La congélation du pollen – ou comment croiser deux plantes qui ne fleurissent pas en même temps

Il y a deux ans, je suis tombé sur un texte vraiment détaillé qui expliquait comment conserver du pollen d’une plante qui ne fleurit pas en même temps qu’une autre. Cela permet de croiser deux pommiers ou poiriers, par exemple, dont la floraison serait décalée de plusieurs jours, semaines, même année!
Il ne m’en fallait pas plus pour tenter moi-même l’expérience avec les poiriers. En voici le compte-rendu.

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Expérience de conservation du pollen en vue de polliniser/hybrider deux poiriers distants avec des temps de floraison différents.

– avril 2013

Pourquoi? Avant tout, pour le plaisir d’expérimenter!
Mais aussi, c’est que mon père avait un poirier de 20 ans planté seul (un Golden Spice) et donc, il ne produit pas faute de pollinisation.
J’ai obtenu d’un membre du forum arboquebecium quelques boutures, dont j’ai l’intention de récupérer le pollen après les avoir fait fleurir.
Le pollen sera stocké jusqu’à la floraison des poiriers, un mois et demi plus tard, car ceux-ci fleurissent vers le 3 juin.

Matériel nécessaire:

– Une branche du fruitier en question avec des bourgeons floraux dans mon cas, envoyées le 2 avril en provenance du N-B et reçues le 5 avril, d’une longueur d’environ 12-15 cm
– les placer dans l’eau tiède, après avoir fendu le bout de la branche et l’avoir écrasée.
– On remplace l’eau à tous les jours.

Technique à utiliser: http://www.apartmenttherapy.com/how-to-force-br-138688

Étape 1: réussie!
11 jours plus tard, les premières fleurs ouvrent.

Étape 2: conservation du pollen par déshydratation sous vide et congélation.
Inspiré du texte/méthode originale  suivant: http://www.cactuspro.com/articles/_media/conservation_du_pollen_par_congelation:conservation_du_pollen.pdf

Je fais le test avec les deux premières fleurs, photos à l’appui et je vous reviens là-dessus.

NOTE: Il va sans dire que j’ai aussi des boutures sans fleur que je grefferai, afin d’avoir une deuxième variété sur l’arbre, comme ça il produira de lui-même les années suivantes. Pour le besoin du forum, je ne m’intéresserai qu’à la partie conservation du pollen.

*

16 Avr 2013, 19:42

J’ai essayé de me trouver des valves avec vis, mais sans succès. Étant donné qu’on avait un Vacuvin à la maison (une pompe pour enlever l’air des bouteilles de vin) je vais l’utiliser pour me faire un récipient sous vide. Il ne sera pas précis, mais bon, ça devrait être mieux que pas du tout!

Vacuvin et bouteille Sous Pression

bouteille avec bouchon étanche pour créer un vide et assécher le pollen. À droite, la pompe vacuvin

De toute façon, en regardant les résultats de l’étude (dans la référence précédente), j’ai cru voir que les résultats étaient quand même assez bon malgré un vide plus prononcé. En tout cas, étant donné que je vais échelonner mes échantillonnages sur plusieurs jours, ça devrait marcher.

Voici une photo des fleurs, en date d’aujourd’hui. Je vais attendre demain pour la première collecte de pollen, il n’a pas l’air prêt encore.

Voir l’article ici: https://poirespetitsag.wordpress.com/2015/03/08/forcer-une-branche-a-fleurir-a-linterieur-ou-comment-egayer-sa-maison-en-invitant-le-printemps-chez-soi/

*

17 Avr 2013, 20:36

Bon, ça y est, première collecte faite. Après 4 heures en contenant sous-vide, je transfère le tout au congélo.
Le reste, ça sera demain, comme ça j’aurai deux cueillettes. Ne restera plus qu’à attendre la floraison du poirier chez mes parents, le Golden Spice, au début juin. Ce n’est qu’après qu’on pourra voir si des fruits se forment.
Je vous tiens au courant… dans deux mois!

*

26 Mai 2013, 18:52

Ça y est, j’ai pollinisé hier une douzaine de fleurs, les premières à ouvrir sur l’arbre. Donc, 4-5 avec le pollen de ce que j’ai appelé Southworth (pas certain) et l’autre que je crois être un Ussuriensis. Les fleurs ouvraient tout juste et je ne suis pas certain que ça va marcher ou pas.
Par contre, j’y retourne en fin de semaine prochaine et j’ai bon espoir que la floraison ne sera pas terminée et que je pourrai reprendre l’expérience à nouveau, avec cette fois plus de fleurs.

*

27 Mai 2013, 16:20

Je viens de trouver un article qui me confirme que je n’ai pas appliqué le pollen au bon moment.
Les fleurs sont les plus réceptives de 12 à 72h après leur ouverture… Mon expérience du weekend dernier aura probablement été pour rien.
Je garde espoir, je reprends l’expérience en fin de semaine prochaine. Le temps est très froid et la floraison devrait battre son plein encore.

Voir l’article suivant de Firman Pollen, une cie spécialisée en application de pollen pour les vergers
(désolé, c’est en anglais)

« Timing:

Pollen is a living material that must be applied to a receptive flower in order to set fruit.

Flower receptivity:
Getting pollen to the flowers at the right time is critical. The flowers must be receptive in order to set fruit. The receptivity of most flowers is from 12 to 72 hours after they open, depending on weather conditions. With the shorter period during hot dry weather and the longer period during cool moist periods. It is easy to tell when the flowers are most receptive to pollen.

Pick a just opened flower. Clustered in the center will be about 20 football-shaped pollen sacs. These anthers are smooth when still holding their pollen and shrivel up when they have released their pollen. There is no mistaking the difference; it’s like grapes to raisins. With cherries and plum a small hand loop might be helpful. In pears the color actually changes from red to green! When some but not all of the anthers have shed their pollen the flower is its most receptive. In cooler climates the flowers may not begin to shed pollen for one to three days after they open, in warmer climates flowers will be shedding pollen as soon as they open. Pollen application should be timed to flower receptivity.  »

Source: http://www.firmanpollen.com/application.html

5 Juin 2013, 16:18

Ça y est, j’ai fait une deuxième pollinisation en fin de semaine dernière. La température était exécrable et il a plu presque sans arrêt. Un vrai déluge.
J’étais assez déçu, parce que bien que les fleurs étaient bien ouvertes cette fois, et en profusion, je ne savais pas si le pollen se ferait laver par la pluie. J’ai donc protégé quelques grappes « fécondées » avec un zip-lock pendant 2 jours, en espérant que ça aide un peu le processus de réhydratation des petits grains de pollen.
Maintenant, ne reste plus qu’à attendre. Je ne suis pas trop exigeant, une demi-douzaine de poires et je serais déjà content. Sauf que si la température avait été de mon bord, j’aurai pu en polliniser beaucoup plus! C’est partie remise (C’est le désavantage de ne pas avoir ses arbres à côté de la maison, mais dans un verger distant…)
Au moins, j’ai réussi toutes mes boutures et j’ai récupéré Beauté Flamande, Golden Spice et Southworth, bien que pour le dernier, le nom reste à confirmer.
A bientôt pour le grand dévoilement du résultat final!

*

Succès!
C’est confirmé, la technique de pollinisation déshydraté sous vide fonctionne.

Je reviens tout juste de passer le weekend à mon terrain et le poirier pollinisé il y a trois semaines a fait des poires. La méthode fonctionne donc bel et bien. Par contre, les fleurs qui ont fait des fruits, jusqu’à maintenant, sont celles qui s’étaient ouverte le jour même (donc il n’y en a pas beaucoup). J’en ai compté deux sur une même branche, la plus basse et accessible.

Pollinisation réussieV2

Pollinisation réussie! Une poire est en route.

Mes pollinisations de la fin de semaine suivante étaient sur des fleurs tellement mouillées par la pluie, que j’avais des gros doute sur le succès. Apparemment, les fleurs mouillées sont effectivement à éviter pour la pollinisation.

Sinon, la technique fonctionne! C’est super!
Ça veut donc dire qu’on peut:

– se faire envoyer une bouture en hiver (ou la récolter soi-même),
– la faire fleurir à l’intérieur, à toute date,
– récupérer et congeler le pollen déshydraté sous-vide
– l’utiliser quand on veut, jusqu’à plusieurs mois plus tard (il parait que ça marche même après plus d’un an).
Comme ça, je pourrai enfin croiser mes poires préférées (genre Comice ou Taylor’s Gold) avec des rustiques et espérer avoir quelque chose d’intéressant en bout du compte. Hourra!
J’ai bien peur que je n’ai pas fini de faire pousser des poires moi…

*

17 Juin 2013, 08:52

Et pour la déshydratation, c’est les cristaux de gel de silice qu’il faut utiliser.

J’avais récupéré les petits sacs absorbant qui se trouvent souvent dans les emballages de produits électroniques par exemple.
Sur la photo, on les voit bien dans la bouteille.
Le pollen, lui, est récolté avec ou sans les étamines, et déposé dans du papier cristal, qui laisse circuler l’humidité.
C’est le même papier qui est utilisé dans les albums photos ou de collection de timbre.

Pour plus de détails, je recommande de lire l’article original ici:

http://www.cactuspro.com/articles/_media/conservation_du_pollen_par_congelation:conservation_du_pollen.pdf

Autre référence:

Fleur_de_pommier

Il faut récupérer le pollen qui se trouve au bout des étamines (jaune-brun), de petits grains microscopiques, et les déposer, d’ordinaire, au bout du pistil. Dans mon cas, je ne récupère que le polen et ou prélève carrément le bout des étamines.  source: http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/1330433

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3 réflexions sur “La congélation du pollen – ou comment croiser deux plantes qui ne fleurissent pas en même temps

  1. Bonjour très belle expérience, j’aimerai savoir comment se fait la transition du congélateur à la pollinisation? les pollens retirés du frais sont gelés et comment vous faite pour qu’il retrouvent la température ambiante avant l’utilisation finale.
    Q/ les pollens sont déshydratés à nouveau?
    Q/ Pendant quelle durée?

    • Bonjour et merci pour votre commentaire!
      Et pour ce qui est de vos réponses, j’avoue que pour ma part, je me contentais d’utiliser le pollen dont j’avais besoin en l’apportant d’abord au champ, puis en m’en servant directement sorti de son contenant surgelé.
      Je suis retourné sur le site que je mentionne dans l’article, celui de la compagnie de pollinisation Firman Pollen. Ils y expliquent comment procéder « On the day of application, remove the pollen from the freezer and place in the shipping box or cool box with NO ice packs. This will allow the pollen to come up to ambient temperature. »
      Ma traduction libre: Le jour de l’application, retirer le pollen du congélateur et le placer dans le contenant de transport – le leur – sans paquet réfrigérants. Ceci permettra au pollen de rejoindre la température ambiante.

      Pour votre deuxième question: Non, je ne déshydrate pas de nouveau le pollen inutilisé, puisque celui-ci l’est déjà. Je recongèle tout simplement tel quel. Effectivement, il y a le risque que le contenant du pollen attrape un peu d’humidité. Toutefois dans mon cas, je garde dans mon contenant des capsules de cristaux de gel de silice, ce qui selon moi, se chargera d’assécher le tout à nouveau.

      Voilà!

  2. Pingback: Attention aux porte-greffes supposément rustiques – Poires, fruitiers et Permaculture à Petit-Sag

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