l’hiver, la saison du shopping – ou comment bien choisir son fruitier

Ça y est! L’hiver et la neige sont arrivés et seront avec nous pour quelques mois.
C’est la saison idéale pour les lectures et surtout, pour le magasinage de nouveaux fruitiers, soit comme nouveaux arbres, soit comme remplacement.

Après quelques essais et erreurs, je me permets de partager quelques critères essentiels à la sélection du bon arbre fruitier. C’est que pour l’avoir vécu, dans notre engouement initial, nous sommes souvent portés à nous laisser séduire au printemps par des coups de cœur en pépinière: des beaux arbres souvent en fleur, dont les branches sont bien formées et qui semblent prêts à produire en un rien de temps.

Par contre, qui n’a pas vécu la triste expérience de voir son arbre tomber malade ou pire encore, mourir gelé au premier hiver venu? Alors au-delà du magasinage, il faut aussi en profiter pour faire un minimum de réflexion sur les achats à venir, ce qui vous évitera bien des déceptions et pertes de temps et d’argent.

Liste des critères essentiels à considérer

pour le choix d’un BON cultivar pour vous!

  1. La rusticité
  2. La résistance aux maladies – et insectes*
  3. Le fruit obtenu (saveur et utilisation).
  4. La saison de fructification
  5. Le temps de conservation
  6. Le bon porte-greffe
  7. La quantité de fruits désirés

Préalable: Avant tout, bien choisir le site, avec un bon sol et un bon ensoleillement et humidité suffisante. Sans élaborer davantage sur ces points, je reviens sur mes critères essentiels que je détaille un peu davantage.

1- La rusticité: la plante doit être rustique selon votre zone de culture, et idéalement, choisir quelque chose une zone en dessous. Par exemple, si vous êtes en zone 4 à Québec, pour être certain qu’un hiver exceptionnellement froid ne vienne pas à bout de vos arbres, il est plus sûr de planter un arbre qui résistera jusqu’en zone 3.

Voir la carte suivante: http://www.planthardiness.gc.ca/index.pl?lang=fr

Les zones de rusticité approximatives au Québec

2- La résistance aux maladies – et insectes*: pour moi, ce critère arrive en second, car je crois à l’agriculture biologique, donc avec un minimum de pulvérisation possible et d’intrants chimiques. Les résistances aux maladies les plus courantes et essentielles, selon moi, sont la tavelure (bien que ce problème soit surtout esthétique) ensuite au feu bactérien. Sachez que pour ce qui est des insectes, il n’existe pas de fruits « résistants »*. Les populations d’insectes devront nécessairement être contrôlées, tout comme les animaux sauvages. La résistance à la sécheresse peut aussi être un critère important, mais surtout pour les francs ou sinon pour le porte-greffe, selon le site de culture choisi.

* Je nuance ici mon point de vue sur la résistances aux insectes: il existe effectivement des variétés de fruitiers, dont de pommes, qui sont plus résistantes – ou moins sensibles – aux carpocapses, aux tétranyques par exemple, tout comme certaines variétés de poires sont plus résistantes aux psylles, aux tenthrède limace ou aux carpocapses. Par contre, au final, je ne pense pas qu’une variété fruitières peut être vraiment considérée immunisée. Il va toujours falloir surveiller les populations d’insectes ou prédateurs, du moins un peu. C’est davantage comme ça que je le vois. Par contre pour l’avoir vécu avec les cassis Ben Conan par exemple avec les tétranyques, certaines variété sont carrément sensible aux insectes et sont alors à éviter.

3- La saveur du fruit: à quoi bon faire pousser un arbre complet d’un fruit qu’on n’aime pas et surtout, dont l’usage ne nous intéresse pas. J’ai vu des gens avec un pommier Lodi (pomme verte à tarte) sur leur terrain dont tous les fruits tombaient au sol dans le plus grand désintérêt total. Ne pas oublier qu’en automne, un arbre produira une grande quantité de fruits. À moins d’avoir une variété de longue conservation et un entrepôt réfrigérées, les pommes seront toutes prêtes en même temps et il faudra gérer cette grande quantité de fruits et surtout, avoir envie de les manger ou le temps et l’envie de les transformer. N’oubliez pas! Un fruit réfrigéré se conservera toujours beaucoup plus longtemps qu’un fruit à température pièce.

4- La saison de fructification: si vous plantez plusieurs pommiers, poiriers ou pruniers, la saison de fructification est un élément important à considérer puisqu’il permet de mieux répartir la production, de la fin de l’été à la fin de l’automne. Si on ne peut avoir que trois pommiers, mieux vaut planter une variété hâtive, de mi-saison, puis tardive. Ceci permet de répartir la production et de pouvoir profiter de pommes plus longtemps, sur une période de trois à quatre mois, voir jusqu’à l’hiver.

5- La période de conservation: cet élément est ici crucial quand on veut avoir le temps de profiter de sa production plus longtemps. Certaines pommes se conservent au plus une semaine, alors que pour d’autres, c’est plusieurs mois. C’est donc un élément très important quand vient le temps de choisir ses variétés.

Le fidèle Norland, à Petit-Saguenay. Bien que sa production soit plutôt biennale, il produit tout de même une quantité phénoménale de pommes qui doivent être mangées, au mieux, en dedans d’un mois.

6- Le bon porte-greffe: cet élément est vital. J’en ai déjà plusieurs fois parlé, mais le choix du bon porte-greffe est essentiel au succès de la bonne croissance de votre arbre. Je ne stresserai jamais assez l’importance de tout d’abord savoir quel est le porte-greffe utilisé pour votre plante; sa vigueur, sa résistance à la sécheresse et aux maladies, la taille (grandeur) qu’il confère. Obtiendrez-vous un arbre de 10 mètres ou de 2 mètres? Une fois le bon porte-greffe trouvé, mieux vaut acheter un petit arbre d’un an ou deux, greffé sur le porte-greffe choisi que de perdre 5 ans à cultiver un arbre qui ne réussira jamais bien, sinon mourra lors d’un hiver plus froid ou lors d’une soudaine éruption de maladie au verger.

7- La quantité de fruits désirée: si vous êtes une personne seule ou que vous êtes deux, combien de fruits pouvez-vous manger ou transformer en une année? Selon le document suivant d’agriréseau, un pommier planté en moyenne densité, soit avec une distance de 12 3,64 m (ou 12 pieds) finira par produire annuellement jusqu’à 65 kg de pommes annuellement, quoique certaines variétés de fruitiers ont tendance à plutôt produire davantage aux deux ans. N’oubliez pas que la météo (printemps pluvieux, gel) peut carrément empêcher la production entière d’une variété X ou d’un type d’arbre ciblé. Au-delà de la quantité, la diversité ne peut être qu’un gage de réussite. Et si vous ne voulez pas planter douze arbres (3 pommiers, 3 poiriers, 3 pruniers, 3 cerisiers), pensez aux greffes! Un seul pommier peut très bien être greffé avec plusieurs variétés sur un seul arbre afin d’optimiser l’espace disponible.

Quelques références:

L’étude de rendement par type de densité de plantation d’agriréseau: https://www.agrireseau.net/reseaupommier/documents/Profitabilit%C3%A9%20selon%20la%20densit%C3%A9%20de%20plantation.pdf

Tableau des variétés recommandées pour la culture en Alaska (APFGA) avec différentes critères, comme la résistance au froid (hardiness) : http://www.apfga.org/fruit_varieties/

Publication sur les cultivars résistants à la tavelure et aux maladies pour l’Ontario (attention à la résistance au froid): http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/scabresist.htm

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Porte-greffes rustiques des pommes: le pommetier Selkirk et autres Ranetka de ce monde

Quelqu’un me demandait récemment quelle était mon expérience avec l’utilisation des porte-greffes de type pommetier Selkirk pour les pommiers.

Pour ce qui est de l’utilisation des Selkirk comme PG, si c’est des clones, pas de problème. Bien que ceux-ci ne soient pas toujours compatibles avec les variétés de pommes greffées, ce sont des pommetiers rustiques, résistants aux maladies et à la sécheresse et qui donnent en général de bons résultats.

Toutefois, dans mon cas, dans ma grande hâte d’avoir un verger rapidement et à peu de frais, j’avais acheté un lot de semis de Selkirk de Montréal et des environs (donc au parent pollinisateur inconnu). Les résultats ont été très décevants: croissance et vigueur aléatoire, la moitié (même plus) des porte-greffes n’étaient pas rustiques, problèmes d’incompatibilité et surtout, perte de temps et d’arbres.

La morale de cette histoire: mieux vaut investir un peu d’argent dans des porte-greffes fiables et éprouvés que perdre plusieurs années (temps et argent) sur un porte-greffe issu de semis, donc aux caractéristiques aléatoires.

C’est que même si le parent est un rustique éprouvé, quand le deuxième parent est inconnu, rien n’est certain quant à la rusticité du pollinisateur et donc, le résultat peut donner n’importe quoi.

J’avais vu un super vidéo sur un français qui prônait l’utilisation des plantes locales le plus possible dans l’implantation d’un verger en permaculture. Et je confirme, c’est une bonne idée dans la mesure où l’on réussit à mettre la main sur des pommetiers ou poiriers rustiques qui réussissent bien dans notre coin, et qu’on peut propager facilement pour en faire des porte-greffes.

Pour ma part, et pour ce qui est des pommiers, j’utilise désormais le porte-greffe B118 (Budagovsky ou bud). Celui-ci est résistant à la sécheresse, rustique (z3, peut-être z2), de bonne taille (moyenne) et de bonne vigueur pour chez moi. De plus, sa couleur bourgogne le rend facile à identifier, au cas de repousse du porte-greffe.

Un plant de Bud 118 avant de recevoir son greffon le printemps suivant. Le feuillage presque bourgogne est facilement identifiable.

À propos du Bud 118 (en anglais): Apple Rootstock Info: B.118 – eXtension

Des images du porte-greffe Bud118 sont disponibles ici: https://www.flickr.com/photos/67002978@N02/albums/72157627492272255

Pour ma part, je suis convaincu. Vive les clones! C’est tellement de temps et d’investissement faire pousser un arbre, ça ne vaut pas le coup (ni cout) de prendre des risques inutiles.

PS: Il est disponible chez Whiffletree, en Ontario.

Je termine avec un lien sur une réflexion similaire qui avait été faite par Mark Weaver et paru dans un article du journal de l’APFGA (alaska pioneer fruit growers) sur la supposée rusticité du Ranetka (en anglais):

Ranetka is a Ranetka is a . . . ? (Some Inconvenient Observations about Apple Rootstocks) By Mark Weaver — December 2012

Évaluation à ce jour des poiriers rustiques à Petit-Saguenay (zone 3)

Je le confirme, la culture des poires en z3 est bien possible. Mes résultats à ce jour sont très prometteurs et encourageants!

Par contre, mieux vaut commencer en plantant de l’hyper rustique. Vous pourrez toujours compléter votre collection avec de la greffe en tête (intermédiaire) de variétés plus fragile afin d’augmenter votre zone de rusticité d’au moins 1 (de z3 à z4 disons). C’est de cette façon que j’ai réussi à garder pendant plusieurs années plusieurs cultivars réputés z4 à Petit-Saguenay, en montagne limite z2 (hivers à -45’C).

Source: Fruits de verger pour les prairies (1982) – Agriculture Canada

Pour plus de détails sur la technique de greffe en question, voir la section Greffage intermédiaire à la page 30:

Fruits de verger pour les prairies (1982) par Agriculture Canada – A53-1672-1982-fra

 

Voici de quoi a l’air mon Ure avec entre quinze et vingt greffes différentes, mais en ayant conservé le tronc et la base des branches (sa structure rustique) de l’arbre intact afin que celui-ci garde ses propriétés rustiques, et ça fonctionne! Au pire, je perds un bout de branche, mais pas l’arbre.

Voici donc la liste des cultivars que j’ai à ce jour et le nombre d’années que j’ai réussi à les conserver.

Je commence avec les moins rustiques:

Z4-5 NON rustiques (même greffés en tête) sinon morts – Éliminés

Giffard, Clapp’s Favorite, Kieffer, Tait dropmore, Pioneer #3 (rusticité incertaine).

 

Z3b-4 (rustique, mais limite, je perds parfois des greffons) – survécus à 2-3 hivers à ce jour:

Beauté Flamande, Miney, Somercrisp, Gerry (type Bartlett de Montréal), Gras vert.

 

Z3 (fonctionne bien en greffe en tête) – survécus à 2-3 hivers à ce jour:

Phileson, Early seckel, Old home, Westfort, Parker, bloodbirne (sanguine), Patten,

 

Très rustique (solo hors de la neige en z2) et à utiliser comme porte-greffe:

Golden Spice, John, Olia, Ure, Lada, EarlyGold (JefGold), semis de poiriers Ussuriensis de Québec, Korshenskii X

De ce lot, les Ure sont pour le moment, les meilleures incontestées au point de vue gustatif, Beedle serait tout aussi rustique et tout aussi bon, peut-être même meilleur, mais reste à mettre la main dessus.

Ure – du bonbon! 17 brix au réfractomètre, une bonne balance de sucré et acide, pas ou peu d’arrière-goût âpre. Ferait probablement un très bon poiré, j’ai hâte d’essayer ça… un de ces jours.

En évaluation :

Harvest Queen, Beurré Amanlis, Luscious, Mission (Joinville, Wright), Northbrite, Philip, St-Julienne, Ste-Sophie, Savignac, Larinskaya, Kurskaya, Ya Li, Kikushui, pyrus regelii, pyrus nivalis et pyrus spinosa.

 

En conclusion, voici quelques sources vraiment intéressantes d’autres recherche similaires conduites celles-ci dans deux autres vergers. Je les considère « nordiques », même si dans les deux cas, c’est plus chaud que chez moi. Je m’excuse à l’avance, tout est en anglais.

Le premier est le verger Walden Height Nursery and Orchard du Vermont. Le propriétaire, Todd Parlo, a reçu une bourse de recherche afin de sélectionner des cultivars de pommes et de poires rustiques:

L’article de Good fruit growers: http://www.goodfruit.com/in-the-hunt-for-cold-hardy-pears/

Le résultat de ses recherches: https://waldenheightsnursery.com/category/research/rssf

Et un dernier lien, les articles de Claude Jolicoeur (il a un verger sur le bord du Fleuve à Petite-Rivière-Saint-François). Je considère donc qu’il est tout de même en zone plus chaude qu’à mon terrain. Il a écrit au moins deux articles sur ses résultats:

Voir les articles de 2002 et 2008 publiés dans la revue Pomona: http://cjoliprsf.awardspace.biz/#pomona

Un poirier John à Petit-Saguenay. Les poires sont peut-être surtout pour la cuisson, mais il est est rustique comme pas un.

Les fixateurs d’azote – un bilan

L’azote est l’élément indispensable à la croissance d’une plante, plus particulièrement pour la pousse en vert. Quand on achète un engrais, le premier chiffre des trois, c’est l’azote.
Par exemple, le 20 20 20 c’est Azote (vert), Phosphore (racines) et Potasse (fleurs et fruits).
Un fixateur d’azote : c’est une plante qui fixe l’azote de l’air avec ou sans symbiose avec des bactéries favorables dans le sol, pour ensuite rendre cet azote biodisponible aux autres plantes, soit lorsque les plantes fixatrices sont récoltées, déchiquetées ou lors de leur décomposition.
Ces plantes sont presque toutes de la famille des Fabaceae.
C’est donc une façon pérenne de se créer son propre engrais, une notion de base de la permaculture.

Au fil de mes lectures, j’avais donc identifié plusieurs plantes inspirantes pour utilisation sur ma terre, disséminées au travers du verger. Les voici, des plus grandes aux plus petites:

Arbres

Robinier faux Acacia (Robinia) : Les arbres sont jolis et font de jolies fleurs. On en trouve plusieurs dans la région de Québec métropolitain. J’ai ramassé des graines que j’ai plantées au Saguenay.
Constat: Après trois-quatre ans de culture, la plante est non rustique en zone 3. De plus, les quelques survivants perdent leurs feuilles trop tard et gèlent au niveau de la neige chaque hiver.
Les branches produisent des épines épouvantables, ce qui est un calvaire à manipuler et tailler et enfin, l’arbre est envahissant, ce qui veut dire que celui-ci produira des rejets jusqu’à 3-4 mètres plus loin.
Conclusion, à éviter comme la peste! À moins d’essayer une variété sans épine, je ne le recommande pas du tout.

Le Robinier au Saguenay, un échec. À éviter, car non rustique, envahissant et les épines sont atroces.

Févier d’Amérique ou Épineux (Gleditsia triacanthos L.) : Arbre à croissance lente et très très épineux.
Pour le moment, le mien survit bien. Il pousse très lentement et étant petit n’a pas encore subi de dommage de la neige (le mien fait environ 2m après 3 ans).
Encore une fois, j’aurais préféré une variété sans épines, car les branches sont impossibles à manipuler. Mais au moins, il n’est pas envahissant comme le Robinier, car n’a pas produit de rejets par les racines. Je crois que cette espèce vaut la peine à tester et cultiver. Il est souvent utilisé comme haie. Reste à voir si la rusticité suivra.

Pois de Sibérie (Caragana Arborescens) : Arbuste/Arbre épineux, mais beaucoup moins que les deux premiers, qui peut venir jusqu’à 4 m de haut. Il est assez rustique, même si j’ai réussi à en prendre un. Le caragana est souvent utilisé comme haie et croit rapidement et facilement à partir de graines (ne perdez pas votre temps avec des boutures). Les pois immatures que l’arbre produit sont comestibles, mais je ne connais personne assez « mal pris » pour les manger.
À recommander vivement! Facile à cultiver et à contenir. Un bon ajout au verger.

Argousier (Hippophae rhamnoides) est un arbrisseau dioïque (male et femelles) épineux qui peut atteindre de 1 à 5 m. Pour le moment, j’en cultive quelques plants depuis quatre ans et j’en ai quatre qui ont survécu. Les miens ne sont pas envahissants du tout, mais très épineux. Je me suis acheté une variété sans épines, pour comparaison.
Constat : Les arbrisseaux ne sont pas si rustiques. À ce jour, les miens se font malmener par la neige et la glace. De plus, les variétés épineuses sont très désagréables à manipuler lors de la taille. Si vous optez pour ce genre de plante, sélectionnez des variétés rustiques sans épines à gros fruits, sinon vous risquez de perdre votre temps. De plus, dernier point, certains disent que la plante peut produire des rejetons par les racines et devenir envahissante, bien que je n’ai pas rencontré ce problème chez moi.

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Vivaces

Lupins : Ils ne croissent pas bien dans mon coin qui est plutôt sec, de plus, les pucerons les adorent et les plants se retrouvent systématiquement envahis par des colonies de fourmis qui élèvent les pucerons dessus.
Constat : ne fonctionne pas chez moi.

Le lupin indigo (baptisia australis) : plante buissonnante qui croît en touffe d’environ 1m. Très jolie et non envahissante. Toutefois, j’en ai planté plusieurs (semis) et ceux-ci, bien qu’ils survivent, ont beaucoup de difficulté à s’établir et réagissent très mal à la sécheresse. Donc à moins d’avoir un endroit humide et riche, à oublier.

Trèfle des prés (violet) : Très prolifique, mais croit jusqu’à 50 cm de haut, ce qui est un peu haut à mon goût, à moins de vouloir passer la faux.

Trèfle blanc : Très prolifique et s’installe facilement lorsque semé à graine. Certains le trouvent trop envahissant, mais on le suggère souvent comme plante à labourer afin de revivifier un sol.
Constat et utilisation : De mon côté, je m’en sers comme les anciens le faisaient, soit comme couvre-sol du verger (en mélange avec du thym). Il sert peut-être de refuge aux rongeurs, mais je tonds bas plusieurs fois dans la saison et semble garder un bon contrôle des populations. Le trèfle est facile de culture et croit de façon généreuse, ce qui est parfait pour moi.

Le verger avant la tonte. Au pied du pommier, on peut voir la consoude à gauche, en haut des jonquilles (repoussent les mulots), et de la bourrache à droite.

Pois sauvages (Vesces): Utilisé en maraichage comme engrais vert. Pour ma part, j’évite, car c’est envahissant et ça grimpe partout. Je les arrache plutôt que de les semer.

Radis japonais ou daikon : Ma seule expérience est celle de cette année. J’ai semé les graines au printemps et celles-ci ont tout de suite « monté en fleur ». Il faudrait apparemment attendre après le solstice du 21 juin avant de les planter. C’est donc partie remise dans mon cas. Je n’ai qu’un seul radis qui a poussé jusqu’à maturité et il avait, effectivement, une racine profonde qui aurait bien aéré et nourrit le sol. Toutefois, c’est nous qui l’avons mangé (c’est doux et très bon en soupe).

La radis japonais ou Daikon

Raifort (Armoracia rusticana) de la famille des Brassicoideae, soit des choux. Cultivés surtout pour ses racines, le feuillage et la hampe florale qui ressemble à des rapini, ont un bon goût piquant.
Avantages : les racines plongent profondément dans le sol et peuvent créer de l’ombrage à des petites plantes plus fragiles à la sécheresse. Inconvénients : plutôt envahissant. Une fois installé c’est presque impossible de s’en débarrasser ; le moindre petit bout de racine repoussera. Malgré ses défauts, j’en ai planté un peu partout dans le verger, aux périphéries des racines des arbres.

La raifort est facile à faire pousser, mais attention! C’est envahissant. Sur la photo, il a bien protégé mon petit poirier, mais a envahi l’espace autour du petit arbre.

Consoude : Plante vivace généreuse et facile de culture, qui produit beaucoup de feuillage et qu’on peut récolter deux à trois fois dans la saison pour en faire un purin vert (on récolte le feuillage qu’on met dans un baril avec de l’eau pendant quelques jours). Il faut planter, des préférences, les variétés qui ne produisent pas de graines, au risque de se faire envahir.
Résultats : J’en ai récupéré quelques plants sauvages trouvés sur les plaines d’Abraham. Même si les miens semblent produire des graines, je n’ai, pour le moment, pas de difficulté à les contenir. Je suis en mode propagation, car je veux éventuellement en avoir à la base de chacun de mes fruitiers. Je recommande chaudement, car une fois installée, la plante se divise et multiplie facilement par morceaux de racines.

Bourrache : Même famille que la consoude, mais annuelle celle-là. Je l’affectionne bien. J’en ai planté à la base de tous mes fruitiers et elle se resème chaque année. En plus, le feuillage est très bon, après cuisson.

Patates chapelet ou glycine d’amérique (Wisteria frutescens): Très facile de culture, j’en fais pousser depuis plusieurs années. C’est une plante grimpante qui pousse à partir de tubercules comestibles surnommés les patates chapelets. Elles n’ont qu’un seul défaut, les rhizomes courent et se promènent sous le sol pour s’éloigner du site de culture. À tous les deux ans, je dois creuser et ramener mes plants dans leur site initial. J’en profite alors pour faire une petite récolte que je me fais cuire. En plus, les fleurs sont jolies!

La glycine américaine, facile à faire pousser, sauf qu’elle ne repousse pas au même endroit.

Voilà ! Il y en a d’autres, mais c’est celles que j’ai essayées jusqu’à maintenant.

Pour en savoir plus

Bon repos d’hiver !

Qu’est-ce qu’un brix et un réfractomètre?

Quand on lit des textes sur les fruits, on constate que ceux-ci se voient souvent attribués une valeur de Brix, sans qu’on sache ce que c’est, ou ce que ça représente.

Tout d’abord, on parle en fait de l’Échelle de Brix, et celle-ci sert en fait à mesurer le taux de saccharose (sucre) dans un liquide. Et plus le °Brix est élevé, plus l’échantillon est sucré.

Alors, c’est quoi un réfractomètre et quelle est son utilité?

Un réfractomètre, c’est simplement un tube avec des lentilles qui permettent de mesurer l’indice de réfraction d’un milieu, soit d’ainsi extrapoler la densité d’un liquide (par exemple du jus) et par le fait même, son taux de sucre.

Je vous présente mon nouveau réfractomètre RHB-32ATC

Son fonctionnement est très simple, on dépose quelques gouttes de liquide (jus de fruit en l’occurence) sur la surface bleue de la lentille, soit sur l’extrémité en angle et on referme le clapet transparent sur cette goutte. Le couvercle/plastique crée ainsi une pression sur le liquide. Voir le schéma ici:

C’est super utile quand on veut savoir par exemple si un fruit est bien mûr ou pour la préparation d’un jus ou de moult à fermenter et ainsi, pouvoir extrapoler approximativement quel sera notre taux d’alcool. C’est tout aussi pratique si on désire se garder des statistiques ou son information personnelle.

Et en passant, c’est léger, facile à transporter et ça ne prend pas de batterie.

Chez les fruits, on peut s’attendre à ce type de valeur selon les familles de fruits:

Oranges, poires, fraises, pêches, cantaloup

5 – 15%

Pommes, melons, jus de fruit, vin de raisins

10 – 20%

Raisins

10 – 30%

Par exemple: une pomme dont le taux de sucre est inférieur à 12 Brix est considérée comme une pomme « surette », ce sont souvent des pommes de début d’été tel que les Jaunes transparentes ou Lodi. Normal, ces pommes hâtives n’ont pas le temps d’accumuler de sucre dans le fruit très longtemps.

Vous irez consulter le document suivant qui a justement le degré de Brix de pommes Melba et de pommes jaunes et leurs donnent un taux de 11, donc peu sucrées. Voir le tableau en page 3, mais lors d’autres lectures, la McIntosh n’obtenait pas mieux avec un 11,1 seulement. Voir https://www.cetab.org/system/files/publications/cetab_2013._profil_varietes_ancestrales_pommiers_centre-du-quebec.pdf

Est-ce que ça voudrait dire qu’une bonne pomme contient préférablement un haut taux de sucre, 20 Brix serait excellent par exemple?

Ce n’est pas si simple. C’est qu’un fruit, ça ne contient pas que du sucre. Il faut aussi considérer le taux d’acidité ainsi que l’amertume et le tannin (pensez cerise à grappe ou les spitter en anglais), sans oublier l’umami. C’est donc un ensemble de toutes ces valeurs qu’il faut considérer afin de déterminer si un fruit est bon ou pas. Un fruit qui est très sucré, mais sans acidité et amertume, est, selon moi, inintéressant (un bon exemple, c’est une pomme de variété Délicieuse).

 

Pour plus de détail sur les réfractomètres: https://www.mesurez.com/refractometre-principe-mode-emploi.html

Bonne récoltes et bonne mesures!

Poire Ure, Pomme William’s pride et Ours

Pas facile de cultiver en forêt nordique!

Ma mère a toujours dit: « récolter des fruits par ici, ça tient du miracle. Quand on réussit à faire survivre un arbre au froid, à la sécheresse et aux maladies, après, faut encore qu’il résiste aux insectes, rongeurs et animaux plus gros. Quand c’est pas rendu qu’à la récolte, on se fait voler nos fruits par les porcs-épics, oiseaux,, écureuils ou encore… les ours. »
C’est plein de sagesse, parce que c’est vrai. La fin de semaine dernière, j’était même à mon terrain, sur place. Je venais tout juste de cueillir ma première William’s pride, qui était enfin prête. On la disait partout une pomme d’été, prête en août. Et bien à Petit-Saguenay, c’est à la mi-septembre, soit effectivement deux semaines après la saison des Norland.
En plus j’avais bien protégé mes pommes contre les oiseaux ou chevreuils avec un filet, ce qui fonctionne très bien.

J’ai donc cueilli une première pomme que j’ai amené chez mes parents qui habitent en face afin de la déguster au souper. Miam et quelle couleur! J’imagine que le fait de l’avoir greffé sur un pommetier pourpre a intensifié les teintes rouges à l’intérieur. Sinon, un bon goût sucré, tannin et un peu acidulé vraiment chouette. Miam! J’avais hâte de cueillir les autres pommes.

William’s pride (la fierté de William) – un pomme hâtive, mi-septembre au Saguenay, dont la peau est d’une belle couleur rouge-pourpre foncé et dont la chair se teinte également de rouge à l’intérieur. On voit, par la coloration des pépins, que la pomme est bien mûre.

Par contre, on était en plein souper quand ma mère (ou mon père) ont remarqué qu’un gros ours rodait près du poulailler. Le simple fait de sortir sur la galerie l’a fait fuir et quelqu’un l’a même poursuivi jusqu’à l’orée de la forêt, piqures de guêpe en bonus.

J’ai quand même pris le temps de finir mon souper, en me disant qu’il valait mieux récolter mes pommes, avant que l’ours ne revienne.

Au retour au chalet, un autre ours, plus petit, était en train d’émonder gaiement le pommetier en cassant les branches du haut pour manger les pommettes au sol. Vite! On le chasse, lui aussi, avant de se rendre compte qu’il avait déjà plumé mes précieuses greffes et donc toutes les grosses pommes sur autre pommetier. Même les Honeycrisp y sont passées, malgré qu’elles n’étaient pas encore mûres, mais pas du tout. Ça ne devait pas gouter très bon, mais apparemment, l’ours, il est pas difficile.

NOTE: En passant, le William’s pride est limite rustique, j’ai réussis à le faire fructifier, mais greffé en tête d’arbre seulement.

Au moins, jaurai pas tout perdu. Ma consolation, c’est que j’en aurai goûté au moins une et qu’il n’est pas parti avec la branche greffée.

Sauf que ça remet en perspective.

J’ai lu quelque part qu’un fil électrique, comme pour les vaches, ça fonctionne bien.

En tout cas, c’est pas simple de produire des fruits dans le bois.

Sinon, sur une note plus joyeuse, j’ai enfin trouvé des poires Ure au marché public de Québec! C’est la ferme François Bélanger, de l’Ange-Gardien (coin de la côte de Beaupré) qui les produit. J’étais super content. Enfin! Depuis le temps que j’en cherchais.

Les poires Ure, de petits fruits, sucrés et un peu acide, avec presqu’un goût de miel! La pelure est un peu dure, mais c’est tant mieux pour le transport de toute façon. Très peu de cellules pierreuses en plus.

Du bonbon!

Les fruits sont petits, mais on leur pardonne tellement ils sont bons. Miam! Que du bon, pas de cellule pierreuses, une bonne balance de sucré/amer, pas âpre du tout. J’adore! Ça me donne encore plus hâte que mon arbre produise. Peut-être l’an prochain?

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Ure – Du bonbon! 17 brix au réfractomètre, une bonne balance de sucré et acide, pas ou peu d’arrière goût âpre. Ferait probablement un très bon poiré, j’ai hâte d’essayer ça… un de ces jours.

Et sinon, j’ai récolté mes kiwis. J’ai finalement la preuve que le kiwi Kolomikta est cultivable au Saguenay. C’est surtout, donc, une question de taille et de les protéger avec la neige. J’avais récolté une poignée de fruits début septembre et après quelques jours, ceux-ci s’étaient attendris, donc ils étaient prêt à manger. Rendu à la mi-septembre, certains fruits étaient déjà trop mûrs. J’ai donc tout récolté et mis au frigo. On les sort à mesure qu’on veut les manger en les laissant température pièce. Ils sont prêt quand ils ont ramolli.

Mes kiwis kolomikta tardifs. La taille a bien fonctionné, j’ai enfin une récolte.

Peut-être pas faramineux, mais pour quatre buisson, c’est pas si mal. J’en aurais eu davantage si je n’avais pas fait de l’échantillonnage depuis le début août. Et… ça goûte pareil à des kiwi du magasin.

Autre coup de cœur cette année, les achochas. Comme on dit, ça produit tempête! J’ai vécu la même situation que la blogueuse que j’avais lu l’hiver dernier. Été sec, concombres qui n’ont rien produit alors que mes deux plants d’achochas ont produit une quantité impressionnante de petits concombres.

Seul défaut, ce n’est pas juteux. Ça goûte un mélange de concombre et de courge chlorophyllée, mais sans jus au centre. Donc, ça se mange frais, ou sinon on le fait cuire en sauté et c’est pas mal. Même vapeur.

Au final, de belles récoltes, je garde le moral et maintenant, c’est l’heure de la popote et de la préparation des pommettes et autres légumes surabondants. J’ai bien hâte de faire mon vin, cette année, ce sera cerise à grappe et aronia, ainsi qu’une autre recette probablement au cassis. À suivre!

Je termine avec une photo de mes coings japonais. J’en aurai encore une production monstre cette année, plus encore que l’an dernier. Gelée et autres recettes à venir. J’attends qu’ils gèlent avant de les récolter pour un maximum de saveur. Des intéressés?

Bonnes récoltes, bon équinoxe et bonne popote! 🙂