Les aventuriers de la pomme « Purdue »

Il était une fois, dans un pays bien enneigé, un chercheur de pommes râres. Un beau midi, alors qu’il fouinait dans le magasin local d’aliments bios à la recherche d’une pomme, d’une poire ou d’un fruit nouveau, il découvrit une jolie pomme rouge inconnue, prénommée « Olympic ». Charmé par son teint rouge vermeille, il ne put s’empêcher de se laisser convaincre de la ramener chez lui afin de pouvoir la croquer. Il se devait d’en savoir plus sur cette mystérieuse étrangère…

La mystérieuse pomme « Olympic »

Une nouvelle variété de pomme! Hourra! Il n’en fallait pas plus pour faire mon bonheur.

Étant de nature curieux, je voulais en savoir plus sur cette pomme dont je n’avais jamais entendu parler. Étant donné qu’elle était plutôt bonne pour une tard conservée si longtemps et goûtée tard en saison, c’était une bonne candidate pour mon verger. Je devais donc en savoir plus.

Mes premières recherches en ligne sur cette dite Olympic ne révélèrent pas grand chose, rien sur les sites officiels de germoplasmes canadiens ni américains. Un vrai mystère cette pomme.

Vu que c’est une pomme du Québec, je cherchai plutôt sur les quelques sites de fournisseurs Québécois que je connais. Euréka! J’avais relativement tôt fait de trouver la pomme en question, vendue par GreenBarnNurseries (désormais Green Barn Farm) à l’île Perrot: http://www.greenbarnnursery.ca/products/primavera-olympic-apple

Première chose que je remarque, la pomme porte deux noms,  Primavera et Olympic.

Bizarre.

Étant donné que la pomme semble plutôt récente et que je ne trouvais rien à propos de Olympic, je continue ma recherche avec Primavera. Rien.

Je tente ma chance avec Primevère.

Bingo! Je trouve enfin que la pomme est une obtention canadienne de 1997 produite par « Agriculture et Agroalimentaire Canada, St-Jean-sur-Richelieu, Québec » – documentée sur le site de cyberfruit.info ici: http://cyberfruit.info/apple/primeveredescriptionf.asp

 

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Olympic – Primavera? Non, c’est Primevère.

Mais ce que j’avais lu ne me satisfaisait pas. Il devait bien y avoir plus. En creusant davantage, – là je commençais à sentir archéologue – je tombe sur cet autre article de Hortscience 1997 publié lors de la sortie de la nouvelle variété: http://hortsci.ashspublications.org/content/32/2/331.full.pdf

Enfin, le trésor que je cherchais, le jackpot. Ce qui m’intéressait ici, c’était de savoir quel était la généalogie de la pomme et surtout, si elle pouvait avoir un potentiel au niveau culture et hybridation à mon terrain (rusticité, résistance aux maladies, généalogie).

Première chose intéressante, la pomme est porteuse d’un des gènes d’immunité contre la tavelure (enfin une majorité des souches connues du champignon pour le moment), le gène Vf. J’étais aussi bien étonné de lire dans cet article que la pomme était en fait un « rejet » non-sélectionné par le célèbre programme de la série PRI (Purdue-Rutgers-Illinois), d’où le nom donné, PRI-mevère.

Ce qui est encore plus intéressant ici, c’est de découvrir que la pomme en question est un « rejet » de la série (PRI 1792-4), la pomme avait été pré-sélectionnée en 1969 mais rejetée en 1971. Elle fut tout de même envoyée à Frelighsburg au Québec en 1979 et retenue pour sa sortie dans la belle province.

J’étais bien content d’y lire que ses parents étaient un pommier inconnu de moi, Graham, croisé avec 597NJ1, mais surtout que ce deuxième était un pommier porteur du gène Vf d’immunité contre la tavelure.

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J’ai récupéré une vingtaine de graines dont j’espère un ratio de 1:1 de plantules résistants à la tavelure.

Ne restait plus qu’à en savoir plus sur cette nouvelle pomme énigmatique, Graham. Encore une fois, je ne trouvais rien.

Après avoir épuisé toutes mes idées (malus Graham, Graham apple, Apple Graham) sans résultants, il me vient une idée. Étant donné que la pomme vient des États, je trouverais peut-être quelque chose sur le germoplasme Américain. Leurs variétés ne sortent souvent pas en cherchant via les engins de recherches.

Justement, sur ARS-GRIN, je tombe sur Graham Spy: https://npgsweb.ars-grin.gov/gringlobal/accessiondetail.aspx?id=1012568

Ça semble plausible. Sa mère serait donc un « sport » ou une mutation naturelle rouge vermeille de Northern Spy, un zone 5. Et ça expliquerait la ressemblance au niveau forme et même du goût, ainsi que la longue conservation.

En gros, il y aurait donc du potentiel pour la culture de semis même en OP (pollinisation ouverte).

Un peu de lecture supplémentaire sur les plantes résistantes à la tavelure et porteuses du gène Vf produisent en général un ratio de 1:1 (donc 50%) de progéniture porteuse du gène de résistance à la tavelure.

Pas mal! Tout donc pour m’encourager à décoller une petite vingtaine de graines de Primevère, qui soit dit en passant, était pas mal pour une pomme d’octobre mangée en fin janvier. Trois mois plus tard, la pomme était encore pas mal. Bien que proche de la délicieuse, elle avait toutetois un peu plus de saveur et de parfum, tout en ayant un peu d’acidité et avec sa chair encore ferme et croquante. Donc, effectivement, son nom de bonne jusqu’au printemps est justifié.

Tout ça pour dire deux choses. Attention à l’écriture du nom de vos variétés; c’est si facile de renommer un fruit et de perdre l’information qui s’y rattache. Et enfin, choisissez judicieusement le nom de vos fruits. Un mauvais nom fera toute la différence au niveau marketing. Olympic est, selon moi, effectivement plus intéressant comme nom que Primevère (un peu bizarre comme nom, non?). Quoique je ne cautionne pas le fait de renommer une variété pour faire de meilleures ventes.

Restera plus qu’à tester mes semis pour la résistance à la tavelure. Quelqu’un a les 7 souches de la tavelure avec une serre/laboratoire à prêter (ou une bourse pour la recherche)?

Pour info sur la recherche en croisement de pommiers résistants à la tavelure:

https://hort.purdue.edu/newcrop/pri/breeding.html

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Croisements et pollinisation de fruits perso

Ça y est! Il fait soleil et déjà, mes premières graines germent.

Devinez ce que c’est?

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Bahh non! Pas des poires. Cette fois, c’est des pépins de Spartan. J’ai découvert récemment que cette variété – descendante directe de McIntosh – serait en fait zonée 3 et que je pourrais potentiellement en faire pousser sur mon terrain. Alors, pourquoi pas en faire quelques semis pour « le fun », comme on le dit si bien! 🙂

D’autant plus que désormais, je ne me sens plus seul dans mes entreprises un peu folles de pollinisation. Je suis tombé sur un blogue d’un autre passionné, mais celui-ci de la culture et pollinisation des pommes. Son nom est Steven Edholm et il habite en Californie du nord.

Depuis cinq ans à l’automne 2015, il pollinise et cultive des pommes à partir de semis, ce qu’il documente soigneusement (textes et vidéos) et qu’il nous partage sur son blogue, SkillCult.

Une section complète sur la pollinisation et la multiplication des pommes y est d’ailleurs consacrée (http://skillcult.com/plant-breeding)

Et le plus intéressant dans tout ça, c’est qu’il a déjà eu des résultats positifs. Il fait également part de d’autres expériences positives, tout aussi encourageantes. Ça tombe à pic, étant donné que mes dernières lectures à ce sujet était loin de l’être.

Son intérêt premier dans la pollination: la saveur. On se rejoint là-dessus, puisque bien que mon intérêt principal à moi soit la résistance au froid (-45 ‘C), je cherche également à explorer et exploiter l’aspect saveur. Nous avons même semé/cultivé des variétés similaires, malgré que nous sommes à des côtés opposé du continent: semis de Golden Russet, de Sweet sixteen et il s’intéresse également à Chestnut que j’ai greffée l’été dernier, et enfin à William’s pride, greffée l’année précédente.

Donc, je ne suis pas seul dans mes folles entreprises. Et surtout, ce n’est pas si fou que ça! 🙂

Voici donc quelques liens qui pourraient intéresser les amateurs de pollinisation en herbe et ceux que je n’avais pas réussi encore à convaincre du plaisir de faire pousser ses propres fruitiers à partir de graines:

« Bite me », la première pomme de Steven Edholm semée à partir d’un pépin de pommette Wickson. Source: https://farm6.staticflickr.com/5741/23138556866_5c90612c7b_c.jpg

Les centres de recherche sur la pollinisation et croisements de fruits sont de moins en moins nombreux et souvent manquent de financement. De plus, ceux-ci axent le plus souvent leur efforts sur la commercialisation, donc des fruits sains, mais surtout, répondant aux exigences esthétiques et culturales de l’industrie (longue conservation, facile de transport et facile à faire pousser).

Sans mettre de côté l’importance d’obtenir des fruits sains et résistants aux maladies, plusieurs fruits au goût et saveurs excellentes sont écartés car ne possédant par tel ou tel critère de l’industrie. Et leurs exigences sont très différentes de celles d’un jardinier amateur.

Même si nos pommes sont un peu différentes, rousselées, à la chaire veinée ou de forme aplatie, si le goût est exceptionnel…

 

Deux rangs de mes semis de pommiers et poiriers de deux-trois ans en novembre dernier.

NB: Attention, les fruits des magasins, plus particulièrement les pommes, sont souvent pollinisées dans les vergers commerciaux par des pommetiers sauvages. Ce qui revient à dire que faire pousser des pépins de pommes de l’épicerie (ou des fruits dont on ne connait pas le pollen-père) a des fortes chances de produire des pommes plus petites – car croisés avec un pommetier – donc potentiellement surettes – sans pour autant que cela soit certain du tout. D’où l’intérêt de croiser/polliniser ses fruits soi-même.

Au delà des fruits moches

Ce matin, je partage une petite réflexion d’une blogueuse un peu rebelle, Eliza Greenman. Elle se présente comme étant une activiste, productrice de fruits, fermière et aussi consultante. C’est suite à son travail dans une exploitation commerciale que celle-ci s’est mise à remettre en question le modèle de production à grande échelle de la pomme.

Dans l’article There’s more to Eating Ugly, Eliza salue le recyclage des fruits moches, une initiative qui prend de l’ampleur avec des mouvements comme « fruitcycle » aux États-Unis, avec FruitRescue dans certaines villes canadiennes ou encore avec les épiceries de fruits moches en France.

Toutefois, Éliza se permet de questionner la pratique pour voir au delà du geste. Car bien que l’achat de fruit moches réduise le gaspillage, il n’en demeure pas moins que ceux-ci sont les produits de l’exploitation traditionnelle chimique et à grande échelle de fruits  commerciaux standardisés et « parfaits » pour un marché qui ne carbure qu’à l’image.

Eliza y questionne donc le modèle commercial et le recyclage de fruits moches, qui ne demeurent pas moins un sous-produit d’une industrie qui interdit la diversité et exige la perfection à tout prix, sans parler des impacts sur l’environnement.

Elle y aborde également la question des maladies esthétiques qui ne dérangent en rien le goût des fruits et pour lesquelles on traite au fongicide inutilement.

Un exemple de pommes naturelles non traitées et recouvertes de taches de suie (Phyllachora pomigena), un champignon inoffensif qui n’affecte que l’apparence et non le gout de la pomme. Source: https://elizapples.files.wordpress.com/2016/01/ugly-apples.png?w=676

Pour en nommer quelques unes, la moucheture (champignon Schizothyrium) et la maladie des taches de suie (Phyllachora pomigena) – celle-ci partira souvent au lavage – sont systématiquement traités avec des fongicides, bien qu’ils soient inoffensifs.

Fruit non traité et affecté par les taches de suie. Le fruit au naturel versus le même fruit après nettoyage. Source: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/14/Phyllachora_pomigena.jpg

 

la moucheture, une deuxième maladie esthétique sans conséquence sur le gout – source: http://www.omafra.gov.on.ca/english/crops/facts/flyspeckf1.jpg

Soit dit en passant, Eliza aborde aussi sur son blogue (dans d’autres articles) la question de la tavelure. Selon elle, celle-ci favoriserait une plus grande concentration des sucres dans les fruits… Assez extrême mais aussi plutôt intéressant comme théorie.

En gros, l’article en question aborde surtout la question de;  manger local, de la diversité et de manger des fruits non traités et sains, dans le respect de l’environnement et de la terre.

Je vous invite donc à le lire.

L’article (en anglais, mais sinon, vous pouvez toujours copier coller dans google traduction):
http://elizapples.com/2016/01/15/theres-more-to-eating-ugly/

Bonne nouvelle année et meilleurs souhaits de jardinage en 2016!

Ça y est, l’hiver est définitivement installé avec rien de moins qu’une deuxième tempête de neige sur Québec.
J’ai pu visiter mon verger à Noël et rien ne semblait dérangé.

IMG_6889 - verger en hiver

C’est certain que depuis l’an dernier, je ne fais plus confiance à ce semblant de couverture de neige tranquille qui cache parfois en dessous des rongeurs qui grugent et détruisent tout ce qui leur tombe sous les dents.

Il faisait très beau et plus doux qu’à la normale. Une superbe température pour faire un peu de raquette, il avait trop neigé pour se promener en bottes. Et cette année, avec les protecteurs et l’application de Skoot (répulsif à rongeur/mammifères), je crois avoir fait tout en mon pouvoir afin d’aider mes plantes à survivre en un seul morceau jusqu’au printemps.  Sans parler du froid et du verglas, sur lesquels je n’ai aucun contrôle bien sûr.

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quelques unes de mes plantes, avec leurs protecteurs à mulots et grillages protecteurs.

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Mon pommier Haralson, partiellement caché par les protecteurs et dont les branches sont aussi recouvertes de Skoot, le répulsif à rongeurs.

Sinon, nous somme déjà début janvier. L’hiver est une saison que j’apprécie, étant donné que puisque la nature se repose, je dois en faire de même. Rien à faire au verger, et ne reste plus que les rêves. Songer à ce que je pourrai ajouter, modifier au verger, greffes qui pourraient être faites au printemps… D’autant plus que je n’ai rien encore de construit en terme de bâtiments; chalet, entrepôt, remise, aire de récolte/nettoyage/pressage et que tout encore reste à faire à ce niveau.

J’ai reçu en cadeau la nouvelle édition de « Le jardinier maraîcher » de Jean-Martin Fortier, qui m’inspire beaucoup au niveau cultures, mais aussi pour la planification des structures, bâtiments et des aires de travail. Je vous le recommande grandement. On y parle de la gestion du sol, tout autant que de l’eau et de l’environnement environnant aux cultures, ce qui est tout aussi pertinent dans le cas de verger que pour les cultures maraîchères, sans parler d’un tas d’autres trucs.

Aussi, saison oblige. Je n’ai pu m’empêcher de mettre quelques graines en stratifications.Je sais, ce n’est pas rationnel. Mon verger est déjà « plein ».

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Il s’agit principalement de semis de pommiers, poiriers, aronias, aubépines et même de rosiers. C’est pour m’amuser surtout car je ne sais pas ou je mettrai tout ça plus tard, mais qu’importe. Je leur trouverai bien un coin. En attendant, ça va m’aider à passer au travers de l’hiver et je sais pertinemment que je serai ravi de m’occuper de ces nouveaux « bébés » au printemps. Et qui sait, peut-être aurai-je de belles surprises dans tout ça? Des fois que j’aurais un poirier Angélys X asssez rustique (et pas trop tardif) ou encore un pommier Sweet Sixteen X au goût différent mais aussi intéressant que celui de son parent, mais surtout aussi rustique! 🙂 On peut bien rêver!

En à droite sur la photo, ce sont des graines de rosa canina, des églantiers sauvages miniatures récupérées devant l’église St-Coeur-De-Marie, sur la Grande-Allée de Québec. C’est une église quasiment à l’abandon et j’aime penser que si mes semis poussent, je contribuerai à multiplier des fleurs qui ont peut-être été ramenées d’Europe par un ou une immigrante pour qui cette plante lui rappelait la maison. Et surtout, ce sont de jolies petites roses. 😉

J’ai même quelques graines de pommiers de Normandie, puisqu’il en existe un petit verger caché sur les plaines d’Abraham. Malheureusement, aucun des pommiers qui s’y trouvent n’est identifié.  N’empêche. des fois que ça me ferait quelque chose d’intéressant, comme pomme à dessert, sinon pour le cidre!

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La jolie pomme inconnue de Normandie

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La jolie pomme inconnue de Normandie –  ça vous dit quelque chose?

Alors c’est tout pour cette fois! Je vous souhaite à tous une excellente année 2016 et du jardinage satisfaisant et surtout, productif! Bonne année!