Germination d’akène de fraise ; ce faux-fruit-réceptacle charnu

Ça fait drôle à dire, mais quand on mange une fraise, on mange un faux-fruit.
Le vrai fruit est en fait l’akène, les petites graines réparties tout le tour de celle-ci, et dont on ne se soucie pas trop.
C’est que l’été dernier, Pascal a acheté un panier de fraises Cabot, une relativement nouvelle variété de fraises de saison GÉANTES!

La Cabot, une fraise naturellement géante et… contre toute attente, savoureuse!

J’avoue j’étais sceptique: des fraises géantes, pour moi, c’est synonyme de « boost » aux hormones et ça n’a rien de naturel. Pourtant, dans ce cas précis, ces fraises sont naturellement géantes lorsque cultivées en champ. Les plants produisent des monstres, voilà tout. Et en plus, elles ont bon gout!

Les Cabot nous ont tellement surpris, que je me suis laissé convaincre d’en récupérer des graines (des akènes) et d’essayer d’en faire pousser.

Car, mettons une chose au clair, la fraise, ce n’est pas un fruit. La fraise est « un réceptacle charnu sur lequel sont disposés régulièrement des akènes » (source Wikipédia), qui sont, eux, les vrais fruits d’un fraisier. Et c’est justement ça qu’il faut récupérer et stratifier au frigo si on veut faire pousser quelque chose (sinon ça marche peut-être quand même, mais le traitement augmente nos chances).

Gros plan sur les akènes d’une fraise, les vrais fruits (les graines). Source: wikipédia, par Scott Bauer de United States Department of Agriculture

Disons tout de même que j’étais un peu dubitatif et je ne pensais pas obtenir des résultats intéressants avec des graines de fraises du marché, dont la pollinisation est ouverte (parent inconnu). Mais ça, c’était avant de creuser un peu plus et avant de découvrir l’histoire de ce nouveau cultivar.

Cabot a été développé par Agriculture et Agroalimentaire Canada, à Kentville, en Nouvelle-Écosse et introduit commercialement en 1998. D’ailleurs, le brevet de Cabot arrivait justement à échéance en 2016.

La variété donc, est issue de croisements complexes, cherchant à combiner fermeté (K86-19), grosseur de fruit (K87-5) et résistance au stèle rouge du fraiser (Phytophthora fragariae), un champignon qui infecte les plants jusqu’à les tuer. Ceux-ci se flétrissent et produisent alors pas ou peu de fruits.

J’étais donc très content d’apprendre que la variété était résistante à cette maladie! Un plus, donc, pour mon expérience. Les fruits de Cabot sont tellement gros, que peu importe le résultat; si mes graines sont croisées avec un autre cultivar commercial, j’ai de fortes chances d’avoir de gros fruits. Alors que s’ils sont croisés avec des fraisiers sauvages, même à 50% de 20 grammes en moyenne, j’ai des fruits de 10 grammes, potentiellement hyperparfumées et savoureux, sans compter 10 x plus rustiques et résistants. En gros, que du bon.

Déjà 5 petits plants de Cabot X. Et… probablement plusieurs autres à venir! (après 3 mois de stratification froide)

L’hybridation et la culture de nouveaux cultivars de petits fruits n’étaient peut-être pas dans mes projets, mais en termes de résultats, c’est tout de même beaucoup plus gratifiant, car rapide à fructifier qu’avec le croisement des poiriers.

IMG_4736

Mes semis de Cabot en date du 9 avril 2017

Pour en savoir plus sur le cultivar Cabot:

http://hortsci.ashspublications.org/content/39/7/1778.full.pdf

Sur la stèle rouge du fraisier:

http://www.omafra.gov.on.ca/IPM/french/strawberries/diseases-and-disorders/red-stele.html

https://www.agrireseau.net/lab/documents/Phytophthora%20petits%20fruits%20E.pdf

Publicités

3 réflexions sur “Germination d’akène de fraise ; ce faux-fruit-réceptacle charnu

  1. J’ai hâte de voir les fruits que ça va donner ! Est-ce que la stratification au frigo est absolument nécessaire pour cette espèce de fraisiers ?

    L’an passé, j’ai testé plusieurs variétés de fraisiers alpins (fragaria vesca) blancs/jaunes ou rouges. Les informations des semenciers et des spécialistes de cette culture étaient qu’il fallait mettre les graines (dans leur sachet) directement au congélateur (oui oui, à -20oC) pour 3-4 semaines pour que les semences germent ensuite lorsque semées. J’ai trouvé ça un peu étrange… que des semences aient besoin de cycles gel-dégel, d’être au frais avec de l’humidité, je peux comprendre… mais à -20oC, d’un point de vue biologique, je me disais qu’en restant à cette température là, ça devait être pas mal statique d’un point de vue biochimique… alors que ce soit pendant une journée, une semaine ou un mois, qu’est-ce que ça pouvait bien changer pour la semence ? J’ai donc voulu tester la germination des semences après différents temps de congélation.

    Les semis étaient faits sur des blocs de terre avec un dôme, exposés à la lumière des néons, à 20-22 oC environ. Je n’ai vu absolument aucun effet significatif du temps de congélation et ce peu importe la variété testée; en fait, les semences qui n’avaient pas été au congélateur (mon contrôle) germaient aussi bien que les autres. J’avais entre 70 et 85% de germination en 2-3 semaines (et je me suis aperçu plus tard que les autres germaient majoritairement, mais plus tard), peu importe le traitement ou l’absence de traitement.

    Les fraisiers ont commencé à produire des fruits à la fin de l’été. Les plus gros fruits allaient jusqu’à 2 à 2.5 cm de long et étaient étroits. Le goût était…. délicieux !!!! Un coup de coeur pour moi ! C’est petit, mais concentré ! J’ai vu peu de différences entre les variétés de fruits jaunes ou blancs, et peu de différences entre les variétés à fruits rouges (j’en ai eu moins, alors mon échantillon était petit). Si ma mémoire est bonne, j’ai ramassé des fraises jaunes jusqu’au mois d’octobre !

    Bonne journée !

    David

  2. Pour la stratification des fragaria ‘ananassa’, j’avoue ne pas l’avoir remise en question. J’ai tout mis au frigo, alors je ne sais pas di ça fonctionne quand même sans…
    Sinon, moi aussi j’ai bien hâte de voir de quoi elles auront l’air! Je ne m’attends pas à trop de surprise côté couleur. Par contre, je doute que ça va produire dès la première année… je m’attends plutôt à une production la deuxième.

    Et sinon, les f. Vesces, ça a l’air bien aussi! Je pourrais essayer ça aussi éventuellement. À ajouter à ma liste. Décidément, trop de plantes à essayer et trop peu de temps. 😉

  3. Bonjour,

    si je me rappelle bien, les fraisiers étaient à l’origine auto-stériles . Puis des cultivars auto-fértiles ont étés sélectionnés.
    Donc ces semis vont probablement êtres issus d’auto-fécondation, donc seulement avec une pertes de gène du parent.
    J’aimerais bien trouver des fraisiers auto-incompatibles, cela permettrait d’avoir une énorme diversité dans le jardin, mais nécessiterait un écosystème sain, avec pleins de pollinisateurs et plusieurs variétés fleurissant en même temps. Mais est-ce mauvais? 😉

    bons essais!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s