Pêches et prunier nain des sables (Western sand cherry ou prunus pumila var besseyi)

Connaissez-vous le prunier nain des sables de l’Ouest, communément appelé le Western sand cherry ou prunus pumila var besseyi?

prunus pumila var besseyi source: USDA-NRCS PLANTS Database / Herman, D.E., et al. 1996. North Dakota tree handbook. USDA NRCS ND State Soil Conservation Committee; NDSU Extension and Western Area Power Administration, Bismarck.

Le fruit du prunier des sables. Source: http://www.ontariowildflower.com/shrub.htm#sandcherry

Le prunier des sables est, soit dit en passant, le père des chums – ou la mère c’est selon – des prunes-cerises ou cherry-plums.
Le prunus besseyi est un petit cerisier rampant natif des prairies. Il résiste très bien à des températures extrêmes (au froid) et son port est est nain et buissonnant. Il se multiplie naturellement en rampant et drageonnant. Son fruit ressemble aux cerises à grappes (prunus virginiana), alors que la plante est en fait davantage apparentée… aux pruniers!
Son petit fruit astringent a un goût aigrelet, sucré et astringent qu’on peut qualifier de plutôt moyen au niveau gustatif. Il s’utilise surtout en cuisson (compote, confitures et jus).

Toutefois, en plus d’être hyper rustique et de servir de porte-greffe à affranchir pour les pruniers et abricots, la plante possède une autre aptitude particulièrement intéressante: elle s’hybride avec à peu près tout les prunus: avec les pruniers (p. salicina, domestica, americana, nigra), les abricots (p. armeniaca), les ragouminiers (cerisiers de nanking p. tomentosa) et même avec les pêches (p. persica) – quoique dans ce cas, les plants ainsi obtenus sont infertiles.

Et enfin, c’est surtout le pollinisateur idéal pour tous ceux qui veulent faire fructifier leur chum (cherry-plum). C’est que les cultivars disponibles sont presque tous originaires de croisements de deuxième génération; et selon ce que j’ai lu, la plupart de ceux de la première génération (prune des sable x pruniers) ne donnent pas des fruits extraordinaires. Alors tant qu’à avoir de la pollinisation, aussi bien y aller avec la variété pure.

Voici quelques documents sur les variétés de Chum, dont celles de premières génération:

À propos de Sapa – un cultivar de 1ère génération (p. besseyi x Sultan): https://archive.org/stream/cultureduprunier45maco/cultureduprunier45maco_djvu.txt

À propos de cultivars  de 2e génération, soit issus de croisement avec Sapa (Dura et Manor): http://publications.gc.ca/collections/collection_2012/agr/A53-1866-1991-fra.pdf

Et un dernier lien listant différents hybrides de première génération avec le prunus besseyi produits par l’Université du Minnesota dans les années 1960. Il faut faire une recherche dans le document par mot clé « besseyi » afin d’y trouver les variétés de p. besseyi croisées avec autre chose. Leurs recherches ont produit des cultivars peu connus dont plusiers n’ont jamais connu la popularité, excepté peut-être pour Convoy, qui est un hybride d’origine Canadienne de toute façon (du Manitoba). Vous remarquerez les commentaires sur les qualités des hybrides en question, sous « Flavor ». On note du bitter (amer), poor (ordinaire), disagreable (désagréable), nearly sweet (presque sucré)…

Le lien: PRUNUS HYBRIDS, SELECTIONS AND CULTIVARS, AT THE UNIVERSITY OF MINNESOTA FRUIT BREEDING FARM – 1967

L’intérêt des pruniers besseyi comme porte-greffes (incluant les pêches et abricots):

Même en étant pas nécessairement les meilleurs fruits pour la consommation, les pruniers des sables ont l’avantage de s’hybride avec un peu tout et comme je l’avais mentionné dans un autre article sur les portes-greffes, plusieurs cultivars issus de croisements avec le p. besseyi font d’excellent porte-greffe.
Mon billet précédent sur les portes-greffe nanisant pour les pêches: https://poirespetitsag.wordpress.com/2015/10/24/porte-greffe-rustique-et-nanisant-pour-les-peches/
Et ma grande découverte en lisant ce document, c’est que le p. besseyi se croise avec le pêcher et bien que les hybrides qui en résultent sont infertiles, ils font de très bons PG rustiques et nanisant pour les pêches.

Semis de pêche 2017

Et en parlant de pêche, j’ai craqué. Et de un, j’ai à nouveau fait germé un noyau, cette fois de pêche jaune du Chili. C’est une variété inconnue, mais peu importe. Depuis qu’un contact de Port-Rouge m’a annoncé que lui aussi avait réussi à conserver des pêcher plusieurs années en les couchant et en laissant la neige les protéger, il fallait que je l’essaie à mon tour.

Mon nouveau semis de pêche 2017:

Et en plus, je me suis commandé un plant de pêches plates (p. persica Saturn) greffé sur un p. persica Lovell (un nouveau cultivar utilisé comme porte-greffe de pêcher; Lovell serait mieux que la variété de pêcher Bailey).

J’ai l’intention de le planter à mon terrain en lui faisant un girdling (légère entaille circulaire du cambium, petite annélation) afin de favoriser au moins une repousse du PG lovell. C’est dans le but d’en obtenir une repousse/branche, dont je pourrai greffer quelques yeux (avec mon semis et mon saturn) en août sur un prunus Convoy, au cas ou mon plant de pêcher gèlerait. Par contre, j’avoue qu’avec la quantité hallucinante de neige qui a tombé encore cette année sur mon terrain (plus de 2m de neige), je crois que le pêcher sera sauf. D’autant plus que j’ai réussi à hiverner depuis maintenant deux ans un figuier Marseille Black!

Et pour ce qui est du goût de Lovell, j’ai lu sur le forum Houzz (nouveau Gardenweb) ici que quelqu’un avait laissé fructifier son PG Lovell et que le fruit goutait l’abricot, ce qui pas mal mieux que ce que j’ai lu et entendu dire à propos des fruits du PG Bailey qui apparemment, ne sont pas bons du tout. Tout juste utilisable en cuisson.

Commande de Boughen Nurseries

Et sinon, je me suis aussi commandé (naturellement) un prunier besseyi pur, ainsi qu’un Sapa, le chum de première génération dont je parlais plus haut. Ils arrivent en autobus de la pépinère Boughen Nurseries, de Nipawen en Saskatchewan. Je ne sais pas encore comment ça va me coûter, c’est une surprise – en espérant qu’elle ne soit pas trop mauvaise. Je n’en ai commandé qu’un seul (p. besseyi), comme ça, mes fruits obtenus seront nécessairement des hybrides, si jamais l’envie me prend d’essayer des semis. Car dans ce cas précis, je sais pertinemment que les chances sont minces d’arriver à quelque chose de bien. Au mieux comestible, au pire j’obtiendrai des spécimens de collection/curiosités.

J’aimerais bien un hybride tomentosa x besseyi (on le trouve parfois vendus sous le nom de black tomentosa ou black nanking). C’est plus rustique que du tomentosa pur et c’est fort joli. Est-ce que ça goute bon? Reste à voir.

Photo publiée par l’utilsateur Intotheark sur le forum Houzz – source: http://forums.gardenweb.com/discussions/1889647/new-favorite-bush-fruit

En haut, le fruit du Black Nanking (besseyi x tomentosa). Le fruit y est décrit comme un peu plus gros que du besseyi avec la chair plus foncée sans trop de détails sur le gout. Source forum Houzz: http://forums.gardenweb.com/discussions/1889647/new-favorite-bush-fruit

Description de Sapa (tiré de Culture du Prunier et Variétés recommandées pour les différentes parties du Canada avec leur description, 1925).

Sapa (prunus Besseyi x Sultan – domestica) Fruit 1″ x 1″ pruine bleuâtre, mince; peau mince, modérément coriace; chair de couleur pourpre foncé, très juteuse; noyau de grosseur moyenne, ovale, adhérent; saveur nettement acidulé, piquante, acide près de la peau, légèrement astringente; qualité surmoyenne. A beaucoup de la saveur des meilleures cerises des sables mais est plus grosse.

Et… j’ai tout de même fait pousser un semis de croisement entre deux Chum: Opata/Kappa (nom incertain) x Convoy. Je me risque tout de même avec celui-là, mais avec un seul, des fois que j’obtiendrais quelque chose d’intéressant. Stratification humide 3 mois au frigo avant que les noyaux ne s’entrouvrent. J’en ai ensuite semé plusieurs et c’est celui-là qui a poussé.

Mon semis de Chum X 2017

Les chromosomes et l’hybridation; tentative d’explication en toute humilité…

La plupart des variétés sauvages de pruniers sont des diploïdes (2n=16) et j’avais lu que ce serait le cas pour le besseyi. En gros, lors de la pollinisation, si les chromosomes des deux parents (ovaire et pollen) ne se divisent pas par deux à la méiose (division initiale après la fécondation), les gènes s’additionnent lorsqu’il y a tout de même compatibilité.

Prenons le cas d’un des premier cultivar/ancêtre de plusieurs variétés de chum, soit le Sapa. Il s’agit d’un semis de Sultan x besseyi. Le p. domestica est supposé être un hexaploide naturel (2n=48). Ce qui fait que Sapa serait donc un polyploide (tetrahexacontaploide) avec Besseyi (2n=16) + p.domestica (2n=48) qui donnerait une ploïdie de (2n=64) à la première génération d’hybride. Et si on considère que Sapa est le parent de plusieurs autres croisements, ça expliquerait le faible taux de compatibilité!

Je m’explique avec un deuxième exemple: si à la deuxième génération de croisement avec un autre Chum de 2n=16 (dans le meilleur des cas), on aurait Sapa (2n=64) + ChumX (2n=16) qui se divise, donc on reste avec un (2n=64). Par contre, si on a un Chum de (2n=48) + (2n=64), on aurait alors un (2n =112) – du moins je crois et si c’est seulement possible. Car éventuellement, la pollinisation ne se fait plus, c’est pour ça que les croisements inter-espèces a ses limites.

Enfin, je ne suis pas expert en la matière et j’arrête tout de suite mes tentatives d’explications. Ce dont il faut se souvenir, c’est que les variétés sauvages sont en général davantage compatibles avec les hybrides pour la pollinisation. C’est encore plus vrai avec le prunus besseyi, qui se croise avec presque tout.

Sur la ploïdie dans Wikipédia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Plo%C3%AFdie

Et sur la ploïdie des pruniers (voir dans la section « origine biologique »): https://fr.wikipedia.org/wiki/Prunier

Mot de la fin

Je termine avec un document d’archive qui est une mine d’or de recherche du siècle dernier sur le prunier des sables. Des milliers de semis et cultivars, croisements, greffage, hybridation ont été effectués à divers endroits, mais plus particulièrement à la college de recherche et d’expérimentation du Dakota du Sud. Ces travaux ont été supervisés par le célèbre N. E Hansen, un horticulteur célèbre pour ses travaux sur les fruitiers rustiques, ainsi que sur l’hybridation des pruniers, de la luzerne, des pommes rouges (même s’il a été battu en vitesse par Albert Etter sur ce point) et enfin, directeur du South Dakota Experiment Station à Brookings à partir de 1895. Oui, ça fait plus d’un siècle déjà.

Le document est en ligne et accessible à tous ici:

http://openprairie.sdstate.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1086&context=agexperimentsta_bulletins

Germination d’akène de fraise ; ce faux-fruit-réceptacle charnu

Ça fait drôle à dire, mais quand on mange une fraise, on mange un faux-fruit.
Le vrai fruit est en fait l’akène, les petites graines réparties tout le tour de celle-ci, et dont on ne se soucie pas trop.
C’est que l’été dernier, Pascal a acheté un panier de fraises Cabot, une relativement nouvelle variété de fraises de saison GÉANTES!

La Cabot, une fraise naturellement géante et… contre toute attente, savoureuse!

J’avoue j’étais sceptique: des fraises géantes, pour moi, c’est synonyme de « boost » aux hormones et ça n’a rien de naturel. Pourtant, dans ce cas précis, ces fraises sont naturellement géantes lorsque cultivées en champ. Les plants produisent des monstres, voilà tout. Et en plus, elles ont bon gout!

Les Cabot nous ont tellement surpris, que je me suis laissé convaincre d’en récupérer des graines (des akènes) et d’essayer d’en faire pousser.

Car, mettons une chose au clair, la fraise, ce n’est pas un fruit. La fraise est « un réceptacle charnu sur lequel sont disposés régulièrement des akènes » (source Wikipédia), qui sont, eux, les vrais fruits d’un fraisier. Et c’est justement ça qu’il faut récupérer et stratifier au frigo si on veut faire pousser quelque chose (sinon ça marche peut-être quand même, mais le traitement augmente nos chances).

Gros plan sur les akènes d’une fraise, les vrais fruits (les graines). Source: wikipédia, par Scott Bauer de United States Department of Agriculture

Disons tout de même que j’étais un peu dubitatif et je ne pensais pas obtenir des résultats intéressants avec des graines de fraises du marché, dont la pollinisation est ouverte (parent inconnu). Mais ça, c’était avant de creuser un peu plus et avant de découvrir l’histoire de ce nouveau cultivar.

Cabot a été développé par Agriculture et Agroalimentaire Canada, à Kentville, en Nouvelle-Écosse et introduit commercialement en 1998. D’ailleurs, le brevet de Cabot arrivait justement à échéance en 2016.

La variété donc, est issue de croisements complexes, cherchant à combiner fermeté (K86-19), grosseur de fruit (K87-5) et résistance au stèle rouge du fraiser (Phytophthora fragariae), un champignon qui infecte les plants jusqu’à les tuer. Ceux-ci se flétrissent et produisent alors pas ou peu de fruits.

J’étais donc très content d’apprendre que la variété était résistante à cette maladie! Un plus, donc, pour mon expérience. Les fruits de Cabot sont tellement gros, que peu importe le résultat; si mes graines sont croisées avec un autre cultivar commercial, j’ai de fortes chances d’avoir de gros fruits. Alors que s’ils sont croisés avec des fraisiers sauvages, même à 50% de 20 grammes en moyenne, j’ai des fruits de 10 grammes, potentiellement hyperparfumées et savoureux, sans compter 10 x plus rustiques et résistants. En gros, que du bon.

Déjà 5 petits plants de Cabot X. Et… probablement plusieurs autres à venir! (après 3 mois de stratification froide)

L’hybridation et la culture de nouveaux cultivars de petits fruits n’étaient peut-être pas dans mes projets, mais en termes de résultats, c’est tout de même beaucoup plus gratifiant, car rapide à fructifier qu’avec le croisement des poiriers.

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Mes semis de Cabot en date du 9 avril 2017

Pour en savoir plus sur le cultivar Cabot:

http://hortsci.ashspublications.org/content/39/7/1778.full.pdf

Sur la stèle rouge du fraisier:

http://www.omafra.gov.on.ca/IPM/french/strawberries/diseases-and-disorders/red-stele.html

https://www.agrireseau.net/lab/documents/Phytophthora%20petits%20fruits%20E.pdf

En quête de mirabelle rustique

La mirabelle – un fruit sucré, juteux et délicat qui pousse bien au Québec – photo source: wikipédia (https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c8/Koogan_2002-08-14-160212.jpg)

Même si les prunes européennes sont délaissées de plusieurs en faveur des prune asiatiques, plus résistantes au nodule noir, je suis tout de même tombé en amour avec les mirabelles européennes. C’est suite à la dégustation d’un panier de celles-ci, au marché du Vieux-Port de Québec, que j’ai découvert ces délectables délicats petits fruits dorés. Celles achetées alors provenaient de l’Île d’Orléans, donc de tout près de Québec. Les mirabelles de Nancy et de Metz sont zonées 4 tout au plus, donc ne tolèrent pas les grands froids de plus(moins) de -40’C.

Malgré tout, mon père a réussi à en faire pousser un. L’arbre a survécu près de vingt ans, même en zone 3 protégée. Malheureusement, il n’a pas produit beaucoup, faute de pollinisation. Il aura tout de même vécu assez longtemps pour prouver que sa culture est possible. Il a rendu l’âme il y a tout juste deux ans, lors du « gros hiver dur » à -45C. C’est donc dire qu’il ne manquerait pas grand chose.

Depuis mon intérêt pour les mirabelles, nous en avons replanté un arbre. Le pauvre n’a pas beaucoup poussé, car il a été la cible répétée d’un chevreuil qui l’avait adopté à notre grand désespoir d’ailleurs.

Depuis deux ans, je fais aussi pousser les graines récupérées de mes prunes de l’Île. Celles-ci étaient plus petites et sucrées, probablement donc des mirabelles de Metz. D’ordinaire, je ne me casse pas trop la tête à essayer de faire pousser des prunes (car comme pour le reste, les semis ne sont pas très fidèles). Mais dans ce cas, j’avais lu que les mirabelles se reproduisaient assez fidèlement par semis. Alors il ne m’en fallait pas plus, des fois que j’obtiendrais quelque chose de bien et surtout, de rustique!

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C’est qu’en dehors du prunier Mont-Royal zoné trois, il n’y a pas beaucoup de pruniers européens qui résistent aux grands froids. Je cultive un « damas » ou pruneau d’Ente mini vert/jaune, dont la graine provient de Kamouraska (au Québec), sinon du Damas Européen qui survit tant bien que mal et aussi, un Yellow egg ou Pershore yellow, qui lui aussi survit bien jusqu’à présent, sans avoir encore produit. En résumé, les choix sont limités et tant qu’à choisir, à date, c’est la mirabelle que je préfère au niveau gustatif.

Alors pour être certain de mon coup, en plus de mes semis des mirabelles de l’île déjà décollés depuis deux ans, j’ai aussi mis la main sur pas moins de quatre variétés de pruniers mirabelles directement d’Europe, plus précisément de Normandie. Vive internet et les amitiées virtuelles! Après stratification, mes semences commencent doucement à pousser. Dès ce printemps, je pourrai les planter et les soumettre à l’épreuve du froid. Il s’agit des Mirabelles de Nancy, de mirabelles jaunes (p-ê des fausses mirabelles?), de mirabelles violettes et de mirabelles rouges. Et si je n’obtiens que des pruniers sauvages ou pruneoliers au bout de compte, peu ne m’importe! Ce sera déjà mieux que rien du tout.

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Mon arrivage de noyaux de futures mirabelles boréales!

Je constate déjà que mes semis de « mirabelles jaunes » semblent avoir des cotylédons très rouges, donc avec beaucoup de pigments. Ensuite, un des deux premiers semis à avoir germé dans ce lot, celui de droite sur la photo, ressemble énormément à un prunus spinosa (j’en avais fait germé il y a deux ans). Serait-ce un croisement? Possible. Le futur nous le dira s’il se révèle assez rustique pour produire un jour!

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Dépliant informatif sur la mirabelle, document produit par le Verger conservatoire Hattonville (vraiment bien fait):

Tout savoir sur la mirabelle

Pourquoi mes graines de poires ne germent-elles pas?

C’est Noël et les Fêtes. Joyeux temps en famille et de repos! C’est aussi la saison des cadeaux, du Nouvel An, des résolutions et enfin, des rêves et projets de la nouvelle année à venir.

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Joyeuses période des Fêtes et bonne année 2017 ! Du jardinage et des récoltes abondantes à tous!

Pour moi, c’est le moment ou je m’assoie et regarde mes trouvailles de l’année. Je sors mon coffre à trésor et fais un inventaire de mes récoltes; des graines et pépins de variétés rares ou prometteuses, et me demande ce qui vaudrait la peine d’être cultivé au printemps.

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Poires achetées à l’automne du verger Lakelee Orchards de la vallée du Niagara, en Ontario; ceux-ci font pousser des variétés de poires de la série Harrow, donc potentiellement résistantes au feu bactérien.

Mais pourquoi s’y prendre si tôt? La réponse est simple: le temps de stratification. La plupart des pépins et noyaux de fruitiers ont besoin d’un petit séjour au froid (pour simuler l’hiver) car elles sont programmées pour se réveiller au printemps et ainsi, germer au bon moment.

Un lien sur le sujet:
http://www.agr.gc.ca/fra/science-et-innovation/pratiques-agricoles/agroforesterie/croissance-et-entretien-des-arbres/multiplication/?id=1346183990557

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De toutes les techniques de stratification, je privilégie l’essuie-tout humide au frigo (moitié eau, moitié peroxyde). La technique facilite l’entretien et le suivi des germinations au fur et à mesure puisque les graines sont faciles à repérer (versus mélangées à du sable ou à un autre substrat).

Pour les pommes, les pépins réussissent souvent à germer après un séjour en entreposage (au magasin) et c’est ce qui explique qu’on puisse les faire germer aussitôt sortis du fruit, sauf que pour les poiriers, ça ne fonctionne à peu près jamais.
D’expérience, il faut au poirier entre deux et trois mois de stratification avant que ceux-ci ne germent.

J’ai plusieurs fois trouvé des pépins de pommes déjà germés dans la pomme au printemps (avec les Fameuse et les Empire).

Voici donc ma liste éliminatoire des candidats pour cette année. Mes prunes et poires sont déjà en stratification. Reste le choix déchirant des semis de pommes. C’est que je sais pertinemment que je devrai prendre soin de ceux-ci pendant les années à venir; les transplanter, les protéger des rongeurs et autres périls, les greffer… Disons qu’une petite dose de rationalité aide à me limiter un peu dans mes élans (c’est pas comme-ci je n’en avais pas déjà quelques-uns dont je dois m’occuper).

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Des reinette russet trouvées par hasard et dont j’ai récolté les graines. Elles seraientt plus rustiques que les Golden russet, plus grosses que celles-ci et partiellement résistantes à la tavelure. Source de l’info: http://hortsci.ashspublications.org/content/38/3/479.full.pdf

Pommes (critères – résistantes aux maladies, froid et goût):
Liberty x Norland (Toutes)
Liberty OP (papa)
Reinette Roussette
Honeycrisp OP (Norland ou Liberty)
Zestar
Sweet Tango (Honeycrips x Zestar) x OP
Duchess Colorado creek (hâtive-dessert-coldhardy)
Chautauqua crab
Pommes Verte de Normandie (Plaines d’Abraham)
Ronaldo vertes (Petit-Saguenay)

Poires (critères – résistance aux maladies, froid et goût):
Golden spice X Lada (supposé)
Doyenne Boussoch ou de Mérode (supposé)
Harrow X (Lakelee Orchard)
Cold snapp
Early Seckel
Harrow X Coop (autre que Lakelee)
Conference/Bosc d’Harrow => très productive
Seckel Vrai OP (rond et parfumé wow!)

Prunus variés (résistance au froid, goût, pollinisateurs):
Tomentosa OP
Chum Opata OP
Prune de Kamouraska (damas jaune) op – probablement X Mont-Royal
Mirabelles OP

Autres:
Vigne somerset (récupéré les plus grosses graines – expérience)
Fraises Cabot (fruits géants)
Néflier (1 graine non-vide)
Rhododendron géant (pas de stratification requise)
Kentucky coffee been (pas de stratification; traitement de trempage et à l’eau bouillante)

 

Je termine avec une deuxième référence avec un tableau sur le temps de stratification des arbres et arbustes (en anglais):

Propagating plants froms seeds – incluant un tableau des périodes de stratification (pp 18-19)

http://cru.cahe.wsu.edu/CEPublications/pnw0170/pnw0170.pdf

PS: J’utilise OP pour « Open pollination », soit Pollinisation ouverte

PS: Si quelqu’un a envie de faire pousser des pépins de poires, j’en ai des tonnes, me contacter en privé.

Le temps des fraises et autres primeurs au verger

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Petites fraises sauvages versus fraises cultivées

Ça y est, la saison est lancée avec les fraises. Miam miam. Même si je ne suis pas adepte de la récolte des fraises sauvages, il y en avait tellement cette année que je n’ai pas pu résister.

Ma première expérience de culture des cerises de terre du pérou (ou coqueret du pérou/physalis peruviana) est concluante. Alors que nous sommes début juillet et qu’il reste encore deux-trois mois de culture devant nous, mes plants même semés tardivement en mi-mai sont déjà en fleur!

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Mes plants de physalis peruviana sont déjà en fleur! Ça augure bien.

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Sinon, j’étais vraiment content de mes petites plantations de cette année. D’abord, mes greffes se portent bien, j’ai plusieurs arbres qui commencent enfin à ressembler à quelque chose; à s’élever plus haut qu’un mètre et à commencer à faire des branches. Et surtout, j’étais vraiment content de plusieurs petites primeurs. D’abord, ma première prune!

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Prunus Opata

Il s’agit d’une prune cerise (chum) Opata. Je n’en ai qu’une seule, mais c’est un début!

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fruits d’aronia

Aussi, j’ai mon aronia (parti d’un semis) qui produit pour la première fois. Je n’ai pas beaucoup d’attente au niveau gustatif, mais tout de même, c’est chouette! 🙂

Ensuite, y’a les mûroises qui fleurissent enfin! Par contre, nous avons travaillé fort pour les attacher et leur construire un support permanent et pour l’instant, le succès est mitigé. Les plants tendent à fleurir près de la base plutôt qu’en hauteur. À suivre…

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Notre plantation de mûroises attachées sur un support pour aider à la récolte de fruits.

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Les muroises en fleur! Certains plants font des fleurs doubles.

Un autre beau succès est les mûres-ronces de St-Tite en Mauricie. J’avais deux plants côte à côte de mûres, dont une variété sans épines et celle de St-Tite. Ce printemps, et malgré un hiver plutôt doux. la variété sans épines avait presque complètement gelé. La sauvage de St-Tite, elle, bourgeonnait jusqu’en haut des rameaux sans aucun signe de gel. J’aurai une superbe production cette année. Et pour ce qui est de l’autre variété, je m’en suis débarrassé.

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Les plants de mûres sauvages de St-Tite, très vigoureux!

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Les jeunes fruits de mûres-ronces en cours de formation

Encore une autre première, mes premières pommes à partir de mes greffes! J’ai trois variété de pommes greffées qui ont fleuri, dont deux qui ont fructifié! C’est très satisfaisant de pouvoir récolter le fruit de son labeur. 😉

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Mes premières pommes Liberty, greffées sur un pommetier de type Selkirk

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Première pommette X

Encore une première, cette fois, la production de ma première pommette à partir d’un arbre planté à graine sur mon terrain.

Et encore une autre belle surprise cette fois, des fleurs sur mon framboisier semé à graine l’an dernier. J’avais stratifié les graines à l’automne 2014, puis semé tôt au printemps 2015. La petite tige résultante était suffisamment poussée pour me produire trois branches adultes qui fleurissent! C’est vraiment excitant, d’autant plus que c’était des graines de framboises pourpres vraiment délicieuses que je crois être des Royalty. À suivre donc.

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fleurs sur mon framboisier Royalty X (framboises pourpres)

Et ma dernière nouveauté – et non la moindre -, j’ai cinq nèfles en route! J’étais hyper déçu d’avoir manqué leur floraison, celle-ci est survenue pendant mon absence.

Dans mon cas, j’ai quelques plants de néflier d’abord greffés, puis affranchis qui poussent franchement très lentement. Quand même, l’un d’eux a fleuri du bout de son petit trente centimètres, quarante max? C’est un Nottingham. À date, il survit plutôt bien caché par la neige abondante de l’hiver.

Dommage pour la floraison, mais bon, je pourrai enfin gouter aux légendaires nèfles de nos cousins européens.

Et même si le fruit est dénigré de plusieurs (il est mangé bletti), j’ai très hâte d’y gouter pour ma première fois.

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Bouton fruitier de néflier

Alors voilà. J’ai plein d’autres choses à partager, mais bon. J’en garde pour une prochaine fois!

Entre autre, des nouvelles de mes greffes de poiriers sur amélanchier à venir…

Bon jardinage!

 

Comment créer une nouvelle variété de raisins

Au début de l’été dernier, j’avais plusieurs variétés de raisins en fleur en même temps, alors j’en ai profité pour les polliniser. Les grappes de fleurs de raisins sont un peu étranges, puisque leurs fleurs n’ont pas de pétales. Celles-ci ressemble davantage à du corail ou à une grappe de lichen qu’à des fleurs.

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Somerset en fleur, enfin presque. Ce sont en fait des grappes de fleurs sans pétales telles que l’on retrouve sur les vignes, avant la nouaison des raisins.

Toutefois, on peut reconnaître sur celles-ci – même si c’est très petit – les parties caractéristiques des fleurs; des étamines avec les anthères qui portent les grains de pollen, et un stigmate au centre, qui reçoit le pollen des autres fleurs.

gros plan sur une fleur de raisin. source: http://lame-delisle-boucard.com/images/fleur_de_vigne_1.jpg

J’ai donc essayé de croiser deux variétés intéressantes, mais pour des raisons différentes; Eona, un plant vigoureux et hyper rustique, mais aux fruits plutôt petits, avec Somerset, qui lui est une variété sans pépin productif, sucré, parfumé et très hâtif.

 

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Somerset, mon cultivar favori! Généreux et surtout, sans pépins!

Un petit article sur les raisins apyrènes ou sans pépin: http://mariatotal.com/articles/consulter/raisin-apyrene-sans-pepins

J’avais aussi lu que pour obtenir une variété sans pépin, il fallait utiliser le pollen (soit en tant que père) de la plante sans pépin et l’appliquer sur le plant de vigne que l’on souhaite croiser (qui devient la mère qui porte les graines). Selon les sources, on parle d’un taux de réussite de 25 à 40 % des semis ainsi croisés qui deviendraient eux-aussi des variétés sans pépin. Et de toute façon, comment pourrait-on planter des pépins de raisins sans pépins… La blague, c’est que les scientifiques ont trouver une façon de le faire en récupérant les embryons avortés. Mais ça, c’est une autre histoire qui déborde mes compétences.

Un article scientifique sur le sujet (en anglais): Hybridization of seedless grapes, de D. W. Ramming, C. A. Ledbetter, R. Tarailo, Vitis Vol 29, 1990 (14 à 40% de succès)

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Eona utilisé comme maman. Une photo des fruits pollinisés, en attendant de mûrir. J’ai utilisé un filet protecteur contre les chevreuils. Bien que très rustique, la variété est très vigoureuse et un peu trop tardive pour Petit-Saguenay. Même à l’action de grâce, les raisins manquaient encore un peu de mûrissement.

Mon plant de Eona pollinisé a donc produit une multitude de pépins! J’aurais pu en planter un millier – j’exagère à peine. Mais étant donné que je n’avais pas l’intention d’en planter un champ, je n’avais stratifié que 6 graines et j’ai donné les autres.

De ces 6 graines, deux ont germé.

Je vous présente Eona X Somerset 1 et Eona X Somerset 2.

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Quelque chose émerge!

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J’avais espéré en avoir au moins 4, histoire de me rendre à 25% de chance d’obtenir un sans pépin… Mais bon. Peut-être serai-je chanceux et d’ici 3-4 ans, pourrai-je me vanter d’avoir créé une nouvelle variété de vigne sans pépin rustique! Et même si mon plant produit des raisins à pépin, Eona ne peut qu’être amélioré en le croisant avec Somerset.

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Je termine avec un joli vidéo d’archive sur l’hybridation de la vigne en 1929 produit par l’Institut National Agronomique de l’époque, en France. Le film d’archive provient de l’INA, l’Institut national de l’audiovisuel Français. C’est un film muet, mais sous-titré. Bien qu’un peu lent, il explique très bien les principes de l’hybridation de la vigne qui n’ont à peu près pas changé depuis tout ce temps.

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Je vous laisse vous délecter de ce bijou. Bon jardinage! 🙂

Croisements et pollinisation de fruits perso

Ça y est! Il fait soleil et déjà, mes premières graines germent.

Devinez ce que c’est?

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Bahh non! Pas des poires. Cette fois, c’est des pépins de Spartan. J’ai découvert récemment que cette variété – descendante directe de McIntosh – serait en fait zonée 3 et que je pourrais potentiellement en faire pousser sur mon terrain. Alors, pourquoi pas en faire quelques semis pour « le fun », comme on le dit si bien! 🙂

D’autant plus que désormais, je ne me sens plus seul dans mes entreprises un peu folles de pollinisation. Je suis tombé sur un blogue d’un autre passionné, mais celui-ci de la culture et pollinisation des pommes. Son nom est Steven Edholm et il habite en Californie du nord.

Depuis cinq ans à l’automne 2015, il pollinise et cultive des pommes à partir de semis, ce qu’il documente soigneusement (textes et vidéos) et qu’il nous partage sur son blogue, SkillCult.

Une section complète sur la pollinisation et la multiplication des pommes y est d’ailleurs consacrée (http://skillcult.com/plant-breeding)

Et le plus intéressant dans tout ça, c’est qu’il a déjà eu des résultats positifs. Il fait également part de d’autres expériences positives, tout aussi encourageantes. Ça tombe à pic, étant donné que mes dernières lectures à ce sujet était loin de l’être.

Son intérêt premier dans la pollination: la saveur. On se rejoint là-dessus, puisque bien que mon intérêt principal à moi soit la résistance au froid (-45 ‘C), je cherche également à explorer et exploiter l’aspect saveur. Nous avons même semé/cultivé des variétés similaires, malgré que nous sommes à des côtés opposé du continent: semis de Golden Russet, de Sweet sixteen et il s’intéresse également à Chestnut que j’ai greffée l’été dernier, et enfin à William’s pride, greffée l’année précédente.

Donc, je ne suis pas seul dans mes folles entreprises. Et surtout, ce n’est pas si fou que ça! 🙂

Voici donc quelques liens qui pourraient intéresser les amateurs de pollinisation en herbe et ceux que je n’avais pas réussi encore à convaincre du plaisir de faire pousser ses propres fruitiers à partir de graines:

« Bite me », la première pomme de Steven Edholm semée à partir d’un pépin de pommette Wickson. Source: https://farm6.staticflickr.com/5741/23138556866_5c90612c7b_c.jpg

Les centres de recherche sur la pollinisation et croisements de fruits sont de moins en moins nombreux et souvent manquent de financement. De plus, ceux-ci axent le plus souvent leur efforts sur la commercialisation, donc des fruits sains, mais surtout, répondant aux exigences esthétiques et culturales de l’industrie (longue conservation, facile de transport et facile à faire pousser).

Sans mettre de côté l’importance d’obtenir des fruits sains et résistants aux maladies, plusieurs fruits au goût et saveurs excellentes sont écartés car ne possédant par tel ou tel critère de l’industrie. Et leurs exigences sont très différentes de celles d’un jardinier amateur.

Même si nos pommes sont un peu différentes, rousselées, à la chaire veinée ou de forme aplatie, si le goût est exceptionnel…

 

Deux rangs de mes semis de pommiers et poiriers de deux-trois ans en novembre dernier.

NB: Attention, les fruits des magasins, plus particulièrement les pommes, sont souvent pollinisées dans les vergers commerciaux par des pommetiers sauvages. Ce qui revient à dire que faire pousser des pépins de pommes de l’épicerie (ou des fruits dont on ne connait pas le pollen-père) a des fortes chances de produire des pommes plus petites – car croisés avec un pommetier – donc potentiellement surettes – sans pour autant que cela soit certain du tout. D’où l’intérêt de croiser/polliniser ses fruits soi-même.