la résistance aux maladies des racines?
  • Quelles soins particuliers devrai-je apporter à la plante? L’arbre sera-t-il cassant?
  • Quelles seront les dimensions que prendront l’arbre adulte, sa vigueur? (Car c’est le porte-greffe qui dicte la grosseur finale de l’arbre).

Sans ces indications sur le porte-greffe, donc, nous ne savons pas.

Pour la pomme:

Lors de mes premiers achats, j’ai acheté des pommiers greffés sur M26 et MM111, avant de savoir que ces portes-greffes n’étaient pas les plus appropriés pour mon projet de verger en type permaculture. Dans les deux cas, ces porte-greffe requièrent de l’irrigation, en plus d’avoir une tendance à casser pour ce M-26 et sans être résistant au froid jusqu’en zone 2-3, par exemple.

Après de longues lectures sur le web, j’en suis venu à la conclusion que pour une culture permanente et plus « naturelle » (sans irrigation, taille constante), je devais avoir recours à des pommetiers de type rustique (zone 2) et qui résisteraient bien à la sécheresse récurrente dans mon coin de montagne.,

Les candidats potentiels étaient donc les pommetiers Ranetka, Selkirk, Baccata, le Dolgo ou enfin le pommier russe Antonovka.

J’ai du éliminer les arbres au port davantage élancé et moins rustique. Du coup, ne me restait que les options un et deux; Ranetka et Selkirk.
Ceux-ci ont toutes les caractéristiques que je désire dans un porte-greffe pour pommier; rustiques, résistants à la sécheresse, port naturellement trapu et rond. Les Baccata et Dolgo feraient aussi l’affaire, mais ont tendance à trop pousser en hauteur, ce qui nécessiterait plus de taille au long terme (tout comme l’Antonovka, qui est aussi moins résistant au froid.

Au printemps, je me suis donc commandé une quinzaine de pommetiers Selkirk pour mes greffes chez Arbresenligne.com à bon prix. Dans un monde idéal, j’aurais du les laisser pousser au moins un an pour les faire reprendre et les laisser développer des racines et reprendre de la vigueur avant de les greffer. Mais bon, c’est moi et mon enthousiasme et ma hâte… alors j’ai tout greffé tout de suite et j’ai quand même obtenu un taux de réussite d’environ 60%.

J’ai pu aussi utiliser quelques pommetiers Selkirk du lot afin de changer le porte-greffe de mes deux pommiers sur M26. La technique que j’ai utilisée a été celle de la greffe par approche en arc boutant par insertion. Voici le résultat! 🙂

Priscilla sur M26 regreffé avec Selkirk

Priscilla sur M26 regreffé avec Selkirk Note; le savon, c’est pour éloigner les chevreuils et autre faune locale (succès relatif).

Gros plan sur la greffe par approche en arc boutant

Gros plan sur la greffe par approche en arc boutant, à droite, c’est le nouveau selkirk qui deviendra les nouvelles racines de mon pommier

Pour la poire

Le coing et semis de Bartlett ou autres p. communis sont couramment utilisés en zone 5. Sauf que dans les deux cas, ceux-ci ne sont pas du tout rustique pour le nord en zone 4 ou moins.

Au nord du Québec, le principal porte-greffe utilisé est le pyrus Ussuriensis var. Harbin. Celui-ci peut pousser jusqu’à 10m de haut, et fait de grands arbres qui produisent tardivement. On m’a dit que certaines variétés de la série des OHxF (Old Home x Farmingdale) auraient démontré une certaine résistance en zone 4, mais ce n’est pas vérifié et aucune variété de pure communis ne semble résister au froid en zone 3.

Par contre, J’ai réussi à mettre la main sur des graines de Russie (via le NCGR Corvalis) que je vais bientôt tester pour de nouveaux PG rustiques prometteurs. Le pyrus Regelii en provenance du désert du Kazakhstan (ou il fait couramment -40), serait utilisé là-bas comme PG pour verger non irrigué. De plus, l’arbre ne devient pas plus grand que 6m, ce qui en ferait un candidat nanifiant idéal. J’ai aussi obtenu des graines du pyrus Korshinskyi (10m), davantage similaire au Harbin, mais aux fruits non-comestibles. Celui-ci serait vigoureux et résistant à la psylle de la poire (pear psylla).

Une autre alternative pour les poires en zone rustique tel que Z3 et z4 est d’utiliser les semis ou boutures afranchies de variétés canadiennes ou russes hybrides, moitié communis et ussuriensis. Plusieurs ont été développées dans les prairies et survivent en zone 3. Par exemple, la série des apôtres (John, Philip, David, Paul, Thomas) – Tioma ou Olia, Golden Spice, Tait Dropmore ou Pioneer #3. Au Québec, on trouve couramment Olia, John et Golden Spice dans les pépinières. Leur fruits sont à la limite du comestible, mais les arbres font d’excellents pollinisateurs ou porte-greffe pour le top-grafting (surgreffage).

Pour la prune:

On utilise souvent les pruniers sauvages indigène, soit le prunus americana ou nigra, qui drageonne beaucoup mais fera un arbre plus petit. Le prunus spinosa peut aussi être utilisé, mais il est zoné quatre et drageonne également. J’en ai présentement à l’essai.

J’ai aussi essayé d’utiliser le prunier pitsin comme PG (un hybride de prunus salicina) puisqu’il est très rustique et vigoureux, mais toutes mes greffes ont échouées (incompatibilité) sauf pour mes greffes à oeil dormant d’un semis de pruneaux (appelé prunier damas au Québec, sinon d’Ente en France).

Pour les autres fruitiers:

En général, on ne se trompe jamais lorsqu’on greffe sur une même espèce. J’ai réussi un greffe de cerisier Valentine sur merisier par exemple (mais la greffe n’a pas survécu jusqu’à la fin de l’été).
Pomme sur pomme, poire sur poire, prune sur prune, pas toujours. En cas de doute, consultez les forums ou google.

Exemples du type de greffe qui a inspiré mon projet

Greffe par insertion qui a inspiré mes greffes. Source; Greffer.net

Greffe par insertion qui a inspiré mes greffes. Source; Greffer.net http://www.greffer.net/?p=632

Autre texte sur la greffe en arc boutant

Autre exemple d’arbre greffé avec la même technique

*Plus d’information sur les portes-greffes de la
pomme:

Porte-greffes pour les pommes de Appleman.ca

Porte-greffe des pommes de alaska fruit trees

Enfin si vous n’avez pas encore eu la chance d’essayer vous même le greffage, je termine avec deux sites/endroits ou vous pouvez commander des pommiers sur des porte-greffes prédéterminés selon votre choix:

La Pépinière ancestrale:
http://www.pepiniereancestrale.com/

Siloam Orchard:
www.siloamorchards.com/

Autre article sur la greffe et les porte-greffes:

http://www.arbres-fruitiers.ca/tutoriels/2014/01/16/pourquoi-les-arbres-fruitiers-sont-greff%C3%A9s-

PS: Greffer, c’est facile! J’ai coaché mon père et il a réussi avec une note de 100% ses deux greffes de pommiers Norland sur pommetiers.

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