Pêches et prunier nain des sables (Western sand cherry ou prunus pumila var besseyi)

Connaissez-vous le prunier nain des sables de l’Ouest, communément appelé le Western sand cherry ou prunus pumila var besseyi?

prunus pumila var besseyi source: USDA-NRCS PLANTS Database / Herman, D.E., et al. 1996. North Dakota tree handbook. USDA NRCS ND State Soil Conservation Committee; NDSU Extension and Western Area Power Administration, Bismarck.

Le fruit du prunier des sables. Source: http://www.ontariowildflower.com/shrub.htm#sandcherry

Le prunier des sables est, soit dit en passant, le père des chums – ou la mère c’est selon – des prunes-cerises ou cherry-plums.
Le prunus besseyi est un petit cerisier rampant natif des prairies. Il résiste très bien à des températures extrêmes (au froid) et son port est est nain et buissonnant. Il se multiplie naturellement en rampant et drageonnant. Son fruit ressemble aux cerises à grappes (prunus virginiana), alors que la plante est en fait davantage apparentée… aux pruniers!
Son petit fruit astringent a un goût aigrelet, sucré et astringent qu’on peut qualifier de plutôt moyen au niveau gustatif. Il s’utilise surtout en cuisson (compote, confitures et jus).

Toutefois, en plus d’être hyper rustique et de servir de porte-greffe à affranchir pour les pruniers et abricots, la plante possède une autre aptitude particulièrement intéressante: elle s’hybride avec à peu près tout les prunus: avec les pruniers (p. salicina, domestica, americana, nigra), les abricots (p. armeniaca), les ragouminiers (cerisiers de nanking p. tomentosa) et même avec les pêches (p. persica) – quoique dans ce cas, les plants ainsi obtenus sont infertiles.

Et enfin, c’est surtout le pollinisateur idéal pour tous ceux qui veulent faire fructifier leur chum (cherry-plum). C’est que les cultivars disponibles sont presque tous originaires de croisements de deuxième génération; et selon ce que j’ai lu, la plupart de ceux de la première génération (prune des sable x pruniers) ne donnent pas des fruits extraordinaires. Alors tant qu’à avoir de la pollinisation, aussi bien y aller avec la variété pure.

Voici quelques documents sur les variétés de Chum, dont celles de premières génération:

À propos de Sapa – un cultivar de 1ère génération (p. besseyi x Sultan): https://archive.org/stream/cultureduprunier45maco/cultureduprunier45maco_djvu.txt

À propos de cultivars  de 2e génération, soit issus de croisement avec Sapa (Dura et Manor): http://publications.gc.ca/collections/collection_2012/agr/A53-1866-1991-fra.pdf

Et un dernier lien listant différents hybrides de première génération avec le prunus besseyi produits par l’Université du Minnesota dans les années 1960. Il faut faire une recherche dans le document par mot clé « besseyi » afin d’y trouver les variétés de p. besseyi croisées avec autre chose. Leurs recherches ont produit des cultivars peu connus dont plusiers n’ont jamais connu la popularité, excepté peut-être pour Convoy, qui est un hybride d’origine Canadienne de toute façon (du Manitoba). Vous remarquerez les commentaires sur les qualités des hybrides en question, sous « Flavor ». On note du bitter (amer), poor (ordinaire), disagreable (désagréable), nearly sweet (presque sucré)…

Le lien: PRUNUS HYBRIDS, SELECTIONS AND CULTIVARS, AT THE UNIVERSITY OF MINNESOTA FRUIT BREEDING FARM – 1967

L’intérêt des pruniers besseyi comme porte-greffes (incluant les pêches et abricots):

Même en étant pas nécessairement les meilleurs fruits pour la consommation, les pruniers des sables ont l’avantage de s’hybride avec un peu tout et comme je l’avais mentionné dans un autre article sur les portes-greffes, plusieurs cultivars issus de croisements avec le p. besseyi font d’excellent porte-greffe.
Mon billet précédent sur les portes-greffe nanisant pour les pêches: https://poirespetitsag.wordpress.com/2015/10/24/porte-greffe-rustique-et-nanisant-pour-les-peches/
Et ma grande découverte en lisant ce document, c’est que le p. besseyi se croise avec le pêcher et bien que les hybrides qui en résultent sont infertiles, ils font de très bons PG rustiques et nanisant pour les pêches.

Semis de pêche 2017

Et en parlant de pêche, j’ai craqué. Et de un, j’ai à nouveau fait germé un noyau, cette fois de pêche jaune du Chili. C’est une variété inconnue, mais peu importe. Depuis qu’un contact de Port-Rouge m’a annoncé que lui aussi avait réussi à conserver des pêcher plusieurs années en les couchant et en laissant la neige les protéger, il fallait que je l’essaie à mon tour.

Mon nouveau semis de pêche 2017:

Et en plus, je me suis commandé un plant de pêches plates (p. persica Saturn) greffé sur un p. persica Lovell (un nouveau cultivar utilisé comme porte-greffe de pêcher; Lovell serait mieux que la variété de pêcher Bailey).

J’ai l’intention de le planter à mon terrain en lui faisant un girdling (légère entaille circulaire du cambium, petite annélation) afin de favoriser au moins une repousse du PG lovell. C’est dans le but d’en obtenir une repousse/branche, dont je pourrai greffer quelques yeux (avec mon semis et mon saturn) en août sur un prunus Convoy, au cas ou mon plant de pêcher gèlerait. Par contre, j’avoue qu’avec la quantité hallucinante de neige qui a tombé encore cette année sur mon terrain (plus de 2m de neige), je crois que le pêcher sera sauf. D’autant plus que j’ai réussi à hiverner depuis maintenant deux ans un figuier Marseille Black!

Et pour ce qui est du goût de Lovell, j’ai lu sur le forum Houzz (nouveau Gardenweb) ici que quelqu’un avait laissé fructifier son PG Lovell et que le fruit goutait l’abricot, ce qui pas mal mieux que ce que j’ai lu et entendu dire à propos des fruits du PG Bailey qui apparemment, ne sont pas bons du tout. Tout juste utilisable en cuisson.

Commande de Boughen Nurseries

Et sinon, je me suis aussi commandé (naturellement) un prunier besseyi pur, ainsi qu’un Sapa, le chum de première génération dont je parlais plus haut. Ils arrivent en autobus de la pépinère Boughen Nurseries, de Nipawen en Saskatchewan. Je ne sais pas encore comment ça va me coûter, c’est une surprise – en espérant qu’elle ne soit pas trop mauvaise. Je n’en ai commandé qu’un seul (p. besseyi), comme ça, mes fruits obtenus seront nécessairement des hybrides, si jamais l’envie me prend d’essayer des semis. Car dans ce cas précis, je sais pertinemment que les chances sont minces d’arriver à quelque chose de bien. Au mieux comestible, au pire j’obtiendrai des spécimens de collection/curiosités.

J’aimerais bien un hybride tomentosa x besseyi (on le trouve parfois vendus sous le nom de black tomentosa ou black nanking). C’est plus rustique que du tomentosa pur et c’est fort joli. Est-ce que ça goute bon? Reste à voir.

Photo publiée par l’utilsateur Intotheark sur le forum Houzz – source: http://forums.gardenweb.com/discussions/1889647/new-favorite-bush-fruit

En haut, le fruit du Black Nanking (besseyi x tomentosa). Le fruit y est décrit comme un peu plus gros que du besseyi avec la chair plus foncée sans trop de détails sur le gout. Source forum Houzz: http://forums.gardenweb.com/discussions/1889647/new-favorite-bush-fruit

Description de Sapa (tiré de Culture du Prunier et Variétés recommandées pour les différentes parties du Canada avec leur description, 1925).

Sapa (prunus Besseyi x Sultan – domestica) Fruit 1″ x 1″ pruine bleuâtre, mince; peau mince, modérément coriace; chair de couleur pourpre foncé, très juteuse; noyau de grosseur moyenne, ovale, adhérent; saveur nettement acidulé, piquante, acide près de la peau, légèrement astringente; qualité surmoyenne. A beaucoup de la saveur des meilleures cerises des sables mais est plus grosse.

Et… j’ai tout de même fait pousser un semis de croisement entre deux Chum: Opata/Kappa (nom incertain) x Convoy. Je me risque tout de même avec celui-là, mais avec un seul, des fois que j’obtiendrais quelque chose d’intéressant. Stratification humide 3 mois au frigo avant que les noyaux ne s’entrouvrent. J’en ai ensuite semé plusieurs et c’est celui-là qui a poussé.

Mon semis de Chum X 2017

Les chromosomes et l’hybridation; tentative d’explication en toute humilité…

La plupart des variétés sauvages de pruniers sont des diploïdes (2n=16) et j’avais lu que ce serait le cas pour le besseyi. En gros, lors de la pollinisation, si les chromosomes des deux parents (ovaire et pollen) ne se divisent pas par deux à la méiose (division initiale après la fécondation), les gènes s’additionnent lorsqu’il y a tout de même compatibilité.

Prenons le cas d’un des premier cultivar/ancêtre de plusieurs variétés de chum, soit le Sapa. Il s’agit d’un semis de Sultan x besseyi. Le p. domestica est supposé être un hexaploide naturel (2n=48). Ce qui fait que Sapa serait donc un polyploide (tetrahexacontaploide) avec Besseyi (2n=16) + p.domestica (2n=48) qui donnerait une ploïdie de (2n=64) à la première génération d’hybride. Et si on considère que Sapa est le parent de plusieurs autres croisements, ça expliquerait le faible taux de compatibilité!

Je m’explique avec un deuxième exemple: si à la deuxième génération de croisement avec un autre Chum de 2n=16 (dans le meilleur des cas), on aurait Sapa (2n=64) + ChumX (2n=16) qui se divise, donc on reste avec un (2n=64). Par contre, si on a un Chum de (2n=48) + (2n=64), on aurait alors un (2n =112) – du moins je crois et si c’est seulement possible. Car éventuellement, la pollinisation ne se fait plus, c’est pour ça que les croisements inter-espèces a ses limites.

Enfin, je ne suis pas expert en la matière et j’arrête tout de suite mes tentatives d’explications. Ce dont il faut se souvenir, c’est que les variétés sauvages sont en général davantage compatibles avec les hybrides pour la pollinisation. C’est encore plus vrai avec le prunus besseyi, qui se croise avec presque tout.

Sur la ploïdie dans Wikipédia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Plo%C3%AFdie

Et sur la ploïdie des pruniers (voir dans la section « origine biologique »): https://fr.wikipedia.org/wiki/Prunier

Mot de la fin

Je termine avec un document d’archive qui est une mine d’or de recherche du siècle dernier sur le prunier des sables. Des milliers de semis et cultivars, croisements, greffage, hybridation ont été effectués à divers endroits, mais plus particulièrement à la college de recherche et d’expérimentation du Dakota du Sud. Ces travaux ont été supervisés par le célèbre N. E Hansen, un horticulteur célèbre pour ses travaux sur les fruitiers rustiques, ainsi que sur l’hybridation des pruniers, de la luzerne, des pommes rouges (même s’il a été battu en vitesse par Albert Etter sur ce point) et enfin, directeur du South Dakota Experiment Station à Brookings à partir de 1895. Oui, ça fait plus d’un siècle déjà.

Le document est en ligne et accessible à tous ici:

http://openprairie.sdstate.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1086&context=agexperimentsta_bulletins

Germination d’akène de fraise ; ce faux-fruit-réceptacle charnu

Ça fait drôle à dire, mais quand on mange une fraise, on mange un faux-fruit.
Le vrai fruit est en fait l’akène, les petites graines réparties tout le tour de celle-ci, et dont on ne se soucie pas trop.
C’est que l’été dernier, Pascal a acheté un panier de fraises Cabot, une relativement nouvelle variété de fraises de saison GÉANTES!

La Cabot, une fraise naturellement géante et… contre toute attente, savoureuse!

J’avoue j’étais sceptique: des fraises géantes, pour moi, c’est synonyme de « boost » aux hormones et ça n’a rien de naturel. Pourtant, dans ce cas précis, ces fraises sont naturellement géantes lorsque cultivées en champ. Les plants produisent des monstres, voilà tout. Et en plus, elles ont bon gout!

Les Cabot nous ont tellement surpris, que je me suis laissé convaincre d’en récupérer des graines (des akènes) et d’essayer d’en faire pousser.

Car, mettons une chose au clair, la fraise, ce n’est pas un fruit. La fraise est « un réceptacle charnu sur lequel sont disposés régulièrement des akènes » (source Wikipédia), qui sont, eux, les vrais fruits d’un fraisier. Et c’est justement ça qu’il faut récupérer et stratifier au frigo si on veut faire pousser quelque chose (sinon ça marche peut-être quand même, mais le traitement augmente nos chances).

Gros plan sur les akènes d’une fraise, les vrais fruits (les graines). Source: wikipédia, par Scott Bauer de United States Department of Agriculture

Disons tout de même que j’étais un peu dubitatif et je ne pensais pas obtenir des résultats intéressants avec des graines de fraises du marché, dont la pollinisation est ouverte (parent inconnu). Mais ça, c’était avant de creuser un peu plus et avant de découvrir l’histoire de ce nouveau cultivar.

Cabot a été développé par Agriculture et Agroalimentaire Canada, à Kentville, en Nouvelle-Écosse et introduit commercialement en 1998. D’ailleurs, le brevet de Cabot arrivait justement à échéance en 2016.

La variété donc, est issue de croisements complexes, cherchant à combiner fermeté (K86-19), grosseur de fruit (K87-5) et résistance au stèle rouge du fraiser (Phytophthora fragariae), un champignon qui infecte les plants jusqu’à les tuer. Ceux-ci se flétrissent et produisent alors pas ou peu de fruits.

J’étais donc très content d’apprendre que la variété était résistante à cette maladie! Un plus, donc, pour mon expérience. Les fruits de Cabot sont tellement gros, que peu importe le résultat; si mes graines sont croisées avec un autre cultivar commercial, j’ai de fortes chances d’avoir de gros fruits. Alors que s’ils sont croisés avec des fraisiers sauvages, même à 50% de 20 grammes en moyenne, j’ai des fruits de 10 grammes, potentiellement hyperparfumées et savoureux, sans compter 10 x plus rustiques et résistants. En gros, que du bon.

Déjà 5 petits plants de Cabot X. Et… probablement plusieurs autres à venir! (après 3 mois de stratification froide)

L’hybridation et la culture de nouveaux cultivars de petits fruits n’étaient peut-être pas dans mes projets, mais en termes de résultats, c’est tout de même beaucoup plus gratifiant, car rapide à fructifier qu’avec le croisement des poiriers.

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Mes semis de Cabot en date du 9 avril 2017

Pour en savoir plus sur le cultivar Cabot:

http://hortsci.ashspublications.org/content/39/7/1778.full.pdf

Sur la stèle rouge du fraisier:

http://www.omafra.gov.on.ca/IPM/french/strawberries/diseases-and-disorders/red-stele.html

https://www.agrireseau.net/lab/documents/Phytophthora%20petits%20fruits%20E.pdf

En quête de mirabelle rustique

La mirabelle – un fruit sucré, juteux et délicat qui pousse bien au Québec – photo source: wikipédia (https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c8/Koogan_2002-08-14-160212.jpg)

Même si les prunes européennes sont délaissées de plusieurs en faveur des prune asiatiques, plus résistantes au nodule noir, je suis tout de même tombé en amour avec les mirabelles européennes. C’est suite à la dégustation d’un panier de celles-ci, au marché du Vieux-Port de Québec, que j’ai découvert ces délectables délicats petits fruits dorés. Celles achetées alors provenaient de l’Île d’Orléans, donc de tout près de Québec. Les mirabelles de Nancy et de Metz sont zonées 4 tout au plus, donc ne tolèrent pas les grands froids de plus(moins) de -40’C.

Malgré tout, mon père a réussi à en faire pousser un. L’arbre a survécu près de vingt ans, même en zone 3 protégée. Malheureusement, il n’a pas produit beaucoup, faute de pollinisation. Il aura tout de même vécu assez longtemps pour prouver que sa culture est possible. Il a rendu l’âme il y a tout juste deux ans, lors du « gros hiver dur » à -45C. C’est donc dire qu’il ne manquerait pas grand chose.

Depuis mon intérêt pour les mirabelles, nous en avons replanté un arbre. Le pauvre n’a pas beaucoup poussé, car il a été la cible répétée d’un chevreuil qui l’avait adopté à notre grand désespoir d’ailleurs.

Depuis deux ans, je fais aussi pousser les graines récupérées de mes prunes de l’Île. Celles-ci étaient plus petites et sucrées, probablement donc des mirabelles de Metz. D’ordinaire, je ne me casse pas trop la tête à essayer de faire pousser des prunes (car comme pour le reste, les semis ne sont pas très fidèles). Mais dans ce cas, j’avais lu que les mirabelles se reproduisaient assez fidèlement par semis. Alors il ne m’en fallait pas plus, des fois que j’obtiendrais quelque chose de bien et surtout, de rustique!

Mirabelle Année 1

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C’est qu’en dehors du prunier Mont-Royal zoné trois, il n’y a pas beaucoup de pruniers européens qui résistent aux grands froids. Je cultive un « damas » ou pruneau d’Ente mini vert/jaune, dont la graine provient de Kamouraska (au Québec), sinon du Damas Européen qui survit tant bien que mal et aussi, un Yellow egg ou Pershore yellow, qui lui aussi survit bien jusqu’à présent, sans avoir encore produit. En résumé, les choix sont limités et tant qu’à choisir, à date, c’est la mirabelle que je préfère au niveau gustatif.

Alors pour être certain de mon coup, en plus de mes semis des mirabelles de l’île déjà décollés depuis deux ans, j’ai aussi mis la main sur pas moins de quatre variétés de pruniers mirabelles directement d’Europe, plus précisément de Normandie. Vive internet et les amitiées virtuelles! Après stratification, mes semences commencent doucement à pousser. Dès ce printemps, je pourrai les planter et les soumettre à l’épreuve du froid. Il s’agit des Mirabelles de Nancy, de mirabelles jaunes (p-ê des fausses mirabelles?), de mirabelles violettes et de mirabelles rouges. Et si je n’obtiens que des pruniers sauvages ou pruneoliers au bout de compte, peu ne m’importe! Ce sera déjà mieux que rien du tout.

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Mon arrivage de noyaux de futures mirabelles boréales!

Je constate déjà que mes semis de « mirabelles jaunes » semblent avoir des cotylédons très rouges, donc avec beaucoup de pigments. Ensuite, un des deux premiers semis à avoir germé dans ce lot, celui de droite sur la photo, ressemble énormément à un prunus spinosa (j’en avais fait germé il y a deux ans). Serait-ce un croisement? Possible. Le futur nous le dira s’il se révèle assez rustique pour produire un jour!

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Dépliant informatif sur la mirabelle, document produit par le Verger conservatoire Hattonville (vraiment bien fait):

Tout savoir sur la mirabelle

Conférence le 9 novembre prochain sur l’Art de la greffe dans un contexte de verger rustique

Petite invitation à une conférence que je donnerai sur mes expériences avec l’art de la greffe dans un contexte de verger en permaculture au Saguenay zone 3.

Le tout s’est décidé un peu sur le tard, mais si ça vous tente, c’est le mercredi 9 novembre prochain à 17h30, au pavillon Paul Comtois Local 3111 et… c’est gratuit!

J’encouragerai toutefois une contribution volontaire aux organisateurs, soit le groupe étudiant VIA Agro-Écologie, qui m’ont invité.

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VIA Agro-Écologie « fait la promotion et la sensibilisation des alternatives agro-écologiques, pour un environnement sain dans l’optique du développement durable. Plusieurs conférences sont organisées chaque année sous cette trame de fond. On y trouve une bibliothèque détenant des livres sur l’agriculture et le maraîchage biologique, la traction animale, les énergies vertes, la gestion des matières résiduelles, les plantes médicinales, l’agriculture urbaine (et beaucoup d’autres sujets!) pouvant être consultés et empruntés par tous les étudiants de la FSAA. VIA tient aussi un jardin écologique et communautaire situé tout près du Jardin Roger Van den Hende. Une parcelle peut y être louée à coût modique! Informez-vous auprès de la personne responsable.  » source: http://www.agetaac.ulaval.ca/clubs-et-comites/via-agro-ecologie/

Muroise X – résultats et bilan

Dans mon article du 8 juillet 2015, je vous parlais des muroises, ce croisement entre des mûres du pacifique et des framboises qu’on appelle aussi loganberry ou tayberry en anglais, selon les croisements.

Ça y est, mes semis de deuxième génération (des Muroises ) ont enfin produit! Je vous présente donc un petit bilan des résultats de mon expérience.

D’abord, oui, les plants ont produit des fruits. Enfin! Dans mon cas, puisqu’il s’agit de graines dont j’ignore le géniteur, c’est à dire le pollen qui a servi à créer les graines dont provenaient le fruit, il était prévisible que le fruit soit autre chose que celui du parent.

Et bien il semblerait que le pollen provenait de mûres-ronces. C’est que le résultat a donné une variété de mûre rampante, épineuse mais pas autant que les framboises noires ni les mûres, et dont la production s’étire sur pas mal tout le mois d’août.

Je vous présente muroise X:

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Les fruits de mes muroises X – issues de semis de Muroises en pollinisation ouverte (pollen de source inconnu).

Les fruits de la muroise X sont plutôt petits, au goût acidulé et se rapprochant davantage d’une mûre mais de couleur un peu plus mat. Le fruit se détache plus ou moins bien et à tendance à se briser. De plus, le fruit possède un teinte assez foncée qui colore les doigts. Il s’agit donc d’un fruit beaucoup plus intéressant pour la transformation que pour la vente en frais.

Au final, je me demandais si j’avais envie de garder les plants, mais étant donné que la production est échelonnée sur tout le mois d’août, je pense que ça demeure quand même un petit-fruit intéressant comme complément à mes autres productions.

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Dans mon bol, on voit ici des framboises d’automne en dessous, et des mûres sauvages et des muroises X sur le dessus. Les muroises X sont celles dont la couleur est davantage bleutée et matte.

Pour ma part, j’ai choisi de les manger en purée non-cuite, c’est à dire les fruits légèrement écrasés avec un peu de sucre. J’ai mélangé les framboises, mûres et muroises X et le tout a donné un résultat avec un excellent goût et de couleur fort jolie.

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purée de framboises, mûres et muroises X non-cuite, avec un peu de sucre ajouté. À conserver au congélateur et pour consommation rapide mais contrairement aux cuissons, cette recette permets de garder les arômes, couleurs et parfums des petits-fruits comme si ceux-ci venaient juste d’être cueillis.

Notre installation pour faire pousser les muroises X:

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Tout d’abord, deux bons poteaux de cèdres, avec une traverse en bois, traité à l’huile de lin. J’ai aussi installé un géotextile de chaque côté du rang, afin de plus facilement récupérer et attacher mes muroises X rampantes au printemps. Les garder au sol les protègent du gel.

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Nous avons utilisé un fil de fer ainsi qu’un tendeur à deux yeux pour la partie du haut (à environ 5 pieds) tandis que pour la partie du bas n’as été entourée que d’un fil de nylon. Les fruits étaient supposées pendre des branches de l’année précédente, mais ceux-ci ont plutôt été produits près de la base des plants.

Quelques photos supplémentaires de la floraison et la fructification de mes muroises X:

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PS: Et si malgré les points négatifs mentionnés plus haut, quelqu’un(e) serait intéressé(e) à s’essayer à la culture des muroises X, me contacter en privé. Il me reste une bonne quantité de graines provenant du croisement initial sinon je pourrais aussi partager/propager des boutures de mes plants. Je déconseille les semis de graines de mes fruits de Muroises X, puisque ceux-ci donneraient nécessairement à leur tour autre chose (croisement avec des framboises? qui sait).

Bonnes récoltes!

Les prunes, ces vilaines xénophobes

Quoi? Xénophobes vous dites! Et puis quoi encore. Pourquoi dire que les prunes sont xénophobes?

C’est que les prunes, elles ne se laissent pas polliniser par n’importe qui. Elles n’acceptent que le pollen de certaines prunes et pas d’autres.
Être xénophobe, c’est être hostile à l’étranger.
En fait, c’est une blague pour exprimer que chez les pruniers, il existe plusieurs variétés, voire famille, et que celles-ci ne sont souvent pas compatibles en matière de pollinisation. Quand on se penche sur la question, c’est pas simple et c’est une question de chromosomes.

Le prunier Japonais – prunus salicina – source Wikipédia

Oui, certaines variété sont autofertiles, mais ça demeure une aberration de la nature et elles produiront beaucoup plus si vous leur plantez un/une amie de variété semblable.

De ces grandes familles de prunes, les deux les plus connues sont sans doutes les prunes Européennes (prunus communis) et les prunes Japonaises (prunus salicina). Il y a aussi les prunes-cerises, mais celles-ci sont des hybrides de prunes des sables (prunus besseyi) croisées avec autre chose, souvent des prunes. Celles-ci se pollinisent entre elles, mais n’acceptent pas le pollen des prunes européennes ou japonaises.

Il y a aussi les cerises, prunus avium, qui n’accepteront le pollen que de leurs compatriotes et les abricots, les prunus armeniaca, pour qui c’est la même chose.
Je parle de ça pour imager un peu ce qui se passe quand vient le temps d’expliquer comment faire pour que les pruniers produisent.

C’est que plusieurs variétés de pruniers rustiques (je parle de résistant à -40’C) sont souvent des hybrides; des croisements entre variétés qui incluent parfois des gènes d’abricots, de prunes européennes, de prunes asiatiques et de cerises même.

Jusque là, on s’en fout un peu! En quoi ça nous regarde? Au final, on veut un bon fruit et son bagage génétique, ça nous importe peu. Toutefois, le problème, c’est qu’en terme de chromosomes; celui-ci est souvent cumulatif lors de l’hybridation. Si bien que celui-ci s’en retrouve augmenté et qu’il n’est plus compatible avec ses semblables. C’est ce qui explique (de façon très basique) pourquoi les hybrides ne se reproduise souvent pas et par le fait même ne produisent pas grands fruits.

Le prunier noir ou prunier canadien. Un excellent pollinisateur. Source, http://www.quebec-horticole.ca/images/arbre/prunus-nigra2.jpg

Par compte, il existe une solution: l’utilisation de prunier sauvage comme pollinisateur! Pourquoi? Parce que ceux-ci ont des gènes purs (ou plus simples) qui se croiseront avec tous les hybrides, même si les hybrides ne les croiseront pas en retour. Et de toute façon, on n’y tient pas tant que ça, puisque les prunes sauvages ne donnent souvent que de petits fruits astringents ou amers.

Par exemple, on peut planter un prunier noir (nigra) ou un americain (american), ou encore un prunelier (spinosa) ou un myrobolan ou même un prunier des dunes (maritima) ou enfin un prunier des sables (besseyi). Dans tous les cas, ceux-ci polliniseront tous les pruniers, presque sans exception.  Je dis presque, parce que dans le cas des prunus Tomentosa (ragouminier), celui-ci est plus près des cerises que des prunes et il faut donc un autre tomentosa pour le polliniser.

Enfin, même chose donc pour les cerisiers nains des prairies de la série Romance. Plantez-en deux, et n’essayez pas d’autres variétés de cerises pour les polliniser, ils ne seront pas compatibles avec eux.

La série Romance – des hybrides de plusieurs variétés de cerises qui ne se polliniseront qu’entres elles. Source UofSask

La seule exception (car il y en a toujours une) c’est avec les pêches (prunus persica) qui sont presques tous autofertiles… Sauf que ceux-ci ne sont pas très rustique au delà de la zone 5, donc au nord de Montréal (au Canada en tout cas).

 

Je termine avec quelques liens pour aider dans vos lectures, au cas ou vous désiriez tenter d’en savoir un peu plus:

  • Un document publié par le gouvernement de l’Ontario sur les prunes Européennes et Japonaises avec les bases de la pollinisation.

http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/07-040.htm

  • Un article de Rick Sawatzky intitulé Plums for the prairies de l’Université de Saskatchewan (en anglais), qui explique très bien les nuances entre les espèces et variété de prunes ainsi que leurs affinités.

http://www.fruit.usask.ca/articles/plums.pdf

  • Lien avec un chapitre sur la pollinisation des prunes de l’Université de Californie (en anglais):

http://ucanr.edu/sites/fruitreport/Pollination/

On y apprend entre autre une technique très intéressante qui est de greffer une branche de pollinisateur au centre de l’arbre et de la laisser pousser en hauteur, à la façon de parasol, afin que le pollen tombe sur les autres branches.

  • Un article plus pointu ici sur les chromosomes chez les prunus. Voir la page 726.

http://www.academicjournals.org/article/article1380706614_Das%2520et%2520al.pdf

Bonne lecture! 🙂

PS: Désolé, mes références sont presque toutes en anglais. Si quelqu’un a des choses en français à me proposer, je les ajouterai volontiers.

Comment créer une nouvelle variété de raisins

Au début de l’été dernier, j’avais plusieurs variétés de raisins en fleur en même temps, alors j’en ai profité pour les polliniser. Les grappes de fleurs de raisins sont un peu étranges, puisque leurs fleurs n’ont pas de pétales. Celles-ci ressemble davantage à du corail ou à une grappe de lichen qu’à des fleurs.

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Somerset en fleur, enfin presque. Ce sont en fait des grappes de fleurs sans pétales telles que l’on retrouve sur les vignes, avant la nouaison des raisins.

Toutefois, on peut reconnaître sur celles-ci – même si c’est très petit – les parties caractéristiques des fleurs; des étamines avec les anthères qui portent les grains de pollen, et un stigmate au centre, qui reçoit le pollen des autres fleurs.

gros plan sur une fleur de raisin. source: http://lame-delisle-boucard.com/images/fleur_de_vigne_1.jpg

J’ai donc essayé de croiser deux variétés intéressantes, mais pour des raisons différentes; Eona, un plant vigoureux et hyper rustique, mais aux fruits plutôt petits, avec Somerset, qui lui est une variété sans pépin productif, sucré, parfumé et très hâtif.

 

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Somerset, mon cultivar favori! Généreux et surtout, sans pépins!

Un petit article sur les raisins apyrènes ou sans pépin: http://mariatotal.com/articles/consulter/raisin-apyrene-sans-pepins

J’avais aussi lu que pour obtenir une variété sans pépin, il fallait utiliser le pollen (soit en tant que père) de la plante sans pépin et l’appliquer sur le plant de vigne que l’on souhaite croiser (qui devient la mère qui porte les graines). Selon les sources, on parle d’un taux de réussite de 25 à 40 % des semis ainsi croisés qui deviendraient eux-aussi des variétés sans pépin. Et de toute façon, comment pourrait-on planter des pépins de raisins sans pépins… La blague, c’est que les scientifiques ont trouver une façon de le faire en récupérant les embryons avortés. Mais ça, c’est une autre histoire qui déborde mes compétences.

Un article scientifique sur le sujet (en anglais): Hybridization of seedless grapes, de D. W. Ramming, C. A. Ledbetter, R. Tarailo, Vitis Vol 29, 1990 (14 à 40% de succès)

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Eona utilisé comme maman. Une photo des fruits pollinisés, en attendant de mûrir. J’ai utilisé un filet protecteur contre les chevreuils. Bien que très rustique, la variété est très vigoureuse et un peu trop tardive pour Petit-Saguenay. Même à l’action de grâce, les raisins manquaient encore un peu de mûrissement.

Mon plant de Eona pollinisé a donc produit une multitude de pépins! J’aurais pu en planter un millier – j’exagère à peine. Mais étant donné que je n’avais pas l’intention d’en planter un champ, je n’avais stratifié que 6 graines et j’ai donné les autres.

De ces 6 graines, deux ont germé.

Je vous présente Eona X Somerset 1 et Eona X Somerset 2.

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Quelque chose émerge!

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J’avais espéré en avoir au moins 4, histoire de me rendre à 25% de chance d’obtenir un sans pépin… Mais bon. Peut-être serai-je chanceux et d’ici 3-4 ans, pourrai-je me vanter d’avoir créé une nouvelle variété de vigne sans pépin rustique! Et même si mon plant produit des raisins à pépin, Eona ne peut qu’être amélioré en le croisant avec Somerset.

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Je termine avec un joli vidéo d’archive sur l’hybridation de la vigne en 1929 produit par l’Institut National Agronomique de l’époque, en France. Le film d’archive provient de l’INA, l’Institut national de l’audiovisuel Français. C’est un film muet, mais sous-titré. Bien qu’un peu lent, il explique très bien les principes de l’hybridation de la vigne qui n’ont à peu près pas changé depuis tout ce temps.

https://player.ina.fr/player/embed/VDD09005656/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/560/315/1

Je vous laisse vous délecter de ce bijou. Bon jardinage! 🙂