Le circuit du Paysan – visite de vergers et réflexions sur la culture commerciale

Il y a deux semaines déjà, je profitais de notre automne doux pour aller visiter un ami virtuel comme j’aime les appeler, soit un connaissance faite via les forums de discussions et les blogues. Cet ami est nul autre que Loïc Chanut, le propriétaire de la Cidrerie Entre Pierre et Terre. Tant qu’à me rendre à plusieurs heures de route de chez moi, nous en avons profiter pour louer une chambre dans un bed and breakfast (café couette), au gite au Petit Ruisseau, du verger du même nom, situé à quelques kilomètres. Il n’en fallait pas plus pour découvrir une région insoupçonnée puisque nous nous trouvions directement sur le Circuit du Paysan (dont j’ignorais tout avant d’y aller).

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Le gite Au petit ruisseau, tenu parles sympathiques Johanne et Richard.

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Pour un début novembre, la température était splendide.

Quelle n’a pas été ma surprise de découvrir un coin de pays à tout juste une heure de Montréal regorgeant de vergers! Wow! Un trésor caché inconnu jusqu’alors que je découvrais avec grand plaisir. Un verger, puis un autre, puis encore.

Ce fut donc une fin de semaine entière passée à visiter les quelques vergers encore ouverts et surtout, à profiter de la saison tardive pour discuter avec les propriétaires et viticulteurs sur place. Une fin de semaine riche en échanges et en connaissance. J’ai pu échanger sur des sujets qui me tiennent à cœur tel que la permaculture, l’application et al gestion de pesticides, mais aussi de lutte intégrée.

Des belles discussions qui confirment mes craintes. Plus l’entreprise est grande, plus la gestion est « chimique » et préventives donc plus on épand avec ou sans symptômes. Si une bibitte ou maladie est détectée dans le coin, on vaporise. Aucune chance à prendre sur une culture de 10 000 arbres, voire plus.

Même pour ce qui est des petits vergers (je parle de 400-600 arbres), râres sont ceux qui utilisent les méthodes de lutte intégrée. On épand systématiquement. Les cultivars cultivés sont presque tous les mêmes et dictés par le marché. J’avoue avoir été un peu déçu à ce sujet. Mais ce qui dicte ce qu’on plante, c’est le consommateur et pour boire il faut vendre.

Un autre point intéressant discuté, est que la plupart des gens qui exploitent de petits vergers en vivent tout juste, à moins de bénéficier de revenus d’appoint, comme un revenu de retraite. Presque tous les vergers visités avaient un kiosque ou ils vendaient des produits transformés de la pomme: compote, gelée, jus, vinaigre, cidre, pour faire un peu plus. Et plusieurs exploitaient également une portion de terrain avec des érables afin aussi d’en vendre aussi les produits transformés (sirop, sucre, beurre d’érable). De plus, la plupart offraient des service d’auto-cueillette, d’activités de groupes et autres.

Le constat: un verger, c’est beaucoup de travail et peu/pas payant.

Donc, ça fait du bien une douche froide de réalité. L’agriculture, c’est beaucoup de labeur, gérer beaucoup d’inconnus (la température, les ravageurs, récolte jamais certaine). Et qu’il ne faut pas trop en dépendre pour vivre.

Malgré tout ça, j’ai adoré ma visite.

J’ai adoré puisque j’ai aussi fait une visite et rencontre intéressante en ce qui a trait au raisins et vins. Nous sommes allés visiter le vignoble le Chat botté, et avons discuté un bon moment de cépages et de vigne avec Normand Guénette, le propriétaire. Des belles discussions s’en sont suivies, d’échanges inspirants qui m’ont presque donné envie de me lancer dans mon propre projet de vignoble tant Normand est passionné. J’ai adoré leur vin rouge, particulièrement la cuvée 2014 en vente à la SAQ. Je vous le recommande chaudement. Un assemblage de Frontenac noir, de Marquette, de Sabrevois et de Radisson vieilli en fut de chêne.

C’était d’autant plus inspirant que je fais déjà pousser du Marquette et Sabrevois, donc deux cépages prometteurs qui pourraient éventuellement être mélangé à du vitis riparia rustique ou à un autre cépage… À suivre!

Pour en savoir plus sur l’histoire du vignoble et leur parcours: http://www.vignoblelechatbotte.ca/la-petite-histoire-du-chat-botte-le-vignoble.html

La référence en cépage à vin rustiques au Québec: Alain Breault et Mariette: http://www.viticultuream.ca/

La suite de ma visite à venir bientôt…

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Quel est le lien entre diversité et le vin de groseille?

J’ai embouteillé, il y a quelques jours, une de mes deux recettes de vin maison annuelle, fait à partir de petits fruits du verger.

Du coup, je me suis dit que je devais parler de pas un, mais de deux sujets importants: la diversité dans la permaculture et… le vin de petits fruits, une manière de recycler les surplus de dame nature.

Depuis quelques années déjà, j’ai pris l’habitude de me faire au moins une recette de vin de cerises à grappe par automne (mon grand classique). Et ensuite, de compléter par une deuxième recette, inspirée par les surplus de saison.

L’an dernier, j’avais essayé un excellent vin de carottes/tisane de solidago/riesling (en concentré), avec une infusion d’Achillée. L’année précédente, c’était un vin de pommette, rhubarbe et riesling. J’ai même déjà essayé un vin de navet (plutôt moyen, je l’avoue). Cette année, vous l’avez deviné, c’était une recette de vin de groseilles à maquereaux.
J’avoue, j’ai un peu triché, j’ai pigé dans la « talle » du jardin de mes parents, qui sont mes voisins, puisque mes plantations ne produisent pas encore assez… pour le moment.
L’été dernier, leur plantation de groseille avait tellement produit, que même après s’en être gavé pendant plusieurs jours consécutifs, les plants en étaient toujours chargés. Je me suis donc permis un petit ménage. Non sans me piquer les doigts, j’ai récolté et congelé le tout, en attendant l’automne. Un énorme sac d’une dizaine de kilos. Il m’a alors suffit de quelques recherches pour mettre la main sur des recettes dont je me suis inspiré. Car la plupart des recettes de vin maison sont comme des recettes de cuisine. On en prend, on en laisse. Pour ma part, étant un œnologue audacieux (après vingt ans, y’a aussi un peu l’expérience), je me permet donc de modifier ici et là, à mon gré.
Cette fois, j’ai fait un moité Groseille, moitié Riesling (en concentré) avec tisane de feuilles de chêne, pour donner un vin semi-sucré. Et même après un mois, le mélange avait déjà un goût plutôt prometteur.

Et la diversité?

Quand j’ai commencé mes premiers croquis et plans de verger, j’avoue que mon modèle initial était plutôt celui d’une monoculture – de poiriers. J’en avais commandé une douzaine de variété et c’était tout ce qui m’intéressait.

À l’automne 2013, mon père, qui a une belle plantation d’une bonne quinzaine de pruniers, ne récoltât rien du tout en terme de prune. Printemps pluvieux, pas de pollinisation. À l’opposé, ses trois pommiers furent chargés à bloc.

C’est pendant l’hiver dernier, alors que je visionnais des films et lisait tous les livres que je pouvais trouver sur la culture de verger que je suis tombé sur la notion de permaculture. Et c’est à ce moment que je me suis enfin dit qu’il valait peut-être (certainement) mieux varier un peu ce que je plantais si je voulais m’assurer une récolte minimale. Car le bon vieux diction dit vrai, « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ».

Dame nature peut nous jouer de sacrés tours.

En 2014, tout l’inverse, les pruniers sont chargés et c’est les pommes qui boudent. Deux douzaine de pommes, tout au plus, et des paniers de prunes à s’en rendre malade. Et cette année, les amélanchiers n’ont rien produit, courte sécheresse et les fruits ont séché, tandis que pour les groseilles, c’était la corne d’abondance.
Il faut mélanger les cultures, varier, afin d’essayer de reproduire un écosystème plus naturel. Si les pommiers sont répartis à différents endroits (séparés par deux ou trois arbres), les maladies et insectes nuisibles auront plus de mal à se propager, tandis que pour la pollinisation, ce n’est pas un problème.

Encore là, en 2013, j’avais tout planté en pouponnière mes arbres en transition, en attendant de terminer mes travaux. J’avais une centaine de poiriers (dont plusieurs semis) côte à côte lorsque je me suis rendu compte que j’avais des plantes qui avaient des insectes nuisibles. Le pire scénario possible arrivait. L’insecte se propageait sur toutes mes plantes et il n’avait aucune barrière naturelle pour l’arrêter.

Heureusement, j’ai pu traiter au souffre mouillable ainsi qu’avec de l’huile de dormance. Et au printemps, mon problème à pattes était disparu. Sauf que j’avais bien hâte de tout replanter, éparpillé et en alternance dans mon verger, pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise.

Enfin voilà. C’est donc un mot pour vous encourager à diversifier vos plantations. C’est, selon moi, la meilleure façon de s’assurer une récolte et une récompense minimale pour nos efforts.

Et quand on a de la chance, on peut même récupérer un petit surplus à mettre en bouteille, afin de se réchauffer pendant les froides soirées d’hiver.

Sinon, d’ici là, bonne planification hivernale et surtout, bonnes recherches, documentation et lectures hivernales! 🙂