Premier bouton floral de poirier confirmé!

Je suis super content!
J’ai enfin un bouton de fleur de poirier confirmé sur mon terrain. C’est une fleur du poirier russe Lada greffé sur une branche de mon poirier Ure. Le bourgeon floral est un peu en avance sur ses amis, mais étant donné que mon père a aussi un poirier John et un Golden Spice, j’aurai certainement du pollen pour m’assurer d’avoir un ou deux fruits pour enfin y gouter!
Deuxième bonne nouvelle, mon pommetier inconnu, parti d’un semis, va lui aussi fleurir. Dans son cas, je ne m’attends pas à des pommes « mangeables » mais au moins, j’aurai le plaisir de voir de quoi ont l’air les fleurs et plus tard, de voir et surement aussi de goûter aux fruits.
Alors je vous partage la photo du bouton floral, pas encore en fleur, mais je suis tout de même super content et ça me fait plaisir de partager mon bonheur! 🙂

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Une semaine plus tard, les fleurs sont ouvertes.

PS: Y’a aussi mes coings japonais qui sont chargés de boutons floraux. Ça va être de toute beauté en terme de fleurs, mais j’aurai aussi une multitudes de fruits jaunes et « surettes » pour me faire qui sait une gelée cet automne? Hourra!

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PS: En date de fin juin, les fleurs étaient toutes tombées, malgré les avoir pollinisées avec les fleurs du Golden Spice. C’est partie remise. Toutefois, ça me donne bon espoir pour l’an prochain!

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Le plaisir de la culture des fruits et petits fruits pour le goût

L’avantage de cultiver ses propres fruits et petits fruits, c’est le goût. Bien souvent, les fruits vendus au magasin sont cultivés en fonction de valeurs mercantiles: bonne conservation, résistance aux maladies, au transport, belle apparence.
Malheureusement, ces critères passent souvent au devant de celui qui compte, selon moi, le plus.
Je parle de ce sujet parce que je cherchais depuis un petit moment des framboises jaunes, plus particulièrement des Anne. J’avais lu quelque part que celles-ci était les meilleures gustativement.

Framboisier d’automne Anne – source: http://forums.gardenweb.com/discussions/1498287/raspberry-report-fall-2014 photo de Bob_Z6

Ayant épuisé toutes mes sources d’amis qui auraient bien voulu m’en échanger, Je me suis donc résolu à passer à mon centre jardin préféré pour m’en acheter. Naturellement, ils n’en avait pas en stock. La gentille dame à la pépinière m’a invité à en réserver, ce que j’ai fait.
J’étais un peu déçu de savoir que leur fournisseur ne vendait que du fall gold, une variété de framboise jaune plus ancienne, au fruit plus petit et au goût doux.
Quelle n’était pas ma surprise lorsque j’ai eu un coup de fil dimanche pour m’avertir que ma commande était arrivée. La commis était désolée de m’annoncer que le fournisseur n’avait plus de Fall Gold et avait plutôt livré du Anne, un « équivalent » selon elle. Que nenni! C’était justement cette variété que je cherchais.
Donc, enfin! J’ai mis la main dessus mes Anne. Et pour en revenir au plaisir de la culture des fruits pour le gout. C’est que les fruits de Anne sont exceptionnellement savoureux. Et oui! Rien de moins.
J’ai même un sondage à l’appui, réalisé par l’Université de l’Utah: http://extension.usu.edu/files/publications/publication/Horticulture_Fruit_2013n-01pr.pdf

Mais ce que je trouve admirable dans tout ça, c’est la conclusion du sondage du tableau 2, basé sur quatre critères:

  1. la fermeté (Firmness) 2. l’apparence (Appearance) 3. le goût (Flavor) et 4. la préférence (Preference).

Sur les dix variétés d’automne testées, une seule se retrouve grande gagnante des deux points 3 et 4.

C’est la variété Anne!

Et étonnamment, on s’empresse d’évoquer que la couleur jaune du fruit a peut-être biaisé le résultat du sondage sur le goût et que bien que les fruits de la variété Anne soient les plus gros, c’est peut-être du au fait que Anne produit moins de fruits par plant.

De façon implicite, on vante les mérites des variétés qui produisent plus, même si elles n’arrivent que troisième ou quatrième dans les panels de dégustation, comme c’est le cas de la variété ‘Joan J’. Et au final, on vante la variété Polka, la numéro 2 au niveau gustatif, mais gagnante au niveau productif et apparence.

Même une étude de source universitaire ici, mets de l’avant les critères du marché.

Faire pousser ses propres petits fruits et fruits chez soi, c’est donc ici un avantage. C’est le luxe de pouvoir goûter à ce qu’il y a de meilleur. À un fruit parfois exceptionnel, qui peut-être ne se conserve pas ou peu, produit moins ou encore ne se transporte pas bien.

Et peut-être aussi que c fruit ne répond pas aux standards esthétiques du marché.

Mais on s’en fout si c’est meilleur. Et en plus, si c’est santé, parce qu’en l’ayant fait poussé nous même, on sait qu’il n’y aura pas eu de produits chimiques, pesticides ou fongicides rajoutés.

Alors voilà! C’était mon  petit éditorial du jour.

Et si vous êtes curieux et épicurien(ne) comme moi, et que vous êtes toujours à l’affut des nouvelles variétés exceptionnelles et rares, il reste encore une dizaine de plants de framboisiers Anne chez Bourbeau, à Québec.

À qui la chance?

PS: Dans le forum GardenWeb, un jardiner vante d’ailleurs lui aussi les mérites gustatifs de Anne ici: http://forums.gardenweb.com/discussions/1498287/raspberry-report-fall-2014

 

Les prunes, ces vilaines xénophobes

Quoi? Xénophobes vous dites! Et puis quoi encore. Pourquoi dire que les prunes sont xénophobes?

C’est que les prunes, elles ne se laissent pas polliniser par n’importe qui. Elles n’acceptent que le pollen de certaines prunes et pas d’autres.
Être xénophobe, c’est être hostile à l’étranger.
En fait, c’est une blague pour exprimer que chez les pruniers, il existe plusieurs variétés, voire famille, et que celles-ci ne sont souvent pas compatibles en matière de pollinisation. Quand on se penche sur la question, c’est pas simple et c’est une question de chromosomes.

Le prunier Japonais – prunus salicina – source Wikipédia

Oui, certaines variété sont autofertiles, mais ça demeure une aberration de la nature et elles produiront beaucoup plus si vous leur plantez un/une amie de variété semblable.

De ces grandes familles de prunes, les deux les plus connues sont sans doutes les prunes Européennes (prunus communis) et les prunes Japonaises (prunus salicina). Il y a aussi les prunes-cerises, mais celles-ci sont des hybrides de prunes des sables (prunus besseyi) croisées avec autre chose, souvent des prunes. Celles-ci se pollinisent entre elles, mais n’acceptent pas le pollen des prunes européennes ou japonaises.

Il y a aussi les cerises, prunus avium, qui n’accepteront le pollen que de leurs compatriotes et les abricots, les prunus armeniaca, pour qui c’est la même chose.
Je parle de ça pour imager un peu ce qui se passe quand vient le temps d’expliquer comment faire pour que les pruniers produisent.

C’est que plusieurs variétés de pruniers rustiques (je parle de résistant à -40’C) sont souvent des hybrides; des croisements entre variétés qui incluent parfois des gènes d’abricots, de prunes européennes, de prunes asiatiques et de cerises même.

Jusque là, on s’en fout un peu! En quoi ça nous regarde? Au final, on veut un bon fruit et son bagage génétique, ça nous importe peu. Toutefois, le problème, c’est qu’en terme de chromosomes; celui-ci est souvent cumulatif lors de l’hybridation. Si bien que celui-ci s’en retrouve augmenté et qu’il n’est plus compatible avec ses semblables. C’est ce qui explique (de façon très basique) pourquoi les hybrides ne se reproduise souvent pas et par le fait même ne produisent pas grands fruits.

Le prunier noir ou prunier canadien. Un excellent pollinisateur. Source, http://www.quebec-horticole.ca/images/arbre/prunus-nigra2.jpg

Par compte, il existe une solution: l’utilisation de prunier sauvage comme pollinisateur! Pourquoi? Parce que ceux-ci ont des gènes purs (ou plus simples) qui se croiseront avec tous les hybrides, même si les hybrides ne les croiseront pas en retour. Et de toute façon, on n’y tient pas tant que ça, puisque les prunes sauvages ne donnent souvent que de petits fruits astringents ou amers.

Par exemple, on peut planter un prunier noir (nigra) ou un americain (american), ou encore un prunelier (spinosa) ou un myrobolan ou même un prunier des dunes (maritima) ou enfin un prunier des sables (besseyi). Dans tous les cas, ceux-ci polliniseront tous les pruniers, presque sans exception.  Je dis presque, parce que dans le cas des prunus Tomentosa (ragouminier), celui-ci est plus près des cerises que des prunes et il faut donc un autre tomentosa pour le polliniser.

Enfin, même chose donc pour les cerisiers nains des prairies de la série Romance. Plantez-en deux, et n’essayez pas d’autres variétés de cerises pour les polliniser, ils ne seront pas compatibles avec eux.

La série Romance – des hybrides de plusieurs variétés de cerises qui ne se polliniseront qu’entres elles. Source UofSask

La seule exception (car il y en a toujours une) c’est avec les pêches (prunus persica) qui sont presques tous autofertiles… Sauf que ceux-ci ne sont pas très rustique au delà de la zone 5, donc au nord de Montréal (au Canada en tout cas).

 

Je termine avec quelques liens pour aider dans vos lectures, au cas ou vous désiriez tenter d’en savoir un peu plus:

  • Un document publié par le gouvernement de l’Ontario sur les prunes Européennes et Japonaises avec les bases de la pollinisation.

http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/07-040.htm

  • Un article de Rick Sawatzky intitulé Plums for the prairies de l’Université de Saskatchewan (en anglais), qui explique très bien les nuances entre les espèces et variété de prunes ainsi que leurs affinités.

http://www.fruit.usask.ca/articles/plums.pdf

  • Lien avec un chapitre sur la pollinisation des prunes de l’Université de Californie (en anglais):

http://ucanr.edu/sites/fruitreport/Pollination/

On y apprend entre autre une technique très intéressante qui est de greffer une branche de pollinisateur au centre de l’arbre et de la laisser pousser en hauteur, à la façon de parasol, afin que le pollen tombe sur les autres branches.

  • Un article plus pointu ici sur les chromosomes chez les prunus. Voir la page 726.

http://www.academicjournals.org/article/article1380706614_Das%2520et%2520al.pdf

Bonne lecture! 🙂

PS: Désolé, mes références sont presque toutes en anglais. Si quelqu’un a des choses en français à me proposer, je les ajouterai volontiers.

Comment créer une nouvelle variété de raisins

Au début de l’été dernier, j’avais plusieurs variétés de raisins en fleur en même temps, alors j’en ai profité pour les polliniser. Les grappes de fleurs de raisins sont un peu étranges, puisque leurs fleurs n’ont pas de pétales. Celles-ci ressemble davantage à du corail ou à une grappe de lichen qu’à des fleurs.

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Somerset en fleur, enfin presque. Ce sont en fait des grappes de fleurs sans pétales telles que l’on retrouve sur les vignes, avant la nouaison des raisins.

Toutefois, on peut reconnaître sur celles-ci – même si c’est très petit – les parties caractéristiques des fleurs; des étamines avec les anthères qui portent les grains de pollen, et un stigmate au centre, qui reçoit le pollen des autres fleurs.

gros plan sur une fleur de raisin. source: http://lame-delisle-boucard.com/images/fleur_de_vigne_1.jpg

J’ai donc essayé de croiser deux variétés intéressantes, mais pour des raisons différentes; Eona, un plant vigoureux et hyper rustique, mais aux fruits plutôt petits, avec Somerset, qui lui est une variété sans pépin productif, sucré, parfumé et très hâtif.

 

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Somerset, mon cultivar favori! Généreux et surtout, sans pépins!

Un petit article sur les raisins apyrènes ou sans pépin: http://mariatotal.com/articles/consulter/raisin-apyrene-sans-pepins

J’avais aussi lu que pour obtenir une variété sans pépin, il fallait utiliser le pollen (soit en tant que père) de la plante sans pépin et l’appliquer sur le plant de vigne que l’on souhaite croiser (qui devient la mère qui porte les graines). Selon les sources, on parle d’un taux de réussite de 25 à 40 % des semis ainsi croisés qui deviendraient eux-aussi des variétés sans pépin. Et de toute façon, comment pourrait-on planter des pépins de raisins sans pépins… La blague, c’est que les scientifiques ont trouver une façon de le faire en récupérant les embryons avortés. Mais ça, c’est une autre histoire qui déborde mes compétences.

Un article scientifique sur le sujet (en anglais): Hybridization of seedless grapes, de D. W. Ramming, C. A. Ledbetter, R. Tarailo, Vitis Vol 29, 1990 (14 à 40% de succès)

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Eona utilisé comme maman. Une photo des fruits pollinisés, en attendant de mûrir. J’ai utilisé un filet protecteur contre les chevreuils. Bien que très rustique, la variété est très vigoureuse et un peu trop tardive pour Petit-Saguenay. Même à l’action de grâce, les raisins manquaient encore un peu de mûrissement.

Mon plant de Eona pollinisé a donc produit une multitude de pépins! J’aurais pu en planter un millier – j’exagère à peine. Mais étant donné que je n’avais pas l’intention d’en planter un champ, je n’avais stratifié que 6 graines et j’ai donné les autres.

De ces 6 graines, deux ont germé.

Je vous présente Eona X Somerset 1 et Eona X Somerset 2.

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Quelque chose émerge!

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J’avais espéré en avoir au moins 4, histoire de me rendre à 25% de chance d’obtenir un sans pépin… Mais bon. Peut-être serai-je chanceux et d’ici 3-4 ans, pourrai-je me vanter d’avoir créé une nouvelle variété de vigne sans pépin rustique! Et même si mon plant produit des raisins à pépin, Eona ne peut qu’être amélioré en le croisant avec Somerset.

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Je termine avec un joli vidéo d’archive sur l’hybridation de la vigne en 1929 produit par l’Institut National Agronomique de l’époque, en France. Le film d’archive provient de l’INA, l’Institut national de l’audiovisuel Français. C’est un film muet, mais sous-titré. Bien qu’un peu lent, il explique très bien les principes de l’hybridation de la vigne qui n’ont à peu près pas changé depuis tout ce temps.

https://player.ina.fr/player/embed/VDD09005656/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/560/315/1

Je vous laisse vous délecter de ce bijou. Bon jardinage! 🙂