Les prunes, ces vilaines xénophobes

Quoi? Xénophobes vous dites! Et puis quoi encore. Pourquoi dire que les prunes sont xénophobes?

C’est que les prunes, elles ne se laissent pas polliniser par n’importe qui. Elles n’acceptent que le pollen de certaines prunes et pas d’autres.
Être xénophobe, c’est être hostile à l’étranger.
En fait, c’est une blague pour exprimer que chez les pruniers, il existe plusieurs variétés, voire famille, et que celles-ci ne sont souvent pas compatibles en matière de pollinisation. Quand on se penche sur la question, c’est pas simple et c’est une question de chromosomes.

Le prunier Japonais – prunus salicina – source Wikipédia

Oui, certaines variété sont autofertiles, mais ça demeure une aberration de la nature et elles produiront beaucoup plus si vous leur plantez un/une amie de variété semblable.

De ces grandes familles de prunes, les deux les plus connues sont sans doutes les prunes Européennes (prunus communis) et les prunes Japonaises (prunus salicina). Il y a aussi les prunes-cerises, mais celles-ci sont des hybrides de prunes des sables (prunus besseyi) croisées avec autre chose, souvent des prunes. Celles-ci se pollinisent entre elles, mais n’acceptent pas le pollen des prunes européennes ou japonaises.

Il y a aussi les cerises, prunus avium, qui n’accepteront le pollen que de leurs compatriotes et les abricots, les prunus armeniaca, pour qui c’est la même chose.
Je parle de ça pour imager un peu ce qui se passe quand vient le temps d’expliquer comment faire pour que les pruniers produisent.

C’est que plusieurs variétés de pruniers rustiques (je parle de résistant à -40’C) sont souvent des hybrides; des croisements entre variétés qui incluent parfois des gènes d’abricots, de prunes européennes, de prunes asiatiques et de cerises même.

Jusque là, on s’en fout un peu! En quoi ça nous regarde? Au final, on veut un bon fruit et son bagage génétique, ça nous importe peu. Toutefois, le problème, c’est qu’en terme de chromosomes; celui-ci est souvent cumulatif lors de l’hybridation. Si bien que celui-ci s’en retrouve augmenté et qu’il n’est plus compatible avec ses semblables. C’est ce qui explique (de façon très basique) pourquoi les hybrides ne se reproduise souvent pas et par le fait même ne produisent pas grands fruits.

Le prunier noir ou prunier canadien. Un excellent pollinisateur. Source, http://www.quebec-horticole.ca/images/arbre/prunus-nigra2.jpg

Par compte, il existe une solution: l’utilisation de prunier sauvage comme pollinisateur! Pourquoi? Parce que ceux-ci ont des gènes purs (ou plus simples) qui se croiseront avec tous les hybrides, même si les hybrides ne les croiseront pas en retour. Et de toute façon, on n’y tient pas tant que ça, puisque les prunes sauvages ne donnent souvent que de petits fruits astringents ou amers.

Par exemple, on peut planter un prunier noir (nigra) ou un americain (american), ou encore un prunelier (spinosa) ou un myrobolan ou même un prunier des dunes (maritima) ou enfin un prunier des sables (besseyi). Dans tous les cas, ceux-ci polliniseront tous les pruniers, presque sans exception.  Je dis presque, parce que dans le cas des prunus Tomentosa (ragouminier), celui-ci est plus près des cerises que des prunes et il faut donc un autre tomentosa pour le polliniser.

Enfin, même chose donc pour les cerisiers nains des prairies de la série Romance. Plantez-en deux, et n’essayez pas d’autres variétés de cerises pour les polliniser, ils ne seront pas compatibles avec eux.

La série Romance – des hybrides de plusieurs variétés de cerises qui ne se polliniseront qu’entres elles. Source UofSask

La seule exception (car il y en a toujours une) c’est avec les pêches (prunus persica) qui sont presques tous autofertiles… Sauf que ceux-ci ne sont pas très rustique au delà de la zone 5, donc au nord de Montréal (au Canada en tout cas).

 

Je termine avec quelques liens pour aider dans vos lectures, au cas ou vous désiriez tenter d’en savoir un peu plus:

  • Un document publié par le gouvernement de l’Ontario sur les prunes Européennes et Japonaises avec les bases de la pollinisation.

http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/07-040.htm

  • Un article de Rick Sawatzky intitulé Plums for the prairies de l’Université de Saskatchewan (en anglais), qui explique très bien les nuances entre les espèces et variété de prunes ainsi que leurs affinités.

http://www.fruit.usask.ca/articles/plums.pdf

  • Lien avec un chapitre sur la pollinisation des prunes de l’Université de Californie (en anglais):

http://ucanr.edu/sites/fruitreport/Pollination/

On y apprend entre autre une technique très intéressante qui est de greffer une branche de pollinisateur au centre de l’arbre et de la laisser pousser en hauteur, à la façon de parasol, afin que le pollen tombe sur les autres branches.

  • Un article plus pointu ici sur les chromosomes chez les prunus. Voir la page 726.

http://www.academicjournals.org/article/article1380706614_Das%2520et%2520al.pdf

Bonne lecture! 🙂

PS: Désolé, mes références sont presque toutes en anglais. Si quelqu’un a des choses en français à me proposer, je les ajouterai volontiers.

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7 réflexions sur “Les prunes, ces vilaines xénophobes

    • Merci beaucoup! J’avoue que ça faisait longtemps que je voulais parler du sujet, mais ce n’est pas simple à aborder comme question. J’espère avoir contribué à aider à démystifier le tout!

    • Je viens de planter un prunier pembina et un brookgold. Je viens me me rendre compte qu’ils n’étaient pas compatible. IL faut donc que je trouve un nouveau prunier qui sera capable de polliniser les deux. C’est compliqué!

      • Peut-être pas, à ma connaissance, les deux pruniers sont tous les deux des hybrides de prunus salicina, donc à priorio, ça devrait être compatible.
        Pour de meilleurs résultats, je me promène avec un plumeau (ou prendre une grosse plume, genre de paon) et je fais le bourdon. C’est qu’au début juin, lors de la floraison chez nous, il y a souvent très peu de pollinisateur, alors j’aide un peu.
        Un autre truc, c’est de planter les pruniers en groupe de trois ensemble, donc très rapprochés, afin de former un buisson de pruniers. Le proximité des plants aide ainsi à la pollinisation naturelle par le vent.
        Mais sinon, c’est certain que étant donné que nous ne sommes pas certains de l’héritage génétique de ces cultivars, mettre un prunier « sauvage » à proximité augmenterait encore davantage les chances de réussite.
        Bon jardinage!

  1. Merci pour vos conseils. Je vais les suivre. Quelle distance entre les pruniers conseillez vous? 2 ou 3m ou plus proche?

    Savais vous ou je peux trouver des graines de prunus nigra et prunus besseyi? Je pourrais faire des semis de ces arbres pour améliorer dans la futur la pollinisation.

    • J’ai lu que 5-6 pieds (2 mètres) faisaient l’affaire.
      L’idée m’est venue en lisant « The Holistic Orchard » de Michael Phillips, qui suggère l’idée inspirée des buissons (thickets) de prunes sauvages.

      Et pour les semis, non, je n’ai pas de graines ni de nigra, ni de besseyi. L’an dernier, notre nigra n’a pas fait de fruit et la précédente, ceux-ci avaient été jetés. Et je n’ai pas plus de besseyi, ni de source de graines, car j’aimerais bien en faire aussi pousser. Si vous entendez parler d’une source…

      Salutations!

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