Connaissez-vous la poire tapée?

En ce matin de tempête de neige sur le Québec, je vous partage un vidéo sur la poire tapée de Rivarennes, dans le département de l’Indre du Centre-Val de Loire (en France).
Ça donne envie de lancer une nouvelle tradition de conservation et consommation de poires séchées de chez nous, au Québec.
J’ai déjà envie de me bidouiller un aplatissoir. Bon visionnement!

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l’hiver, la saison du shopping – ou comment bien choisir son fruitier

Ça y est! L’hiver et la neige sont arrivés et seront avec nous pour quelques mois.
C’est la saison idéale pour les lectures et surtout, pour le magasinage de nouveaux fruitiers, soit comme nouveaux arbres, soit comme remplacement.

Après quelques essais et erreurs, je me permets de partager quelques critères essentiels à la sélection du bon arbre fruitier. C’est que pour l’avoir vécu, dans notre engouement initial, nous sommes souvent portés à nous laisser séduire au printemps par des coups de cœur en pépinière: des beaux arbres souvent en fleur, dont les branches sont bien formées et qui semblent prêts à produire en un rien de temps.

Par contre, qui n’a pas vécu la triste expérience de voir son arbre tomber malade ou pire encore, mourir gelé au premier hiver venu? Alors au-delà du magasinage, il faut aussi en profiter pour faire un minimum de réflexion sur les achats à venir, ce qui vous évitera bien des déceptions et pertes de temps et d’argent.

Liste des critères essentiels à considérer

pour le choix d’un BON cultivar pour vous!

  1. La rusticité
  2. La résistance aux maladies – et insectes*
  3. Le fruit obtenu (saveur et utilisation).
  4. La saison de fructification
  5. Le temps de conservation
  6. Le bon porte-greffe
  7. La quantité de fruits désirés

Préalable: Avant tout, bien choisir le site, avec un bon sol et un bon ensoleillement et humidité suffisante. Sans élaborer davantage sur ces points, je reviens sur mes critères essentiels que je détaille un peu davantage.

1- La rusticité: la plante doit être rustique selon votre zone de culture, et idéalement, choisir quelque chose une zone en dessous. Par exemple, si vous êtes en zone 4 à Québec, pour être certain qu’un hiver exceptionnellement froid ne vienne pas à bout de vos arbres, il est plus sûr de planter un arbre qui résistera jusqu’en zone 3.

Voir la carte suivante: http://www.planthardiness.gc.ca/index.pl?lang=fr

Les zones de rusticité approximatives au Québec

2- La résistance aux maladies – et insectes*: pour moi, ce critère arrive en second, car je crois à l’agriculture biologique, donc avec un minimum de pulvérisation possible et d’intrants chimiques. Les résistances aux maladies les plus courantes et essentielles, selon moi, sont la tavelure (bien que ce problème soit surtout esthétique) ensuite au feu bactérien. Sachez que pour ce qui est des insectes, il n’existe pas de fruits « résistants »*. Les populations d’insectes devront nécessairement être contrôlées, tout comme les animaux sauvages. La résistance à la sécheresse peut aussi être un critère important, mais surtout pour les francs ou sinon pour le porte-greffe, selon le site de culture choisi.

* Je nuance ici mon point de vue sur la résistances aux insectes: il existe effectivement des variétés de fruitiers, dont de pommes, qui sont plus résistantes – ou moins sensibles – aux carpocapses, aux tétranyques par exemple, tout comme certaines variétés de poires sont plus résistantes aux psylles, aux tenthrède limace ou aux carpocapses. Par contre, au final, je ne pense pas qu’une variété fruitières peut être vraiment considérée immunisée. Il va toujours falloir surveiller les populations d’insectes ou prédateurs, du moins un peu. C’est davantage comme ça que je le vois. Par contre pour l’avoir vécu avec les cassis Ben Conan par exemple avec les tétranyques, certaines variété sont carrément sensible aux insectes et sont alors à éviter.

3- La saveur du fruit: à quoi bon faire pousser un arbre complet d’un fruit qu’on n’aime pas et surtout, dont l’usage ne nous intéresse pas. J’ai vu des gens avec un pommier Lodi (pomme verte à tarte) sur leur terrain dont tous les fruits tombaient au sol dans le plus grand désintérêt total. Ne pas oublier qu’en automne, un arbre produira une grande quantité de fruits. À moins d’avoir une variété de longue conservation et un entrepôt réfrigérées, les pommes seront toutes prêtes en même temps et il faudra gérer cette grande quantité de fruits et surtout, avoir envie de les manger ou le temps et l’envie de les transformer. N’oubliez pas! Un fruit réfrigéré se conservera toujours beaucoup plus longtemps qu’un fruit à température pièce.

4- La saison de fructification: si vous plantez plusieurs pommiers, poiriers ou pruniers, la saison de fructification est un élément important à considérer puisqu’il permet de mieux répartir la production, de la fin de l’été à la fin de l’automne. Si on ne peut avoir que trois pommiers, mieux vaut planter une variété hâtive, de mi-saison, puis tardive. Ceci permet de répartir la production et de pouvoir profiter de pommes plus longtemps, sur une période de trois à quatre mois, voir jusqu’à l’hiver.

5- La période de conservation: cet élément est ici crucial quand on veut avoir le temps de profiter de sa production plus longtemps. Certaines pommes se conservent au plus une semaine, alors que pour d’autres, c’est plusieurs mois. C’est donc un élément très important quand vient le temps de choisir ses variétés.

Le fidèle Norland, à Petit-Saguenay. Bien que sa production soit plutôt biennale, il produit tout de même une quantité phénoménale de pommes qui doivent être mangées, au mieux, en dedans d’un mois.

6- Le bon porte-greffe: cet élément est vital. J’en ai déjà plusieurs fois parlé, mais le choix du bon porte-greffe est essentiel au succès de la bonne croissance de votre arbre. Je ne stresserai jamais assez l’importance de tout d’abord savoir quel est le porte-greffe utilisé pour votre plante; sa vigueur, sa résistance à la sécheresse et aux maladies, la taille (grandeur) qu’il confère. Obtiendrez-vous un arbre de 10 mètres ou de 2 mètres? Une fois le bon porte-greffe trouvé, mieux vaut acheter un petit arbre d’un an ou deux, greffé sur le porte-greffe choisi que de perdre 5 ans à cultiver un arbre qui ne réussira jamais bien, sinon mourra lors d’un hiver plus froid ou lors d’une soudaine éruption de maladie au verger.

7- La quantité de fruits désirée: si vous êtes une personne seule ou que vous êtes deux, combien de fruits pouvez-vous manger ou transformer en une année? Selon le document suivant d’agriréseau, un pommier planté en moyenne densité, soit avec une distance de 12 3,64 m (ou 12 pieds) finira par produire annuellement jusqu’à 65 kg de pommes annuellement, quoique certaines variétés de fruitiers ont tendance à plutôt produire davantage aux deux ans. N’oubliez pas que la météo (printemps pluvieux, gel) peut carrément empêcher la production entière d’une variété X ou d’un type d’arbre ciblé. Au-delà de la quantité, la diversité ne peut être qu’un gage de réussite. Et si vous ne voulez pas planter douze arbres (3 pommiers, 3 poiriers, 3 pruniers, 3 cerisiers), pensez aux greffes! Un seul pommier peut très bien être greffé avec plusieurs variétés sur un seul arbre afin d’optimiser l’espace disponible.

Quelques références:

L’étude de rendement par type de densité de plantation d’agriréseau: https://www.agrireseau.net/reseaupommier/documents/Profitabilit%C3%A9%20selon%20la%20densit%C3%A9%20de%20plantation.pdf

Tableau des variétés recommandées pour la culture en Alaska (APFGA) avec différentes critères, comme la résistance au froid (hardiness) : http://www.apfga.org/fruit_varieties/

Publication sur les cultivars résistants à la tavelure et aux maladies pour l’Ontario (attention à la résistance au froid): http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/scabresist.htm

Évaluation à ce jour des poiriers rustiques à Petit-Saguenay (zone 3)

Je le confirme, la culture des poires en z3 est bien possible. Mes résultats à ce jour sont très prometteurs et encourageants!

Par contre, mieux vaut commencer en plantant de l’hyper rustique. Vous pourrez toujours compléter votre collection avec de la greffe en tête (intermédiaire) de variétés plus fragile afin d’augmenter votre zone de rusticité d’au moins 1 (de z3 à z4 disons). C’est de cette façon que j’ai réussi à garder pendant plusieurs années plusieurs cultivars réputés z4 à Petit-Saguenay, en montagne limite z2 (hivers à -45’C).

Source: Fruits de verger pour les prairies (1982) – Agriculture Canada

Pour plus de détails sur la technique de greffe en question, voir la section Greffage intermédiaire à la page 30:

Fruits de verger pour les prairies (1982) par Agriculture Canada – A53-1672-1982-fra

 

Voici de quoi a l’air mon Ure avec entre quinze et vingt greffes différentes, mais en ayant conservé le tronc et la base des branches (sa structure rustique) de l’arbre intact afin que celui-ci garde ses propriétés rustiques, et ça fonctionne! Au pire, je perds un bout de branche, mais pas l’arbre.

Voici donc la liste des cultivars que j’ai à ce jour et le nombre d’années que j’ai réussi à les conserver.

Je commence avec les moins rustiques:

Z4-5 NON rustiques (même greffés en tête) sinon morts – Éliminés

Giffard, Clapp’s Favorite, Kieffer, Tait dropmore, Pioneer #3 (rusticité incertaine).

 

Z3b-4 (rustique, mais limite, je perds parfois des greffons) – survécus à 2-3 hivers à ce jour:

Beauté Flamande, Miney, Somercrisp, Gerry (type Bartlett de Montréal), Gras vert.

 

Z3 (fonctionne bien en greffe en tête) – survécus à 2-3 hivers à ce jour:

Phileson, Early seckel, Old home, Westfort, Parker, bloodbirne (sanguine), Patten,

 

Très rustique (solo hors de la neige en z2) et à utiliser comme porte-greffe:

Golden Spice, John, Olia, Ure, Lada, EarlyGold (JefGold), semis de poiriers Ussuriensis de Québec, Korshenskii X

De ce lot, les Ure sont pour le moment, les meilleures incontestées au point de vue gustatif, Beedle serait tout aussi rustique et tout aussi bon, peut-être même meilleur, mais reste à mettre la main dessus.

Ure – du bonbon! 17 brix au réfractomètre, une bonne balance de sucré et acide, pas ou peu d’arrière-goût âpre. Ferait probablement un très bon poiré, j’ai hâte d’essayer ça… un de ces jours.

En évaluation :

Harvest Queen, Beurré Amanlis, Luscious, Mission (Joinville, Wright), Northbrite, Philip, St-Julienne, Ste-Sophie, Savignac, Larinskaya, Kurskaya, Ya Li, Kikushui, pyrus regelii, pyrus nivalis et pyrus spinosa.

 

En conclusion, voici quelques sources vraiment intéressantes d’autres recherche similaires conduites celles-ci dans deux autres vergers. Je les considère « nordiques », même si dans les deux cas, c’est plus chaud que chez moi. Je m’excuse à l’avance, tout est en anglais.

Le premier est le verger Walden Height Nursery and Orchard du Vermont. Le propriétaire, Todd Parlo, a reçu une bourse de recherche afin de sélectionner des cultivars de pommes et de poires rustiques:

L’article de Good fruit growers: http://www.goodfruit.com/in-the-hunt-for-cold-hardy-pears/

Le résultat de ses recherches: https://waldenheightsnursery.com/category/research/rssf

Et un dernier lien, les articles de Claude Jolicoeur (il a un verger sur le bord du Fleuve à Petite-Rivière-Saint-François). Je considère donc qu’il est tout de même en zone plus chaude qu’à mon terrain. Il a écrit au moins deux articles sur ses résultats:

Voir les articles de 2002 et 2008 publiés dans la revue Pomona: http://cjoliprsf.awardspace.biz/#pomona

Un poirier John à Petit-Saguenay. Les poires sont peut-être surtout pour la cuisson, mais il est est rustique comme pas un.

Être ou ne pas être une Bartlett… l’étiquetage douteux des fruits au Québec

Au Canada, plus particulièrement au Québec, l’étiquetage des fruits est très minimaliste. Et je suis poli, il faudrait plutôt dire déficient même aberrant.

Pour les prunes, abricots, nectarines ou pêches, un fruit se limite apparemment à sa couleur. Il est très rare d’avoir l’honneur de savoir la variété auquel on a affaire. Prune bleue (asiatique, européenne, chum?) Pêche jaune, voiture rouge, ordinateur bleu.

Apparemment, le consommateur n’en a rien à cirer de ce qu’il mange, pourvu que ça soit beau. Le pays d’origine du fruit, lui, est plus important que la saveur du produit.

Pour les pommes et les poires, en général, on s’en tire un peu mieux. Au Québec, les pommes doivent nécessairement avoir une variété, c’est dans la loi (voir référence en bas), donc c’est clairement culturel.

Pour les poires, on semble plutôt subir l’étiquetage d’ailleurs et il semble n’y avoir que les noms suivants qui se rendent jusqu’à nous via l’épicerie:
Les Bartlett, Bosc, Anjou, Comice, Packham, Seckel et Forelle (+ Rocha et Abbé Fétel) et quelques poires asiatiques.
Et pour les variétés de poires rouges, c’est déjà plus limité: Red Anjou ou Starkrimson, et parfois l’étiquette se limite à « Red pears », soit poires rouges, donc n’importe quoi.

L’appellation « red pears », une abomination. Ici, des Starkrimson (mutation de Clapp’s favorite rouge) vendues chez Métro, mélangées sur l’étal avec des Anjou rouge. Une Anjou rouge, c’est tellement moyen, alors que les Starkrimson sont délicieuses! Comment voulez-vous fidéliser un consommateur? Encore faut-il que le client puisse discerner les différences: starkrimson; couleur presque fluo alors que celle d’une Anjou rouge sera plutôt bourgogne et souvent striée. La forme aussi diffère légèrement, mais il faut avoir l’oeil.

Sinon, pour la diversité des poires donc, à peu près impossible de trouver autre chose que les variétés ci-haut mentionnées dans les épiceries à Québec. Pour trouver autre chose, il faut ratisser les marchés locaux pour tomber (et à chaque fois, ça relève presque du miracle) sur quelques poires locales, souvent limitées à des Beauté Flamandes.

Pour déjouer l’industrie aux variétés limitées, donc, les producteurs se servent des noms de poires comme de « famille » fourre-tout et vendent des variétés de poires « similaires » sous un faux nom, car rien ne les en empêche (au Québec du moins).

Ainsi, sous la famille Seckel, on trouvera indépendamment des Early Seckel, des Seckel et des Honeysweet – et je n’en ai trouvé qu’une seule fois (des Honeysweet). Celles-ci sont faciles à distinguer des Seckel ou Early Seckel, puisque leur taille est le double des seckel « habituelles », d’autant que leur goût était semblable à une Seckel, mais en beaucoup moins parfumé et pas aussi sucré. Leur forme aussi diffère, elles ressemblent davantage à des Bosc ou Conférence, mais à la robe vert kaki intense.

J’ai aussi vu ce phénomène avec les Comice, puisqu’au-delà des Doyenné de Comice, il existe d’autres Comices: les Comice d’été et d’hiver, qui semblent interchangeables pour certains producteurs. Je suis à peu près sur d’être au moins deux fois tombé sur des Comice qui n’en étaient pas, du moins pas des Doyenné du Comice.

Le pire c’est les Bartlett; ce sont les poires les plus populaires internationalement. Donc, le nom est le plus grand fourre-tout qui soit. C’est qu’une grande partie des producteurs délaissement progressivement la culture des Williams et Bartlett de toute façon (trop sensibles au feu bactérien) pour la nouvelle série des Harrow dont les hybrides sont des croisements possédant une grande partie d’héritage Bartlett. Leur goût s’y rapproche à s’y méprendre, et surtout, les plants sont résistants au feu bactérien donc plus facile à cultiver. Voir les Harrow Sweet, Harrow Crisp et Harvest Queen à cet effet.
Au final, et particulièrement pour ce qui est des Seckel et des Bartlett, on nous passe un peu n’importe quoi.

Je me dis souvent que ça vaudrait la peine de faire une plainte ou une pétition et de pousser pour un étiquetage plus précis, particulièrement en ce qui a trait aux variétés des prunes, pêches, nectarines et abricots et surtout, pour les poires. Sauf que dans le cas des poires, ma crainte est de perdre le peu de variété qui se rend finalement jusqu’à moi; mes papilles ne s’en trouveraient qu’encore plus restreintes en terme de choix.
Par contre, si quelqu’un veut porter le flambeau et lancer une pétition, je serai le premier à la supporter!

Pour info, voir la loi au Québec: les vendeurs du commerce au détail ne sont tenus d’identifier la variété que dans le cas des pommes – aberration totale!

P-29, r. 3 – Règlement sur les fruits et légumes frais (Québec) – voir le paragraphe 22

Et c’est sans parler des produits locaux qui ne sont à peu près jamais vendus dans les grosses épiceries, dont les produits (au lieu de se tourner vers le local) proviennent de l’Ontario ou des États-Unis. Un petit article sur les prunes d’ici:

http://www.journaldemontreal.com/2015/08/13/un-fruit-qui-ne-compte-pas-pour-des-prunes

 

Le gout mitigé des Golden Spice

Ça y est! J’ai enfin pu gouter aux poires Golden Spice. Les critiques que j’avais trouvées les décrivant étaient souvent mitigées; on les disait des poires à cuisson, tout juste bonnes pour le jus en poiré et parfois, carrément immangeable. Mais d’autres clamaient pouvoir les manger fraiches, j’avais donc hâte de pouvoir m’en faire une idée par moi-même.

Mon père possède un poirier Golden Spice depuis plusieurs années. Malheureusement, l’arbre est le seul poirier du coin et n’a jamais produit beaucoup, mis à part une année ou mon père lui avait acheté un Beauté Flamande (qui a servi à polliniser, mais n’a pas survécu à l’hiver suivant) et une deuxième ou j’avais servi de bourdon lorsque le John de l’autre côté de la rue avait fleuri il y a deux ans de cela.

À l’époque, l’arbre avait produit, mais mes parents n’avaient pas du tout aimé le goût du fruit. C’était avant que je m’intéresse aux poires et je n’avais pas eu la chance d’y gouter.

Il y a environ trois ans, l’hiver très froid avait presque eu raison de l’arbre, si bien que je le croyais en sursis et m’attendais à une mort imminente à tout instant. Revirement inattendu, l’arbre survit et semble même reprendre de la vigueur!

Lors de sa dernière production, les quelques fruits produits avaient été cueillis trop tôt et ils avaient été immangeables. J’avais lu dans un article de quelqu’un qui possède un arbre à Petite-Rivière-Saint-François (au sud de mon terrain, près de Québec) que la récolte dans son coin se faisait mi-septembre. Erreur. À Petit-Saguenay, les fruits ne sont prêts qu’à la fin-septembre, début octobre. J’ai donc un gros deux semaines d’écart, et ce même si je ne suis pas si loin en termes de distance. Dans son cas, la proximité d’une masse d’eau (soit le fleuve Saint-Laurent) change tout, moi je suis dans les montagnes et il y fait beaucoup plus froid l’hiver, parfois au-delà de -40’C.

Le bon vieux Golden Spice ne veut pas mourir et s’accroche à la vie. Il est le seul à avoir fleuri cette année, les boutons floraux des autres poiriers ont gelé, mais pas ceux du Golden Spice.

Donc enfin, cette année, grâce à mon pollen congelé (voir article précédent ICI), j’ai pu récolter sept fruits et surtout, enfin y gouter et me faire une tête sur ces fameuses Golden Spice!

Les poires sont plutôt petites, tout juste 6 cm, mais très jolies, elles tournent au jaune lorsqu’elles mûrissent et ont souvent des joues roses lorsqu’exposées au soleil. Le goût: un beau parfum épicé, d’arôme de miel avec un bon 14 brix (deux lectures à l’appui).

Toutefois, les poires sont acidulées et ont même un côté astringent tout de même tolérable. Par contre, je comprends que ce n’est pas le genre de goût qui plait à tous. Il faut aimer le « surette », car pour ma part, ça me rappelle le goût des pommettes, mais avec un petit côté « foxy » intéressant. Je comprends maintenant pourquoi Claude Jolicoeur les suggère comme ajout intéressant à des mélanges de jus pour un poiré.

Et mes mesures sont comparables aux siennes. Dans son livre Du pommier au cidre, il y décrit la Golden Spice comme ayant une densité spécifique entre (1,056 et 1,066). Avec ma mesure de 14 brix, ça me donne 1,058 comme lecture, soit dans la moyenne.

En passant, je vous suggère ce site comme outil de conversion: https://biere.jg-laurent.com/aide/brix-sg.php

 

Croisement Golden Spice x Doyenne de Comice prometteur

J’ai enfin osé récupérer les graines issues de mon croisement du printemps dernier.
Étant donné que j’avais fait un croisement à partir de pollen congelé vieux de deux ans, je m’attendais à une graine, peut-être deux.

Le vieux Golden Spice de mon père pollinisé en mai 2017 avec du pollen congelé depuis deux ans de poirier Doyenné du Comice.

Le fruit avant la récolte. Je l’ai cueilli avant maturité à la mi-septembre, de peur que les ours qui trainent dans le coin ne parte avec mon précieux fruit.

voir l’article à sujet ici: https://poirespetitsag.wordpress.com/2015/03/28/la-congelation-du-pollen-ou-comment-croiser-deux-plantes-qui-ne-fleurissent-pas-en-meme-temps/

J’ai eu l’agréable surprise d’avoir en fait rien de moins que six graines viables. Wow! Un trésor.

Les graines issues de mon croisement entre les Golden Spice x Comice à partir de pollen congelé. J’ai laissé le fruit mûrir complètement, presque jusqu’à blettissement, avant de récolter. Les graines sont biens brunes/noires, donc matures.

À venir: des années de patiente à faire pousser le tout en espérant que:

1- les plants soient rustiques
2- les fruits soient meilleurs que du Golden Spice et surtout, se rapprochent le plus possible des Doyenne de Comice.
D’ici là, je vous présente les prometteuses graines fraichement récupérées.

Bonnes récoltes et bon automne!

Poire Ure, Pomme William’s pride et Ours

Pas facile de cultiver en forêt nordique!

Ma mère a toujours dit: « récolter des fruits par ici, ça tient du miracle. Quand on réussit à faire survivre un arbre au froid, à la sécheresse et aux maladies, après, faut encore qu’il résiste aux insectes, rongeurs et animaux plus gros. Quand c’est pas rendu qu’à la récolte, on se fait voler nos fruits par les porcs-épics, oiseaux,, écureuils ou encore… les ours. »
C’est plein de sagesse, parce que c’est vrai. La fin de semaine dernière, j’était même à mon terrain, sur place. Je venais tout juste de cueillir ma première William’s pride, qui était enfin prête. On la disait partout une pomme d’été, prête en août. Et bien à Petit-Saguenay, c’est à la mi-septembre, soit effectivement deux semaines après la saison des Norland.
En plus j’avais bien protégé mes pommes contre les oiseaux ou chevreuils avec un filet, ce qui fonctionne très bien.

J’ai donc cueilli une première pomme que j’ai amené chez mes parents qui habitent en face afin de la déguster au souper. Miam et quelle couleur! J’imagine que le fait de l’avoir greffé sur un pommetier pourpre a intensifié les teintes rouges à l’intérieur. Sinon, un bon goût sucré, tannin et un peu acidulé vraiment chouette. Miam! J’avais hâte de cueillir les autres pommes.

William’s pride (la fierté de William) – un pomme hâtive, mi-septembre au Saguenay, dont la peau est d’une belle couleur rouge-pourpre foncé et dont la chair se teinte également de rouge à l’intérieur. On voit, par la coloration des pépins, que la pomme est bien mûre.

Par contre, on était en plein souper quand ma mère (ou mon père) ont remarqué qu’un gros ours rodait près du poulailler. Le simple fait de sortir sur la galerie l’a fait fuir et quelqu’un l’a même poursuivi jusqu’à l’orée de la forêt, piqures de guêpe en bonus.

J’ai quand même pris le temps de finir mon souper, en me disant qu’il valait mieux récolter mes pommes, avant que l’ours ne revienne.

Au retour au chalet, un autre ours, plus petit, était en train d’émonder gaiement le pommetier en cassant les branches du haut pour manger les pommettes au sol. Vite! On le chasse, lui aussi, avant de se rendre compte qu’il avait déjà plumé mes précieuses greffes et donc toutes les grosses pommes sur autre pommetier. Même les Honeycrisp y sont passées, malgré qu’elles n’étaient pas encore mûres, mais pas du tout. Ça ne devait pas gouter très bon, mais apparemment, l’ours, il est pas difficile.

NOTE: En passant, le William’s pride est limite rustique, j’ai réussis à le faire fructifier, mais greffé en tête d’arbre seulement.

Au moins, jaurai pas tout perdu. Ma consolation, c’est que j’en aurai goûté au moins une et qu’il n’est pas parti avec la branche greffée.

Sauf que ça remet en perspective.

J’ai lu quelque part qu’un fil électrique, comme pour les vaches, ça fonctionne bien.

En tout cas, c’est pas simple de produire des fruits dans le bois.

Sinon, sur une note plus joyeuse, j’ai enfin trouvé des poires Ure au marché public de Québec! C’est la ferme François Bélanger, de l’Ange-Gardien (coin de la côte de Beaupré) qui les produit. J’étais super content. Enfin! Depuis le temps que j’en cherchais.

Les poires Ure, de petits fruits, sucrés et un peu acide, avec presqu’un goût de miel! La pelure est un peu dure, mais c’est tant mieux pour le transport de toute façon. Très peu de cellules pierreuses en plus.

Du bonbon!

Les fruits sont petits, mais on leur pardonne tellement ils sont bons. Miam! Que du bon, pas de cellule pierreuses, une bonne balance de sucré/amer, pas âpre du tout. J’adore! Ça me donne encore plus hâte que mon arbre produise. Peut-être l’an prochain?

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Ure – Du bonbon! 17 brix au réfractomètre, une bonne balance de sucré et acide, pas ou peu d’arrière goût âpre. Ferait probablement un très bon poiré, j’ai hâte d’essayer ça… un de ces jours.

Et sinon, j’ai récolté mes kiwis. J’ai finalement la preuve que le kiwi Kolomikta est cultivable au Saguenay. C’est surtout, donc, une question de taille et de les protéger avec la neige. J’avais récolté une poignée de fruits début septembre et après quelques jours, ceux-ci s’étaient attendris, donc ils étaient prêt à manger. Rendu à la mi-septembre, certains fruits étaient déjà trop mûrs. J’ai donc tout récolté et mis au frigo. On les sort à mesure qu’on veut les manger en les laissant température pièce. Ils sont prêt quand ils ont ramolli.

Mes kiwis kolomikta tardifs. La taille a bien fonctionné, j’ai enfin une récolte.

Peut-être pas faramineux, mais pour quatre buisson, c’est pas si mal. J’en aurais eu davantage si je n’avais pas fait de l’échantillonnage depuis le début août. Et… ça goûte pareil à des kiwi du magasin.

Autre coup de cœur cette année, les achochas. Comme on dit, ça produit tempête! J’ai vécu la même situation que la blogueuse que j’avais lu l’hiver dernier. Été sec, concombres qui n’ont rien produit alors que mes deux plants d’achochas ont produit une quantité impressionnante de petits concombres.

Seul défaut, ce n’est pas juteux. Ça goûte un mélange de concombre et de courge chlorophyllée, mais sans jus au centre. Donc, ça se mange frais, ou sinon on le fait cuire en sauté et c’est pas mal. Même vapeur.

Au final, de belles récoltes, je garde le moral et maintenant, c’est l’heure de la popote et de la préparation des pommettes et autres légumes surabondants. J’ai bien hâte de faire mon vin, cette année, ce sera cerise à grappe et aronia, ainsi qu’une autre recette probablement au cassis. À suivre!

Je termine avec une photo de mes coings japonais. J’en aurai encore une production monstre cette année, plus encore que l’an dernier. Gelée et autres recettes à venir. J’attends qu’ils gèlent avant de les récolter pour un maximum de saveur. Des intéressés?

Bonnes récoltes, bon équinoxe et bonne popote! 🙂