Attention aux porte-greffes supposément rustiques

Lors de mon dernier passage au verger, j’ai pu constater quelques bons et d’autres moins bons coups. Ma plus grande déception, dans ce cas, a été la perte de plusieurs  arbres et d’autant de greffes.

Après ma première visite, le temps a été exceptionnellement chaud et sec (après un printemps froid et gris), si bien que ça a fait « cramer » une grosse majorité de mes greffes de pommiers ainsi que certains pruniers, qui avaient pourtant bien repris après deux semaines.
Heureusement, mes poiriers sont presque tous sains et saufs.  J’ai quand même perdu mon Krazulya et j’avais aussi du Vekovaya qui lui aussi semble mort. Sinon, toutes mes autres greffes de poiriers semblent avoir survécues, c’est déjà ça!
J’ai eu moins de chance avec les pommiers. J’en ai sauvé tout de même quelques greffes et je garde encore espoir que – peut-être – certains autres reprennent, mais disons que ça regarde mal.
Comme on dit, les années se suivent mais ne se ressemblent pas.
L’hiver aussi a été dur.
J’ai perdu des arbres de trois ans dont les porte-greffes (des semis de selkirk achetés commercialement) n’étaient pas assez rustique. Ils ont gelé sous le point de greffe. Quand on dit que ce n’est pas le cœur de l’hiver qui fait mal aux arbres, mais le début et la fin de celui-ci. Novembre 2016 a été mortel. Les froids sont arrivés trop vite pour certains arbres qui n’avaient pas encore de couverture de neige, un test ultime pour les porte-greffe.

Mon Haralson, greffé sur M26 de trois ans est mort. Je comptais justement essayer de changer son porte-greffe. Heureusement, il reprend de la base, mais j’ai quand même perdu trois ans pour rien.

Dans certains cas, j’avais greffé, sans me méfier, des yeux dormants à environ 25-30 cm du sol. Et mes pommiers rustiques ont gelé en dessous du point de greffe. Dans d’autres cas, comme sur la photo, c’était des arbres greffés sur porte-greffe pas assez rustique, comme sur du M26. GRRRRR! À partir de maintenant, ça sera du Bud118 ou des semis de Dolgo.
Pour deux de mes arbres mourants, j’ai essayé des greffes de sauvetage dimanche (car le bois du bout des branches était encore vert) alors j’ai greffé et tout emballé avec du buddy wrap pour quelques semaines. J’étêterai dans trois semaines, des fois que… mais j’ai peu d’espoir.
Au moins, je n’ai pas perdu ma greffe de Shipova (un hybride de sorbier et poire) depuis le temps que j’en voulais! Et j’ai même réussi une greffe d’abricot avec branche intermédiaire de convoy.

Greffe d’abricotier Moongold sur prunus nigra en utilisant un intermédiaire de chum Convoy. J’ai laissé guérir l’abricot sur Convoy un mois au frigo (ziplock) avant de greffer à nouveau sur le prunier. Ça marche!

 Au final, mes boutures qui ont survécues semblent être celles qui ont le plus tardé et/ou qui étaient au nord ou à l’ombre.
Sinon, j’espère que vos boutures ont mieux réussi que moi. Avec la canicule, je dois bien être descendu à un taux de 60% comparativement à d’habitude, c’est pas très bon. Mais au moins, je sais que je n’y suis pour rien.
En contrepartie, j’ai une bonne nouvelle: mes expériences de pollinisation ont toutes fonctionné! Mon vieux pollen congelé de deux ans (celui de poires) était encore viable. J’ai réussi à polliniser le golden spice (qui était le seul poirier en fleur) et dimanche, avant de partir, il y avait 5 poires en route, dont au moins une issue d’un croisement avec mon pollen congelé de Doyenne de Comice! Voir mon billet précédent sur le sujet: https://poirespetitsag.wordpress.com/2015/03/28/la-congelation-du-pollen-ou-comment-croiser-deux-plantes-qui-ne-fleurissent-pas-en-meme-temps/
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Euréka! J’ai réussi à polliniser le vieux Golden Spice de mon père avec du pollen congelé depuis deux ans de poirier Doyenné du Comice!

J’ai aussi une pomme en route, issue de mon croisement Norland x William’s pride (croisement intéressant du point de vue rusticité, récolte hâtive, résistance potentielle à la tavelure et chair rosée). Et enfin, Priscilla x Honeycrisp! 🙂
Même si je ne constaterai pas le résultat final avant plusieurs années, je suis déjà super enthousiasmé du potentiel de ces croisements.

Mon Norland à l’étape de la floraison. Il était seul dans son coin, alors je n’ai pas enlevé les pétales.

Deux semaines plus tard, une pomme Norland issue de ma pollinisation avec du William’s pride (rustique, naturellement nain, hâtif, résistant aux maladies et potentiellement, à la chair rosée)

 

Deux fruits de Priscilla, une des variété de pommes les plus résistantes à toutes la maladies, pollinisée avec du Honeycrisp; en espérant obtenir la résistance aux maladies de la mère, rustique et savoureux, et aux fruits croquants et un gros calibre, comme ceux du père!

Enfin voilà! Et je ne parle même pas des petits fruits. J’aurai un déluge de gadelles, cassis et mûres, en plus de framboises, fraises et quelques prunes.

Déluge de fleurs sur mon mûrier sauvage de St-Tite. Je l’ai taillé déjà deux fois cette année afin de concentrer l’énergie dans les fruits pour avoir une meilleure production. Je crois que ça regarde bien. De plus, le plant est beaucoup plus hâtif que l’autre variété sans épines sans nom que j’ai, et qui est en plus n’est pas rustique du tout (comparé à celui-ci).

Plusieurs fruits en route sur mes branches de CHUM greffées sur prunus nigra. J’en aurai davantage, si ce n’était des charançons qui ont percé les 9/10 de mes fruits. Je vais devoir trouver comment régler ce problème le printemps prochain (de façon bio, de préférence).

Yééé! Ça commence à produire. J’ai hâte au mois d’août! 🙂
Je termine avec des photos des mes néflier, que j’ai enfin pu voir en fleur pour la première fois. Cette année, je les cueillerai le plus tard possible, soit en novembre. J’espère bien que cette année, ils auront le temps de grossir assez pour y goûter comme il faut!
 Bon jardinage!

Suivi du verger et question sur la taille des kiwi

Désolé si j’ai été un peu taciturne ces dernières semaines, j’ai mis beaucoup d’énergie sur mon terrain, printemps oblige, ce qui laisse peu de temps pour écrire et partager.

Comme à tous les ans depuis trois-quatre ans déjà, je me suis fait prendre au piège d’accepter trop d’échanges de bois à greffer. Par conséquent, j’ai donc fait plus de 100 greffes, dont 95 chez moi et une dizaine chez des amis. Et… j’ai réussi à tout faire ces greffes sans presque me couper. Il fallait bien au moins une cicatrice de guerre, car on dirait que ça fait partie des incontournables et je la porte fièrement pour le temps qu’il lui reste, c’est déjà presque disparu.

Quelques photos de greffes qui reprennent…

 

Nouvelles du verger:

Sinon, bien que la plupart de mes greffes repoussent déjà, je me permets de partager quelques déception mais aussi de jolies surprises au verger:

D’abord, ma plus grosse déception, c’est mes deux plus gros poiriers, dont les bourgeons floraux semblent avoir gelé, car bien que mon Ure avait fleuri l’année précédente, il n’avait aucune fleur cette année, pas plus que mon John.

Mon poirier Seckel sur amélanchier est toujours vivant, mais a été rudement malmené par la grosse couche de neige et de glace. Il est à moitié cassé et repousse très timidement. Il ne lui reste plus qu’un seul bourgeon floral et je ne suis pas sur qu’il fera grand chose, mis à part survivre.

Par contre, j’ai mes premières fleurs de quelques pommiers. Mon Priscilla fleurira pour la première fois, ainsi que mon Norland. J’ai aussi une branche de Pristine et de William’s pride qui préparent leurs boutons. J’aurai donc peut-être la chance de gouter quelques pommes inédites, tout n’est donc pas perdu.

Enfin, même chose côté prunes, j’ai mon prunier Yellow Egg (Pershore) ainsi que mon semis de prunier Américain qui fleurissent, eux aussi, pour la première fois, laissant présager de potentiels fruits à venir.

Premières fleurs sur mon semis de prunier américain

De plus, la grosse couverture de neige n’a pas que des inconvénients; les chaenomeless ou coings japonais n’ont jamais été aussi beaux, pour le plus grand plaisir des bourdons et oiseaux mouches. Jugez-en par vous-même:

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Aussi, mes trucs saisonniers sont plantés: mes tomates, patates, poivrons et piments, mes courges ainsi que mes quelques nouveaux légumes exotiques (gumbo et achocha, ou concombre du pérou).

Mes deux plants d’achocha mis en terre

Et aussi, depuis le temps que j’en cherchais, j’ai enfin mis la main sur du Shipova (sorbopyrus auricularis), l’hybride poires-sorbier. C’est zoné 4, mais je voulais tout de même l’essayer. J’en ai donc greffé sur mon sorbier (en bout de branche), mais aussi sur de l’aronia donc plus bas, puisque c’est sensé aider à mettre à fruit plus rapidement.

Les bourgeons débourrent déjà:

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Le sorbopyrus Shipova, greffé sur Aronia.

* * *

Comment tailler et faire fructifier les kiwi…

Mes kiwis seront couverts de fleurs cette année. Je pourrai enfin déterminer quel est le sexe des plants qui restent (j’en avais deux inconnus).

Étant donné que quelqu’un m’avait demandé si je savais comment tailler et faire fructifier les kiwi, j’en profite pour reprendre ici la question afin de tenter d’y répondre.

Comment faire fructifier les kiwis?

Point 1: pour obtenir des fruits, il faut un plant male ET un plant femelle d’une même variété (par exemple actinidia kolomikta vs arguta). Ce sont des plantes dioïques, soit qui ne portent des fleurs que d’un seul sexe. On recommande souvent au moins un plant mâle pour 5 femelles. En cas de doute (ou de semis) voici de quoi ont l’air les fleurs afin de les distinguer:

Actinidia kolomikta – fleurs mâles

 

Actinidia kolomikta – fleurs femelles, on distingue le mini fruit au cœur de la fleur.

Note1: Il existe supposément des variétés de plants femelles auto-fertiles. Je ne les ai pas testées, alors si quelqu’un a eu du succès avec celles-ci, je vous invite à le partager! La variété de k. arguta Issaï le serait, selon ce site: http://vegetolab.com/kiwi_fr.html

Note2: Il peut arriver que les fleurs soient boudées par les pollinisateurs. Rien n’empêche de jouer nous-même au bourdon avec un pinceau afin d’aider un peu la nature et d’ainsi s’assurer une meilleure mise à fruit.

Point 2: la taille.

J’ai lu plusieurs articles sur le sujet et je n’ai rien trouvé de vraiment « parlant » ou de suffisamment bien fait (en tout cas à mon goût). Je résumerai donc ce que j’ai retenu de mes lectures.

  • La taille de kiwi se fait un peu comme celle d’une vigne; le plant produit des fleurs sur le bois de l’année précédente.
  • La plante à tendance à pousser beaucoup, alors il faut contrôler l’excédent de bois, sinon la plante ne produira que du feuillage. On peut tailler en cordon et garder des branches secondaires, car c’est là-dessus que le plant fructifiera. Sur certains sites, on propose deux tailles: d’hiver et d’été (contrôle de la pousse excessive).
  • Quand on taille, on veut supprimer les « gourmands » et repousses à la base de plant, qui sapent l’énergie du plant principal. On nettoie donc/dégage la base de plant de repousses non désirées.
  • Je taille/raccourcis aussi les branches fruitières afin de concentrer la sève dans les bourgeons à fleurs ce qui améliore la production. Pour ma part, j’ai attendu début juin pour savoir quels bourgeons allaient fleurir et j’ai raccourci d’un bourgeon floral (supprimé une grappe de fleur) sur chaque branche fruitière. Toutefois, les kiwis ont tendance à « couler » et il est préférable de tailler avant que les bourgeons soient débourrés.
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Mes kiwis kolomikta X avant la taille. Je les ai installés sur un treillis en éventail, que je couche au sol à chaque hiver et relève le printemps venu. Ça fonctionne très bien!

Les kiwis après la taille. La base est désormais dégagée, les « gourmands » sont supprimés et les fruitières écourtées.

Les branches fruitières sont légèrement raccourcies et on devine déjà les boutons floraux qui se préparent.

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Photo de branche du kiwi mâle, que j’ai taillée plus longue afin de laisser plus de fleurs. Tout de suite après ou même pendant la floraison, on peut étêter les branches des plants femelles afin de concentrer l’énergie dans la production des fruits.

Quelques vidéo/lecture afin de compléter la réflexion sur la taille des kiwis:

Un article intéressant (en anglais) sur le sujet: http://sfp.ucdavis.edu/pubs/brochures/Kiwi/

Vidéo, en français, sur Rustica: https://www.rustica.fr/tv/tailler-kiwi,8979.html

Salutations et bon jardinage!

Échanges sur les pruniers européens en zone 3

Aujourd’hui, pour faire suite à mon article récent sur les semis de mirabelles, je me permets de partager une question qui m’a été posée récemment par un contact web à propos dela culture des pruniers européens en zone 3.

Je me suis dit que la question pourrait en intéresser d’autres que nous deux, alors je partage.

Q: Bonjour, je vois que vous travaillez avec plusieurs types d’arbres fruitiers et dans une zone assez limitrophe en plus. Je m’intéresse aussi beaucoup à la propagation des arbres fruitiers, les pruniers entre autres. Sur mon terrain de Portneuf, j’ai greffé plusieurs variétés parmi les hybrides américains/japonais. J’ai quelques difficultés avec les types européens comme Mont-Royal par exemple mais je sais qu’il peut être sensible au site de plantation; cultivez-vous cette variété ? si oui, se comporte t-elle bien dans votre secteur ?

R: Oui, nous cultivons des pruniers de type Européen à Petit-Saguenay.

Nous avons deux Mont-Royal qui ont très bien résisté à -45’C depuis plusieurs années. Par contre, d’expérience, les autres européens (prunus domestica) testés à ce jour sont à la limite de leur rusticité à Petit-Saguenay en zone 3b environ.
Mon père a réussi à garder un abricotier Harcot 20 ans, mais je ne sais pas sur quoi il était greffé et l’arbre est maintenant mort.
Sinon, d’expérience, les autres pruniers européens sont limite chez nous:
Le Reine-Claude n’est pas assez rustique (zone 4-5)
Le mirabelle survit tout juste (probablement plus zone 4), tout comme le damas (le québécois et le damas Européen). Je prévois aussi tester la Stanley (prune de type Européenne, supposée rustique), tandis que je teste présentement d’autres variétés comme le Pershire yellow egg. J’ai plusieurs semis à différents stade de développement en test, ainsi que d’autres semis en route à partir de graines de mirabelles, de myrobolan et de prunes de style italienne nommée « Rompré », achetée au Marché du vieux port (en provenance de l’île d’Orléans).

La prune de style italienne, dont j’ai parti des semis, est originaire de l’île d’Orléans, près de Québec.

Mon objectif: tomber, peut-être, sur des mirabelliers ou p. domestica/insititia plus rustiques afin de complémenter le Mont-Royal.
Pour les porte-greffes, les Européens poussent assez biens sur leurs propres racines. Toutefois, le damas (le québécois de style prune d’Ente ou insititia) se greffe sur prunier japonais également, je l’ai testé avec succès avec greffe en oeil dormant en août.
Pour les autres, il faut greffer sur myrobolan ou européen ou nigra. Ça fonctionne peut-être sur americana, je ne l’ai pas testé.
Salutations!

mer 08:16

Q: (…) Vous parlez des abricotiers, vous en avez ? J’ai un pêcher et un nectarinier que je couche au sol chaque automne et les relève au printemps; çà fleurit souvent trop tôt lorsque les gelées ne sont pas encore toutes terminées. J’ai deux jeunes prune / abricot de Green Barn à l’essai depuis l’an dernier; on verra ce qu’ils feront. Pershire yellow egg est une prune jaune ? Tenez-moi au courant sur comment elle se comportera. Si cela ne vous embête pas, j’aimerais continuer à échanger des informations avec vous sur la propagation et le comportement des arbres fruitiers rustiques. Je vous remercie beaucoup encore et bonne journée vous !

mer 09:43

R: Bonjour! (…) Content d’entendre ça pour les pêches. Je veux justement en faire l’essai greffé sur chum Convoy. Et oui, il me fera plaisir d’échanger à nouveau sur ce sujet!

Atelier de greffage 101 c’est dans une semaine!

Rappel: C’est bientôt, soit dans une semaine que je donnerai ma conférence sur le Greffage pour débutant!

Quand? dimanche 5 mars 12:30

Où? à la salle « Espace Jardin » de l’Université Laval (carte ici)

Combien? Gratuit!

J’y parlerai de quelques greffes courantes et faciles à faire, qu’on peut pratiquer avec du matériel déjà à la maison.

Le lien: Fête-des-semences-de-quebec-2017

C’est gratuit, venez en grand nombre! Pour plus d’info, voir: http://www.facebook.com/ events/465205413867067

ou http://fete.agricultureurbaine.net/conferences/espace-jardin/

Au plaisir de vous y voir!

En quête de mirabelle rustique

La mirabelle – un fruit sucré, juteux et délicat qui pousse bien au Québec – photo source: wikipédia (https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c8/Koogan_2002-08-14-160212.jpg)

Même si les prunes européennes sont délaissées de plusieurs en faveur des prune asiatiques, plus résistantes au nodule noir, je suis tout de même tombé en amour avec les mirabelles européennes. C’est suite à la dégustation d’un panier de celles-ci, au marché du Vieux-Port de Québec, que j’ai découvert ces délectables délicats petits fruits dorés. Celles achetées alors provenaient de l’Île d’Orléans, donc de tout près de Québec. Les mirabelles de Nancy et de Metz sont zonées 4 tout au plus, donc ne tolèrent pas les grands froids de plus(moins) de -40’C.

Malgré tout, mon père a réussi à en faire pousser un. L’arbre a survécu près de vingt ans, même en zone 3 protégée. Malheureusement, il n’a pas produit beaucoup, faute de pollinisation. Il aura tout de même vécu assez longtemps pour prouver que sa culture est possible. Il a rendu l’âme il y a tout juste deux ans, lors du « gros hiver dur » à -45C. C’est donc dire qu’il ne manquerait pas grand chose.

Depuis mon intérêt pour les mirabelles, nous en avons replanté un arbre. Le pauvre n’a pas beaucoup poussé, car il a été la cible répétée d’un chevreuil qui l’avait adopté à notre grand désespoir d’ailleurs.

Depuis deux ans, je fais aussi pousser les graines récupérées de mes prunes de l’Île. Celles-ci étaient plus petites et sucrées, probablement donc des mirabelles de Metz. D’ordinaire, je ne me casse pas trop la tête à essayer de faire pousser des prunes (car comme pour le reste, les semis ne sont pas très fidèles). Mais dans ce cas, j’avais lu que les mirabelles se reproduisaient assez fidèlement par semis. Alors il ne m’en fallait pas plus, des fois que j’obtiendrais quelque chose de bien et surtout, de rustique!

Mirabelle Année 1

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C’est qu’en dehors du prunier Mont-Royal zoné trois, il n’y a pas beaucoup de pruniers européens qui résistent aux grands froids. Je cultive un « damas » ou pruneau d’Ente mini vert/jaune, dont la graine provient de Kamouraska (au Québec), sinon du Damas Européen qui survit tant bien que mal et aussi, un Yellow egg ou Pershore yellow, qui lui aussi survit bien jusqu’à présent, sans avoir encore produit. En résumé, les choix sont limités et tant qu’à choisir, à date, c’est la mirabelle que je préfère au niveau gustatif.

Alors pour être certain de mon coup, en plus de mes semis des mirabelles de l’île déjà décollés depuis deux ans, j’ai aussi mis la main sur pas moins de quatre variétés de pruniers mirabelles directement d’Europe, plus précisément de Normandie. Vive internet et les amitiées virtuelles! Après stratification, mes semences commencent doucement à pousser. Dès ce printemps, je pourrai les planter et les soumettre à l’épreuve du froid. Il s’agit des Mirabelles de Nancy, de mirabelles jaunes (p-ê des fausses mirabelles?), de mirabelles violettes et de mirabelles rouges. Et si je n’obtiens que des pruniers sauvages ou pruneoliers au bout de compte, peu ne m’importe! Ce sera déjà mieux que rien du tout.

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Mon arrivage de noyaux de futures mirabelles boréales!

Je constate déjà que mes semis de « mirabelles jaunes » semblent avoir des cotylédons très rouges, donc avec beaucoup de pigments. Ensuite, un des deux premiers semis à avoir germé dans ce lot, celui de droite sur la photo, ressemble énormément à un prunus spinosa (j’en avais fait germé il y a deux ans). Serait-ce un croisement? Possible. Le futur nous le dira s’il se révèle assez rustique pour produire un jour!

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Dépliant informatif sur la mirabelle, document produit par le Verger conservatoire Hattonville (vraiment bien fait):

Tout savoir sur la mirabelle

Recherche sur les poiriers rustique

Un petit état de la situation pour ce qui est de mes expériences de rusticité et vigueur en ce qui a trait aux porte-greffes de poirier. En résumé; c’est du long terme, mais d’ici là, j’ai déjà des conclusions de tirées. En bonus, de nouvelles sources en fin de billet.

graines de poiriers en provenance du NCGR-Corvallis

Graines de poiriers reçues du NCGR-Corvallis – automne 2014

Ce billet fait suite la publication de mars 2015 suivante: https://poirespetitsag.wordpress.com/2015/03/11/pyrus-regelii-et-pyrus-korchinskyi-des-porte-greffes-rustiques-prometteurs-pour-zone-2-et-3/

Les variétés à l’essai à ce jour (comme porte-greffe de poirier):

– semis d’Ussuriensis, graines achetées d’internet (provenance inconnue)
– semis de John (hybrid Ussuriensis x communis Aspa)
– semis de variétés sauvages: p. nivalis (de Russie), p. Korshinskyi (1600m Kyrgyzstan) et p. spinosa (980m d’altitude en Albanie), p. regelii (800m Kazakhstan, -40’C)
-semis de communis de l’épicerie.
-greffe sur amélanchier

Mes semis, pour la plupart, en sont à leur deuxième année, sinon trois. Jusqu’à présent, les constats sont les suivants:

  • les graines d’ussuriensis d’internet (acheté depuis trois ans) n’étaient pas rustiques du tout. Celles-ci provenaient du sud des États-Unis et la pollinisation était ouverte, donc ceux-ci semblent avoir été croisés avec du non-rustique. Au final, il ne me reste qu’un plant et j’ai arraché tous les autres. En résumé, on achète jamais de graines de sources inconnues, pour s’assurer de la rusticité d’une variété, vous procurer quelque chose dans une même zone que vous ou dans les rayons de 100 km encore mieux.
  • les semis de John sont très vigoureux et, tout comme je l’avais lu dans un article sur le web, donnent d’excellents porte-greffes. Ils poussent bien et semblent assez résistants au froid et à la sécheresse.
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Des semis de John à leur deuxième année. Même plantée dans un endroit inhospitalier, ça pousse bien quand même.

Pour ce qui est des variétés sauvages:

Les p. spinosa et nivalis poussent très lentement. Personne de mort à date, mais après deux ans, les semis ne mesurent qu’environ 20 cm au maximum, pas plus. Le feuillage des spinosa est dentelé et fort joli. Eux aussi poussent lentement et sont peu vigoureux. Ils semblent assez bien résister à la sécheresse.

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Mes semis de pyrus nivalis ont bien résisté jusqu’à maintenant, mais poussent très lentement. Leur feuillage d’automne se fond dans le paysage du sous-bois. Les voyez-vous?

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Ici, on voit mes semis de pyrus spinosa d’Albanie. J’ai dû leur mettre des protecteurs contre les lièvres.

Les p. regelii, sensés être très résistants au froid, à la sécheresse et nains, sont effectivement assez résistants à la sécheresse, et nains. Toutefois, ceux que j’ai plantés dans du sable subsistent sans plus et j’en ai même perdu un. Ils semblent avoir quand même besoin d’un sol avec au moins un peu de nourriture/humus et un minimum d’eau pour prospérer. Mon plus gros fait environ 30 cm; c’est celui que j’ai le mieux planté/chouchouté.

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Un semis de regelii arborant ses couleurs jaunes d’automne.

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Mon plus beau plant de p. regelii avant sa coupe de cheveux. Les plants ont une forte tendance buissonnante.

Enfin, je termine avec le pyrus korshinskyi. Je n’ai réussi à faire germer qu’une seule et unique graine sur un lot de 25. Je confirme, celles-ci ne conservent pas leur viabilité longtemps.

Le plant a été déménagé au printemps et je l’ai planté sur le sommet d’une butte en plein soleil pour sa deuxième année. C’était le test ultime, puisque ceux-ci sont réputés être très résistants à la sécheresse et justement, recherchés afin d’être utilisés comme porte-greffe dans leur Russie d’origine.

Le résultat avant/après:

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p. korshinskyi au printemps 2016…

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Mon pyrus  korshinskyi à la fin de l’été (septembre). Il a plus que doublé malgré un mois d’août sans pluie.

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pyrus korshinskyi avec son feuillage d’automne d’un beau violet

Semis de p. communis: Pour avoir fait le test, étant donné qu’il tombe beaucoup de neige chez moi, utiliser des semis de Bartlett, Anjou, Comice ou Bosc comme PG à affranchir ne semble pas un problème pour le moment (ces variétés donnent toutes des semis vigoureux). Toutefois, je pourrais potentiellement avoir des problèmes avec les racines, advenant le cas d’un très gros froid de novembre/décembre sans neige, ou encore avec le feu bactérien. Éventuellement, je pourrais aussi utiliser des graines de mon Old Home, une fois que celui-ci aura enfin fructifié (j’espère des fleurs au printemps…)

Et pour toutes les variétés sauvages à l’essai (spinosa, nivalis, regelii et Korshinskii) je n’ai pas encore fait de tests de greffes, alors je ne sais pas du tout ce qui pourra arriver au niveau compatibilités.

Greffes sur Amélanchier – un suivi:

J’en suis à la troisième année pour mon Early seckel sur amélanchier et j’ai maintenant un Beurré d’Amanlis aussi sur amélanchier. J’espère des fleurs sur mon Early Seckel au printemps. Le résultat est encourant et très nanisant. Toutefois, il semblerait que les plants aient besoin d’amour (arrosage, engrais/humus), puisque dans un verger rustique non irrigué/arrosé, mes plants semblent en mode survie sans plus.

Early seckel sur amélanchier

Early seckel sur amélanchier en automne

Beurré d'Amanlis sur amélanchier

Ressources et bibliographie:

Et je termine avec quelques ressources, trouvées ici et là sur le web, traitant surtout de la recherche sur les porte-greffes pour poirier en climat rustique. Désolé, c’est encore en anglais.

Les deux premiers liens sont des articles de la revue Good fruit grower. Le premier étant sur les expériences de culture sur amélanchier (déjà partagé par le passé). Le second est tout récent et parle plutôt d’un verger au Vermont, celui de Todd Parl de la pépinière WaldnHeightsNursery. Celui-ci a été récipiendaire d’une bourse de recherche afin de tester les cultivars et porte-greffes de pommiers et poiriers rustique. Son site se trouve en altitude avec un climat et terrain montagneux, donc assez proche du mien (USDA zone 3). Son climat semble assez proche d’un zone 4 canadien je dirais.

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Source: Good fruit grower, 15 avril 2015: http://www.goodfruit.com/portfolio-items/april-15-2015/

in-the-hunt-for-cold-hardy-pears-good-fruit-grower (j’ai fait des pdf, car les liens du magazine ne semblent pas toujours bons).

Source: http://www.goodfruit.com/in-the-hunt-for-cold-hardy-pears/

Par curiosité, je suis donc allé voir le site de la pépinière en question et suis tombé sur les résultats de recherches  qui étaient publiés en ligne! Voir plus particulièrement les tableaux 14, 15 et 17.

Le lien: https://waldenheightsnursery.com/category/research/rssf

Le dernier lien est un vieil article de 1996, mais qui fait le point sur la recherche au niveau international en termes de culture fruitière rustique, avec un bon bilan de ce qui se faisait à l’époque en terme de recherche au Canada. J’étais content d’apprendre que le réputé Harrow Queen est supposé être plus rustique. À confirmer donc.

http://www.nrcresearchpress.com/doi/pdf/10.4141/P96-013

(PS: Si vous êtes intéressés par les publications scientifiques sur les poires, je vous conseille de consulter ce qui se fait au niveau international, car un symposium scientifique est tenu mais je ne suis pas certain de la fréquence. Les textes présentés sont listés ici, sous « International Pear Symposium »: http://www.ishs.org/european-and-asian-pears

Conférence de novembre sur l’art de la greffe est en ligne!

Vous avez manqué la conférence sur la greffe en milieu rustique du début novembre dernier à l’Université Laval?

Que cela ne tienne, les gentils bénévoles et organisateurs de VIA Agro Écologie l’ont filmée et le tout est désormais en ligne ici: https://www.youtube.com/watch?v=BY_fmK5xLNI

Sans prétendre à la science infuse, ni à la vérité absolue, le tout se voulait une conférence présentant le résultat de mes recherches et expérimentations à ce jour. Quand on parle en « Je » et de ses expériences personnelles, d’habitude, c’est difficile de se tromper.

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En gros, j’y présente mon projet de permaculture en zone 3, au Saguenay. J’y aborde les variétés de fruitiers rustiques, les greffes (greffons et porte-greffes) ,et surtout, j’y partage mes sources à ce jour (végétales et bibliographiques).

Bon visionnement! 🙂