Le sol au-delà du médium de croissance

Depuis le début de l’implantation de mon verger, j’ai souvent du être créatif afin de trouver des solutions aux problèmes qui se présentaient. Un des premiers écueil auquel j’ai du faire face, et qui en est un de taille, est par rapport au sol. J’avais toujours considéré celui-ci comme un substrat inerte, de la même façon que le terreau d’empotage d’intérieur qu’on achète dans un sac. Un simple de mélange de sable, terre, argile et humus, en diverses proportions.

C’est que lors de ma première année de culture, ma terre à bois fraichement défrichée a été grattée, ne laissant à peu près que le sable et les pierres comme support à mes fruitiers.

verger juin 2014 (le sol a été gratté et la terre de surface enlevée

Dans ma grande hâte d’obtenir vite et bien des résultats, j’ai fait un trou rempli de fumier que j’ai mélangé sommairement au sol, en conservant ma « terre » de surface à part pour refermer le tout.

Notons ici que mon site de culture est en montagne et que la couche de surface avait été complètement enlevée, ne laissant qu’une mince couche de terre sablonneuse, dépourvue de vie.

Choc d’apprentissage de culture numéro 1:  ce que j’ai planté la première année a tout juste survécu. J’ai même perdu des arbres au cours de ce processus d’apprentissage, à la dure.

Pendant ce temps, soucieux d’apprendre à cultiver mes légumes le plus naturellement possible, je m’étais acheté le livre Michael Phillips; The Holistic Orchard, dont les 18 premières pages traitent de l’écosystème du sol, ce que je trouvais curieux; pourquoi déranger le lecteur avec autant de texte sur le sol, alors que c’était un livre sur les fruitiers.

C’était ma première grande révélation: le sol est vivant. Il est un écosystème fragile et plus qu’un support, il faut le nourrir et l’entretenir. Je constatais alors qu’il y avait des écoles de pensées à ce sujet: le sol est vivant par opposition à la sol est un substrat qu’on alimente à grand coup de chimique. J’apprenais pour la première fois que la technique traditionnelle de défrichage en « grattant » les racines en retirant toute la terre de surface était peut-être efficace pour un « beau terrain » sans repousse, mais que c’était l’inverse de ce qu’il fallait faire pour un verger.

Il me fallut plusieurs années pour « reconstruire » mon sol depuis la plantation de semis de trèfle en passant par l’ajout de plantes feuillages et autres matières organiques telles que la consoude et la bourrache, de bois raméal fragmenté et de compost.

Verger avec premier semis de trèfle blanc comme couvre-sol et raifort au début, afin de reconstruire mon terreau de surface.

Pas pour rien qu’on met tant d’emphase dans les guides de culture sur l’avant-plantation! Et je le confirme; il faut au moins un an de préparation préalable du sol avant de cultiver. Et c’est encore plus important quand c’est une culture permanente!

Le sol est vivant et un arbre, ça ne prospère pas dans du sable. Si vous êtes chanceux, il va survivre, tout au plus.

Voici donc un exemple de ce que j’ai appris à faire: planter des vivaces ou annuelles dont le feuillage est riche en azote au pourtour des racines de l’arbre. On fauche quelques fois dans la saison et on laisse les résidus sur place afin d’enrichir le sol, ce qui fait une bonne source d’engrais naturel pérenne.

La base de mon pommier Priscilla à l’automne 2017 – Trèfle blanc comme couvre-sol du verger, bourrache, consoude et raifort (fauché 2-3 fois par saison) au pourtour des racines et bois raméal fragmenté à la base de l’arbre.

Sources de semence de plantes couvre-sol (au Québec)

Quelques lectures intéressantes:

D’abord, un article d’une grande dame du bio du Québec
Voir l’article Une redéfinition de la fertilité du sol, page 12 dans La Terre Nourricière #104 – 2012
http://gaiapresse.ca/images/UserFiles/File/Bio-bulle/BB104%20GP%5B1%5D.pdf

À propos de l’auteure: Céline Caron « Pionnière dans l’agriculture écologique au Québec, éducatrice et activiste environnementale avec une expertise en horticulture et arboriculture fruitière écologique »
source: https://lesjardinsdeceline.wordpress.com/les-jardins/

Un lien hyper intéressant de l’OMAFRA sur les cultures Couvre-sol « protégeant le sol contre l’érosion et en y ajoutant de la matière organique, ce qui en améliore les propriétés ».

http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/cover_crops01/covercrops.htm

Un rappel de mon billet de l’an passé sur le Daikon ou radis oléagineux: https://poirespetitsag.wordpress.com/2017/04/09/sol-vivant-et-permaculture-la-radis-dhiver-daikon-et-limportance-dun-bon-couvre-sol/

Le Daikon ou radis Oléagineux – comestible, mais en général on le laisse sur place et il contribuera à engraisser le sol.

Un deuxième article sur la « bonne » façon de démarrer son verger, avec une vision intéressante sur comment préparer le sol et optimiser l’espace de culture des premières années (en attenant les revenus de son verger) – en anglais:

Fall Reminders and Income from a Diverse Young Orchard par C.J. Walke (publication Maine Organic Farmer Gardener, Fall2016.

http://www.mofga.org/Publications/MaineOrganicFarmerGardener/Fall2016/FallReminders/tabid/3219/Default.aspx

Je termine avec le lien du livre et site web (forum) du Holistic Orchard (de holiste, ou « hole » comme un tout ou encore, de la culture en tant que système global) – aussi en anglais:

https://www.groworganicapples.com/organic-orchard-books/

Bonnes lectures!

Publicités

Les fixateurs d’azote – un bilan

L’azote est l’élément indispensable à la croissance d’une plante, plus particulièrement pour la pousse en vert. Quand on achète un engrais, le premier chiffre des trois, c’est l’azote.
Par exemple, le 20 20 20 c’est Azote (vert), Phosphore (racines) et Potasse (fleurs et fruits).
Un fixateur d’azote : c’est une plante qui fixe l’azote de l’air avec ou sans symbiose avec des bactéries favorables dans le sol, pour ensuite rendre cet azote biodisponible aux autres plantes, soit lorsque les plantes fixatrices sont récoltées, déchiquetées ou lors de leur décomposition.
Ces plantes sont presque toutes de la famille des Fabaceae.
C’est donc une façon pérenne de se créer son propre engrais, une notion de base de la permaculture.

Au fil de mes lectures, j’avais donc identifié plusieurs plantes inspirantes pour utilisation sur ma terre, disséminées au travers du verger. Les voici, des plus grandes aux plus petites:

Arbres

Robinier faux Acacia (Robinia) : Les arbres sont jolis et font de jolies fleurs. On en trouve plusieurs dans la région de Québec métropolitain. J’ai ramassé des graines que j’ai plantées au Saguenay.
Constat: Après trois-quatre ans de culture, la plante est non rustique en zone 3. De plus, les quelques survivants perdent leurs feuilles trop tard et gèlent au niveau de la neige chaque hiver.
Les branches produisent des épines épouvantables, ce qui est un calvaire à manipuler et tailler et enfin, l’arbre est envahissant, ce qui veut dire que celui-ci produira des rejets jusqu’à 3-4 mètres plus loin.
Conclusion, à éviter comme la peste! À moins d’essayer une variété sans épine, je ne le recommande pas du tout.

Le Robinier au Saguenay, un échec. À éviter, car non rustique, envahissant et les épines sont atroces.

Févier d’Amérique ou Épineux (Gleditsia triacanthos L.) : Arbre à croissance lente et très très épineux.
Pour le moment, le mien survit bien. Il pousse très lentement et étant petit n’a pas encore subi de dommage de la neige (le mien fait environ 2m après 3 ans).
Encore une fois, j’aurais préféré une variété sans épines, car les branches sont impossibles à manipuler. Mais au moins, il n’est pas envahissant comme le Robinier, car n’a pas produit de rejets par les racines. Je crois que cette espèce vaut la peine à tester et cultiver. Il est souvent utilisé comme haie. Reste à voir si la rusticité suivra.

Pois de Sibérie (Caragana Arborescens) : Arbuste/Arbre épineux, mais beaucoup moins que les deux premiers, qui peut venir jusqu’à 4 m de haut. Il est assez rustique, même si j’ai réussi à en prendre un. Le caragana est souvent utilisé comme haie et croit rapidement et facilement à partir de graines (ne perdez pas votre temps avec des boutures). Les pois immatures que l’arbre produit sont comestibles, mais je ne connais personne assez « mal pris » pour les manger.
À recommander vivement! Facile à cultiver et à contenir. Un bon ajout au verger.

Argousier (Hippophae rhamnoides) est un arbrisseau dioïque (male et femelles) épineux qui peut atteindre de 1 à 5 m. Pour le moment, j’en cultive quelques plants depuis quatre ans et j’en ai quatre qui ont survécu. Les miens ne sont pas envahissants du tout, mais très épineux. Je me suis acheté une variété sans épines, pour comparaison.
Constat : Les arbrisseaux ne sont pas si rustiques. À ce jour, les miens se font malmener par la neige et la glace. De plus, les variétés épineuses sont très désagréables à manipuler lors de la taille. Si vous optez pour ce genre de plante, sélectionnez des variétés rustiques sans épines à gros fruits, sinon vous risquez de perdre votre temps. De plus, dernier point, certains disent que la plante peut produire des rejetons par les racines et devenir envahissante, bien que je n’ai pas rencontré ce problème chez moi.

SONY DSC

Vivaces

Lupins : Ils ne croissent pas bien dans mon coin qui est plutôt sec, de plus, les pucerons les adorent et les plants se retrouvent systématiquement envahis par des colonies de fourmis qui élèvent les pucerons dessus.
Constat : ne fonctionne pas chez moi.

Le lupin indigo (baptisia australis) : plante buissonnante qui croît en touffe d’environ 1m. Très jolie et non envahissante. Toutefois, j’en ai planté plusieurs (semis) et ceux-ci, bien qu’ils survivent, ont beaucoup de difficulté à s’établir et réagissent très mal à la sécheresse. Donc à moins d’avoir un endroit humide et riche, à oublier.

Trèfle des prés (violet) : Très prolifique, mais croit jusqu’à 50 cm de haut, ce qui est un peu haut à mon goût, à moins de vouloir passer la faux.

Trèfle blanc : Très prolifique et s’installe facilement lorsque semé à graine. Certains le trouvent trop envahissant, mais on le suggère souvent comme plante à labourer afin de revivifier un sol.
Constat et utilisation : De mon côté, je m’en sers comme les anciens le faisaient, soit comme couvre-sol du verger (en mélange avec du thym). Il sert peut-être de refuge aux rongeurs, mais je tonds bas plusieurs fois dans la saison et semble garder un bon contrôle des populations. Le trèfle est facile de culture et croit de façon généreuse, ce qui est parfait pour moi.

Le verger avant la tonte. Au pied du pommier, on peut voir la consoude à gauche, en haut des jonquilles (repoussent les mulots), et de la bourrache à droite.

Pois sauvages (Vesces): Utilisé en maraichage comme engrais vert. Pour ma part, j’évite, car c’est envahissant et ça grimpe partout. Je les arrache plutôt que de les semer.

Radis japonais ou daikon : Ma seule expérience est celle de cette année. J’ai semé les graines au printemps et celles-ci ont tout de suite « monté en fleur ». Il faudrait apparemment attendre après le solstice du 21 juin avant de les planter. C’est donc partie remise dans mon cas. Je n’ai qu’un seul radis qui a poussé jusqu’à maturité et il avait, effectivement, une racine profonde qui aurait bien aéré et nourrit le sol. Toutefois, c’est nous qui l’avons mangé (c’est doux et très bon en soupe).

La radis japonais ou Daikon

Raifort (Armoracia rusticana) de la famille des Brassicoideae, soit des choux. Cultivés surtout pour ses racines, le feuillage et la hampe florale qui ressemble à des rapini, ont un bon goût piquant.
Avantages : les racines plongent profondément dans le sol et peuvent créer de l’ombrage à des petites plantes plus fragiles à la sécheresse. Inconvénients : plutôt envahissant. Une fois installé c’est presque impossible de s’en débarrasser ; le moindre petit bout de racine repoussera. Malgré ses défauts, j’en ai planté un peu partout dans le verger, aux périphéries des racines des arbres.

La raifort est facile à faire pousser, mais attention! C’est envahissant. Sur la photo, il a bien protégé mon petit poirier, mais a envahi l’espace autour du petit arbre.

Consoude : Plante vivace généreuse et facile de culture, qui produit beaucoup de feuillage et qu’on peut récolter deux à trois fois dans la saison pour en faire un purin vert (on récolte le feuillage qu’on met dans un baril avec de l’eau pendant quelques jours). Il faut planter, des préférences, les variétés qui ne produisent pas de graines, au risque de se faire envahir.
Résultats : J’en ai récupéré quelques plants sauvages trouvés sur les plaines d’Abraham. Même si les miens semblent produire des graines, je n’ai, pour le moment, pas de difficulté à les contenir. Je suis en mode propagation, car je veux éventuellement en avoir à la base de chacun de mes fruitiers. Je recommande chaudement, car une fois installée, la plante se divise et multiplie facilement par morceaux de racines.

Bourrache : Même famille que la consoude, mais annuelle celle-là. Je l’affectionne bien. J’en ai planté à la base de tous mes fruitiers et elle se resème chaque année. En plus, le feuillage est très bon, après cuisson.

Patates chapelet ou glycine d’amérique (Wisteria frutescens): Très facile de culture, j’en fais pousser depuis plusieurs années. C’est une plante grimpante qui pousse à partir de tubercules comestibles surnommés les patates chapelets. Elles n’ont qu’un seul défaut, les rhizomes courent et se promènent sous le sol pour s’éloigner du site de culture. À tous les deux ans, je dois creuser et ramener mes plants dans leur site initial. J’en profite alors pour faire une petite récolte que je me fais cuire. En plus, les fleurs sont jolies!

La glycine américaine, facile à faire pousser, sauf qu’elle ne repousse pas au même endroit.

Voilà ! Il y en a d’autres, mais c’est celles que j’ai essayées jusqu’à maintenant.

Pour en savoir plus

Bon repos d’hiver !

Sol vivant et permaculture – la radis d’hiver (daikon) et l’importance d’un bon couvre-sol

Je suis tombé par hasard sur des graines de radis d’hiver/japonais, ou de daikon (Raphanus sativus var. longipinnatus), dans une grande surface, que je me suis empressé d’acheter.

Radis japonais ou daikon (source: https://i.ytimg.com/vi/nveaDBNbSrQ/maxresdefault.jpg)

C’est qu’au fil de mes expériences de cultures et de défrichage sur mon terrain sec et montagneux, j’ai réalisé que celui-ci ne comportait qu’une très fine couverture de matière organique de surface.

Et malheureusement, lors de ma première expérience de dessouchage et de grattage de racines, presque tout avait été enlevé. On apprend à la dure! C’est là que j’ai appris que le sol est vivant et une plante a besoin de matière organique. Planter un fruitier dans du sable et des roches, il ne fera rien. Survivre tout au plus.

Dans mon cas, j’ai donc du reconstruire la matière organique avec l’aide des couvres-sols. Et c’est possible!

Après avoir expérimenté les bienfaits du trèfle, j’avais lu quelques articles et regardé quelques vidéos sur l’ivraie (ray grass), sur l’avoine, la luzerne et le seigle, ainsi que sur le Daikon, dont j’avais déjà pu lire et constater les bienfaits en utilisation comme couvre-sol. Le radis d’hiver possède une longue racine profonde qui peut « creuser » jusqu’à trois pieds (91 cm) de profondeur. Et n’étant pas vivace, la plante meurt au printemps et se décompose doucement jusqu’en été tout en laissant un trou, qui aère le sol. Dans le cas de cette plante, le processus de décomposition peut paraitre un peu long pour de la culture maraîchère, mais peut-être idéal pour un fruitier, ce que j’ai bien l’intention d’essayer.

D’autant plus que le radis en question est comestible, alors rien n’empêche d’en récolter et manger quelques uns!

D’ici là, voici quelques liens intéressants sur ce sujet:

http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/cover_crops01/cover.htm

http://articles.extension.org/pages/64400/radishes-a-new-cover-crop-for-organic-farming-systems

http://dirtsecrets.com/2015/03/daikon/

Et quelques vidéos (en anglais):